‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 173 sur 322 · Howitt, Nat. Tr., p · texte numérisé non relu

Howitt, Nat. Tr., p

5. Strehlow, I, p. 16 ; Eylmann, p. 189 ; Howitt, Nat. Tr., p. 473.

6. Ce sont les esprits des ancêtres d'un clan spécial, le clan de la poche à venin ( Gifldrusenrnânner).

7. Parfois l'action des missionnaires est manifeste. Dawson nous parle d'un véritable enfer opposé au paradis ; lui-même tend à voir dans cette conception une importation européenne.

8. V. Dorsey, Siouan Cuits, in Xllh Rep., p. 419-420, 422, 485 ; cf. Marillier, La survivance de Vâme et Vidée de justice chez les peuples non civilisés, Rapport de l'École des Hautes Études, 1893.

Telles sont, sous leur forme la plus primitive, et ramenées à leurs traits les plus essentiels, les croyances relatives à la nature de l'âme et à sa destinée. Il nous faut maintenant essayer d'en rendre compte. Qu'est-ce donc qui a pu amener l'homme à penser qu'il y avait en lui deux êtres, dont l'un possédait les caractères si spéciaux qui viennent d'être énumérés ? Pour répondre à cette question, commençons par rechercher quelle origine le primitif lui-même attribue au principe spirituel qu'il croit sentir en lui : bien analysée, sa propre conception nous mettra sur la voie de la solution.

Suivant la méthode que nous nous efforçons de pratiquer, nous étudierons les idées dont il s'agit dans un groupe déterminé de sociétés où elles ont été observées avec une précision toute particulière : ce sont les tribus du centre australien. L'aire de notre observation, quoique étendue, sera donc limitée. Mais il y a des raisons de croire que ces mêmes idées, sous des formes diverses, sont ou ont été d'une grande généralité, même en dehors de l'Australie. De plus et surtout, la notion d'âme n'est pas, dans ces tribus centrales, spécifiquement différente de ce qu'elle est dans les autres sociétés australiennes ; elle a partout les mêmes caractères essentiels. Comme un même effet a toujours une même cause, il y a lieu de penser que cette notion, partout identique à elle-même, ne résulte pas, ici et là, d'éléments différents. I/origine que nous serons amené à lui attribuer par l'étude des tribus dont il va être plus spécialement question, devra donc être considérée comme également vraie des autres. Les premières nous fourniront l'occasion de faire, en quelque sorte, une expérience dont les résultats, comme ceux de toute expérience bien faite, seront susceptibles d'être généralisés.

L'homogénéité de la civilisation australienne suffirait, à elle seule, à justifier cette généralisation ; mais nous aurons soin de la confirmer ensuite au moyen de faits empruntés à d'autres peuples tant d'Australie que d'Amérique.

Comme les conceptions qui vont nous fournir la base de notre démonstration ont été rapportées en des termes différents par Spencer et Gillen, d'une part, et par Strehlow, de l'autre, nous devons exposer successivement ces deux versions. On verra que, bien interprétées, elles diffèrent dans la forme plus que dans le fond et qu'elles ont, en définitive, la même signification sociologique.

Suivant Spencer et Gillen, les âmes qui, à chaque génération, viennent animer le corps des nouveau-nés ne sont pas le produit de créations spéciales et originales ; toutes ces tribus admettraient qu'il existe un stock défini d'âmes, dont le nombre ne peut être accru d'une unité1 et qui se réincarnent périodiquement. Quand un individu meurt, son âme quitte le corps où elle résidait, et une fois que le deuil est accompli, elle se rend au pays des âmes ; mais, au bout d'un certain temps, elle revient s'incarner à nouveau et ce sont ces réincarnations qui donnent Heu aux conceptions et aux naissances. Ces âmes fondamentales, ce sont celles qui, à l'origine même des choses, animaient les ancêtres, fondateurs du clan. A une époque, au-delà de laquelle l'imagination ne remonte pas et qui est considérée comme le premier commencement des temps, il existait des êtres qui ne dérivaient d'aucun autre. 1/Arunta les appelle, pour cette raison, les . Aljirangamitjina? , les incréés, ceux qui sont de toute éternité, et, d'après Spencer et Gillen, il donnerait le nom d'Alcheringa? à la période où ces êtres fabuleux sont censés avoir vécu. Organisés

1. Elles peuvent se dédoubler provisoirement, comme nous verrons au chapitre suivant ; mais ces dédoublements n'ajoutent pas une unité au nombre des âmes susceptibles de se réincarner.

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