‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 165 sur 322 · Chapitre VIII · texte numérisé non relu

Chapitre VIII

Nous avons étudié, dans les chapitres qui précèdent, les principes fondamentaux de la religion totémique. On a pu voir que toute idée d'âme, d'esprit, de personnage mythique en est absente. Cependant, si la notion d'êtres spirituels n'est pas à la base du totémisme ni, par conséquent, de la pensée religieuse en général, il n'y a pas de religion où cette notion ne se rencontre. Il importe donc de rechercher comment elle s'est constituée. Pour être assuré qu'elle est le produit d'une formation secondaire, il nous faut établir de quelle manière elle est dérivée des conceptions plus essentielles que nous avons précédemment exposées et expliquées.

Parmi les êtres spirituels, il en est un qui doit tout d'abord retenir notre attention parce qu'il est le prototype d'après lequel les autres ont été construits : c'est l'âme.

De même qu'il n'y a pas de société connue sans religion, il n'en existe pas, si grossièrement organisée soit-elle, où l'on ne trouve tout un système de représentations collectives qui se rapportent à l'âme, à son origine, à sa destinée. Autant qu'on en peut juger d'après les données de l'ethnographie, l'idée d'âme paraît avoir été contemporaine de l'humanité, et elle semble bien avoir eu, d'emblée, tous

ses caractères essentiels, si bien que l'œuvre des religions plus avancées et de la philosophie s'est à peu près bornée à l'épurer, sans y rien ajouter de vraiment fondamental. Toutes les sociétés australiennes admettent, en effet, que chaque corps humain abrite un être intérieur, principe de la vie qui l'anime : c'est l'âme. Il arrive, il est vrai, que les femmes font exception à la règle générale : il y a des tribus où elles passent pour n'avoir point d'âme1. S'il faut en croire Dawson, il en serait de même des enfants en bas âge dans les tribus qu'il a observées2. Mais ce sont là des cas exceptionnels, vraisemblablement tardifs3 ; le dernier paraît même suspect et pourrait bien être dû à une interprétation erronée des faits4.

Il est malaisé de déterminer l'idée que l'Australien se fait de l'âme, tant elle est obscure et flottante, et l'on ne saurait s'en étonner. Si l'on demandait à nos contemporains, à ceux mêmes qui croient le plus fermement à l'existence de l'âme, de quelle manière ils se la représentent, les réponses que l'on obtiendrait n'auraient pas beaucoup plus

1. C'est le cas des Gnanji ; v. North. Tr.t p. 170, p. 546 ; cf. un cas semblable, in Brough Smyth, II, p. 269.

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