‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 166 sur 322 · Auslralian Aborigines, p · texte numérisé non relu

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3. Il y eut certainement chez les Gnanji un temps où les femmes avaient une âme ; car il existe ejicore aujourd'hui un grand nombre d'âmes de femmes. Seulement, elles ne se réincarnent jamais ; et comme, chez ce peuple, l'âme qui anime un nouveau-né est une âme ancienne qui se réincarne, du fait que les âmes de femmes ne se réincarnent pas, il résulte que les femmes ne peuvent avoir d'âme. On peut, d'ailleurs, expliquer d'où vient cette absence de réincarnation. Chez les Gnanji, la filiation, après avoir été utérine, se fait aujourd'hui en ligne paternelle : la mère ne transmet pas son totem à l'enfant. La femme n'a donc jamais de descendants qui la perpétuent ; elle est finis familise suœ. Pour expliquer cette situation, il n'y avait que deux hypothèses possibles : ou bien les femmes n'ont pas d'âme, ou bien les âmes de femmes sont détruites après la mort. Les Gnanji ont adopté la première de ces deux explications : certains peuples du Queensland ont préféré la seconde (v. Roth, Superstition, Magic and Médecine, in N. Queensland Eihnog., n° 5, § 68).

4. « Les enfants au-dessous de quatre ou cinq ans n'ont' ni âme ni vie future »t dit Dawson. Mais le fait que traduit ainsi Dawson, c'est tout simplement l'absence de rites funéraires pour les enfants en bas âge. Nous en verrons plus loin la signification véritable.

de cohérence et de précision. C'est qu'il s'agit d'une notion très complexe, où entrent une multitude d'impressions mal analysées dont l'élaboration s'est poursuivie pendant des siècles, sans que les hommes en aient eu une claire conscience. Voici pourtant les caractères les plus essentiels, souvent contradictoires d'ailleurs, par lesquels elle se définit.

Dans un certain nombre de cas, on nous dit qu'elle a l'aspect extérieur du corps1. Mais il arrive aussi qu'on se la représente comme de la grosseur d'un grain de sable ; elle aurait des dimensions tellement réduites qu'elle pourrait passer, par les moindres crevasses et les plus petites fissures1. Nous verrons qu'elle est, en même temps, conçue sous des espèces animales. C'est dire que la forme en est essentiellement inconsistante et indéterminée3 ; elle se modifie d'un instant à l'autre au gré des circonstances, suivant les exigences du mythe et du rite. La substance dont elle est faite n'est pas moins indéfinissable. Elle n'est pas sans matière puisqu'elle a une forme, si vague soit-elle. Et en effet, même pendant cette vie, elle a des besoins physiques : elle mange et, inversement, elle peut être mangée. Il arrive qu'elle sorte du corps et, au cours de ses voyages, elle se repaît parfois d'âmes étrangères4. Une fois qu'elle est complètement affranchie de l'organisme, elle est censée mener une vie tout à fait analogue à celle qu'elle menait sur cette terre : elle boit, mange, chasse, etc.5. Quand elle volette dans les branches des arbres, elle détermine des

1. Dawson, p. 51 ; Parker, The Euahlayi, p. 35 ; Eylmann, p. 188.

2. Norlh. Tr., p. 542 ; Sohurmann, The Aboriginal Tribes of Port Lincoln, in Woods, p. 23b.

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