‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 244 sur 322 · Strehlow, I, p · texte numérisé non relu

Strehlow, I, p

2. Bien entendu, le mot qui désigné cette fête change avec les tribus. Les Urabunna l'appellent Pitjinta (Norih. Tr., p. 284) ; les Warraraunga Thalaminia {ibid., p. 297), etc.

3. Schulze, loc. cit., p. 243 ; Spencer et Gillen, Nal. Tr., p. 169-170.

Chaque groupe totémique a, en effet, son Intichiuma. Mais si le rite est général dans les sociétés du centre, il n'est pas partout le même ; il n'est pas chez les Warramunga ce qu'il est chez les Arunta ; il varie, non seulement suivant les tribus, mais, dans une même tribu, suivant les clans. A vrai dire, les différents mécanismes qui sont ainsi en usage sont trop parents les uns des autres pour pouvoir se dissocier complètement. Il n'existe peut-être pas de cérémonies où il ne s'en rencontre plusieurs, mais très inégalement développés : ce qui, dans un cas, n'existe qu'à l'état de germe, occupe ailleurs toute la place et inversement. Il importe cependant de les distinguer avec soin ; car ils constituent autant de types rituels différents qu'il faut décrire et expliquer séparément, sauf à rechercher ensuite s'il y a quelque souche commune dont ils sont dérivés.

Nous commencerons par ceux que l'on observe plus spécialement chez les Arunta.

La fête comprend deux phases successives. Les rites qui se succèdent dans la première ont pour objet d'assurer la prospérité de l'espèce animale ou végétale qui sert de totem au clan. Les moyens qui sont employés dans ce but peuvent être ramenés à quelques types principaux.

On se rappelle que les ancêtres fabuleux dont chaque clan est censé descendu ont autrefois vécu sur la terre et y ont laissé des traces de leur passage. Ces traces consistent notamment en pierres ou en rochers qu'ils auraient déposés en certains endroits ou qui se seraient formés aux points où ils se sont abîmés dans le sol. Ces rochers et ces pierres sont considérés comme les corps ou comme des parties du corps des ancêtres dont ils rappellent le souvenir ; ils les représentent. Par suite, ils représentent égale-

ment les animaux et les plantes qui servaient de totems à ces mêmes ancêtres, puisqu'un individu et son totem ne font qu'un. On leur prête donc la même réalité, les mêmes propriétés qu'aux animaux ou aux plantes de même sorte qui vivent actuellement. Mais ils ont sur ces derniers cet avantage d'être impérissables, de ne pas connaître la maladie et la mort. Us constituent donc comme une réserve permanente, immuable et toujours disponible de vie animale et végétale. Aussi, est-ce à cette réserve que, dans un certain nombre de cas, on va annuellement puiser pour assurer la reproduction de l'espèce.

Voici, par exemple, comment, à Alice Springs, le clan de la Chenille witchetty procède à son Intichiuma1.

Au jour fixé par le chef, tous les membres du groupe totémique s'assemblent au camp principal. Les hommes des autres totems se retirent à quelque distance2 ; car, chez les Arunta, il leur est interdit d'être présents à la célébration du rite qui a tous les caractères, d'une cérémonie secrète. Un individu d'un totem différent, mais de la même phratrie, peut bien être invité, par mesure gracieuse, à y assister ; mais c'est seulement en qualité de témoin. En aucun cas, il n'y peut ajouter un rôle actif.

Une fois que les gens du totem sont assemblés, ils se mettent en route, ne laissant au camp que deux ou trois d'entre eux. Tout nus, sans armes, sans aucun de leurs ornements habituels, ils s'avancent les uns derrière les autres, dans un profond silence. Leur attitude, leur démarche sont empreintes d'une gravité religieuse : c'est que l'acte auquel ils prennent part a, à leurs yeux, une exceptionnelle importance. Aussi, jusqu'à la fin de la cérémonie, sont-ils tenus d'observer un jeûne rigoureux.

Le pays qu'ils traversent est tout rempli de souvenirs laissés par les glorieux ancêtres. Ils arrivent ainsi à un

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