‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 245 sur 322 · Spencer et Giixen, Nat. Tr., p. 170 et suiv · texte numérisé non relu

Spencer et Giixen, Nat. Tr., p. 170 et suiv

2. Bien entendu, les femmes sont soumises à la même obligation.

endroit ou un gros bloc de quartzite est enfoncé dans le sol, avec tout autour, des petites pierres arrondies. Le bloc représente la chenille witchetty à l'état adulte. L'Alatunja, le frappe avec une sorte de petite auge en bois appelée apmara1, en même temps qu'il psalmodie un criant dont l'objet est d'inviter l'animal à pondre. Il procède de même avec les pierres, qui figurent les œufs de l'animal, et, avec l'une d'elles, il frotte l'estomac de chaque assistant. Cela fait, ils descendent tous un peu plus bas, au pied d'un rocher, également célébré dans les mythes de l'Alcheringa, à la base duquel se trouve une autre pierre qui, elle aussi, représente la chenille witchetty. L'Alatunja la frappe avec son apmara ; les gens qui l'accompagnent en font autant avec des branches de gommier qu'ils ont cueillies en route, le tout au milieu de chants qui renouvellent l'invitation précédemment adressée à l'animal. Près de dix endroits différents sont successivement visités, dont quelques-uns sont parfois situés à un mille les uns des autres. Dans chacun d'eux, au fond d'une sorte de cave ou de trou, se trouve quelque pierre qui est censée figurer la chenille witchetty sous l'un, de ses aspects ou à l'une des phases de son existence, et sur chacune de ces pierres les mêmes cérémonies sont répétées.

Le sens du rite est apparent. Si TAlatunja frappe les pierres sacrées, c'est pour en détacher de la poussière. Les grains de cette poussière très sainte sont considérés comme autant de germes de vie ; chacun d'eux contient un principe spirituel qui, en s 'introduisant dans un organisme de la même espèce, y donnera naissance à un être nouveau. Les branches d'arbre dont se sont munis les assistants servent à disperser dans toutes les directions cette précieuse poussière ; elle s'en va, de tous les côtés, faire son œuvre fécondante. Par ce moyen, on croit avoir assuré la reproduction abondante de l'espèce animale

1, L' Apmara est le seul objet qui ait été emporté du camp.

dont le clan a la garde, pour ainsi dire, et dont il dépend. Les indigènes eux-mêmes donnent du rite, cette interprétation. Ainsi, dans le clan de ViPpirla (sorte de manne) on procède de la manière suivante. Quand le jour de l'Intichiuma est arrivé, le groupe se réunit à un endroit où se dresse une grande pierre, d'environ cinq pieds de haut ; au-dessus de cette pierre, s'en élève une seconde, qui est très semblable d'aspect à la première et que d'autres, plus petites, entourent. Les unes et les autres représentent des masses de manne. L'Alatunja creuse le sol au pied de ces rocs et met au jour un churinga qui passe pour y avoir été enterré aux temps de l'Alcheringa et qui, lui aussi, constitue comme de la quintessence de manne. Il grimpe ensuite au sommet du rocher le plus élevé et le frotte d'abord avec ce churinga, puis avec les pierres les plus petites qui sont tout autour. Enfin, avec des branches d'arbre, il balaye la poussière qui s'est ainsi amassée à la surface du rocher : chacun des assistants en fait autant à tour de rôle. Or, disent Spencer et Giîlen, la pensée des indigènes « est que la poussière ainsi dispersée va se poser sur les arbres mulga et y produit de la manne ». Et en effet, ces opérations sont accompagnées d'un chant que chante l'assistance et où cette idée est exprimée1.

Avec des variantes, on trouve le même rite dans d'autres sociétés. Chez les Urabunna, il y a un rocher qui représente un ancêtre du clan du Lézard ; on en détache des pierres qu'on lance dans tous les sens afin d'obtenir une abondante production de lézards2. Dans cette même tribu, il existe un banc de sable auquel des souvenirs mythologiques associent étroitement le totem du pou. Au même endroit se trouvent deux arbres dont l'un est appelé l'arbre à pou ordinaire, l'autre, l'arbre à pou-crabe. On prend de ce sable, on le frotte contre ces arbres, on le jette de tous les

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