‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 205 sur 322 · Spencer et Gillen, Nai. Tr., p · texte numérisé non relu

Spencer et Gillen, Nai. Tr., p

4. Howitt, Nat. Tr., p. 358, 381, 385 ; Spencer et Gillen, Nat Tr., p. 334; North. Tr., p. 501, 530.

5. Gomme le magicien peut ou causer la maladie ou la guérir, à côté des esprits magiques dont la fonction est de faire le mal, il y en a parfois d'autres dont le rôle est de prévenir ou de neutraliser la mauvaise influence des premiers. On trouvera des cas de ce genre dans North. Tr., p. 501-502. Ce qui montre bien que les seconds sont magiques comme les premiers, c'est que, chez les Arunta, les uns et les autres portent le même nom. Ce sont donc des aspects différents d'une même puissance magique.

locaux. Mais une fois que l'idée d'esprit fut constituée, elle s'étendit naturellement à des sphères plus élevées de la vie religieuse et des personnalités mythiques d'un ordre supérieur prirent ainsi naissance.

Si les cérémonies propres à chaque clan diffèrent les unes des autres, elles ne laissent pas de ressortir à une même religion ; aussi existe-t-il entre elles un certain nombre de similitudes essentielles. Puisque tous les clans ne sont que des parties d'une seule et même tribu, l'unité de la tribu ne peut pas ne pas se faire sentir à travers la diversité des cultes particuliers. Et en effet, il n'y a pas de groupe totémique qui n'ait des churinga, des bull-roarers, lesquels sont partout employés de semblable façon. L'organisation de la tribu en phratries, en classes matrimoniales, en- clans, les interdictions exogamiques qui y sont attachées constituent également de véritables institutions tribales. Les fêtes de l'initiation comprennent toutes certaines pratiques fondamentales, extraction de la dent, circoncision, subincision, etc., qui, pour une même tribu, ne varient pas avec les totems. L'uniformité sur ce point s'est d'autant plus facilement établie que l'initiation a toujours lieu en présence de la tribu, ou, tout au moins, devant une assemblée à laquelle des clans différents ont été convoqués. La raison en est que l'initiation a pour objet d'introduire le néophyte dans la vie religieuse, non seulement du clan où il est né, mais de la tribu tout entière ; il est donc nécessaire que les aspects variés de la religion tribale soient représentés devant lui et passent, en quelque sorte, sous ses yeux. C'est à cette occasion que s'affirme le mieux l'unité morale et religieuse de la tribu.

Il y a ainsi, dans chaque société, un certain nombre de rites qui se distinguent de tous les autres par leur homogénéité et leur généralité. Une aussi remarquable concordance ne parut pouvoir s'expliquer que par une unité d'origine. On imagina donc que chaque groupe de rites similaires avait été institué par un seul et même ancêtre

qui était verni les révéler à la tribu tout entière. Ainsi, chez les Arunta, c'est un ancêtre du clan du Chat-sauvage, nommé Putiaputïa1, qui passe pour avoir appris aux hommes la manière de fabriquer les churinga et de les employer rituellement ; chez les Warramunga, c'est Murtu-murtu2 ; chez les Urabunna, c'est Witurna3 ; c'est Atnatu chez les Kaitish4 et Tundun chez les Kurnai5. De même, les pratiques de la circoncision sont attribuées par les Dieri de Test et plusieurs autres tribus6 à deux Muramura déterminés, par les Arunta à un héros de l'Alcheringa, du totem du Lézard, nommé Mangarkunjerkunja7. Au même personnage sont rapportées l'institution des interdictions matrimoniales et l'organisation sociale qu'elles impliquent, la découverte du feu, l'invention de la lance, du bouclier, du boomerang, etc. Il arrive, d'ailleurs, très souvent que l'inventeur du bull-roarer est aussi considéré comme le fondateur des rites de l'initiation8.

Ces ancêtres spéciaux ne pouvaient être mis au même rang que les autres. D'une part, les sentiments de vénération qu'ils inspiraient n'étaient pas limités à un clan,

1. Strehlow, I, p. 9. Putiaputia n'est pas, d'ailleurs, le seul personnage de ce genre dont parlent les mythes Arunta : certaines portions de la tribu donnent un nom différent au héros auquel elles attribuent la même invention. Il ne faut pas oublier que l'étendue du territoire occupé par les Arunta ne permet pas à la mythologie d'être parfaitement homogène.

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