‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 274 sur 322 · North. Tr., p · texte numérisé non relu

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et, par suite, on n'attend de lui, en échange du culte, aucun service défini. On dit bien que, si les prescriptions rituelles sont mal observées, le Wollunqua se fâche, sort de sa retraite et vient se venger sur ses fidèles de leurs négligences. Inversement, quand tout s'est régulièrement passé, on est porté à croire qu'on s'en trouvera bien et que quelque événement heureux se produira. Mais l'idée de ces sanctions possibles n'est évidemment née qu'après coup, pour rendre compte du rite. Une fois la cérémonie instituée, il parut naturel qu'elle servît à quelque chose et, par suite, que l'omission des observances prescrites exposât à quelque danger. Mais on ne l'a pas instituée pour prévenir ces dangers mythiques ou pour s'assurer des avantages particuliers. Ceux-ci, d'ailleurs, ne sont représentés dans les esprits que de la manière la plus imprécise. Les anciens, par exemple, annoncent, quand tout est terminé, que le Wollunqua, s'il est satisfait, enverra de la pluie. Mais ce n'est pas pour avoir de la pluie qu'on célèbre la fête1. On la célèbre

1. Voici en quels termes s'expriment Spencer et Gillen dans le seul passage où il soit question d'un rapport possible entre le Wollunqua et le phénomène de la pluie. Quelques jours après le rite célébré autour du tumulus, « les vieillards déclarèrent qu'ils avaient entendu parler le Wollunqua, qu'il était satisfait de ce qui s'était passé et qu'il allait envoyer de la pluie. La raison de cette prophétie, c'est qu'ils avaient entendu, comme nous-mêmes, le tonnerre retentir à quelque distance de là ». La production de la pluie est si peu l'objet immédiat de la cérémonie qu'on ne l'imputa au Wollunqua que plusieurs jours après la célébration du rite et à la suite de circonstances accidentelles. Un autre fait montre combien les idées des indigènes sont vagues sur ce point. Quelques lignes plus loin, le tonnerre est présenté comme un signe, non de la satisfaction du Wollunqua, mais de son mécontentement. Malgré les pronostics, continuent nos auteurs, « la pluie ne tomba point. Mais quelques jours après, on entendit de nouveau le tonnerre retentir au loin. Les anciens dirent que le Wollunqua grondait parce qu'il n'était pas content » de la manière dont le rite avait été accompli. Ainsi, un même phénomène, le bruit du tonnerre, est tantôt interprété comme un signe de dispositions favorables, tantôt comme un indice d'intentions malveillantes.

Il y a cependant un détail rituel qui, si l'on acceptait l'explication qu'en proposent Spencer et Gillen, serait directement efficace. Suivant eux, la destruction du tumulus serait destinée à effrayer le Wollunqua et à l'empêcher, par une contrainte magique, de quitter sa retraite. Mais cette interprétation nous paraît très suspecte. En effet, dans la

parce que les ancêtres l'ont célébrée, parce qu'on y est attaché comme à une tradition très respectée et parce qu'on en sort avec une impression de bien-être moral. Quant aux autres considérations, elles n'ont qu'un rôle complémentaire ; elles peuvent servir à confirmer les fidèles dans l'attitude que le rite leur prescrit ; elles ne sont pas la raison d'être de cette attitude.

Voilà donc tout un ensemble de cérémonies qui se proposent uniquement de réveiller certaines idées et certains sentiments, de rattacher le présent au passé, l'individu à la collectivité. Non seulement, en fait, elles ne peuvent servir à d'autres fins, mais les fidèles eux-mêmes ne leur demandent rien de plus. C'est une preuve nouvelle que l'état psychique dans lequel se trouve le groupe assemblé constitue bien la seule base, solide et stable, de ce qu'on pourrait appeler la mentalité rituelle. Quant aux croyances qui attribuent aux rites telle ou telle efficacité physique, elles sont choses accessoires et contingentes, puisqu'elles peuvent manquer sans que le rite soit altéré dans ce qu'il a d'essentiel. Ainsi, les cérémonies du Wollunqua, mieux encore que les précédentes, mettent à nu, pour ainsi dire, la fonction fondamentale du culte positif.

Si d'ailleurs, nous avons spécialement insisté sur ces solennités, c'est à cause de leur exceptionnelle importance. Mais il en est d'autres qui ont exactement le même caractère. Ainsi, il existe chez les Warramunga un totem « du garçon qui rit ». Iye clan qui porte ce nom a, disent Spencer et Gillen, la même organisation que les autres

circonstance dont il vient d'être question et où l'on annonça que le Wollunqua était mécontent, ce mécontentement était attribué à ce que l'on avait négligé de faire disparaître les débris du tumulus. Cette disparition est donc réclamée par le Wollunqua lui-même, bien loin qu'elle soit destinée à l'intimider et à exercer sur lui une influence coercitive. Ce n'est probablement qu'un cas particulier d'une règle plus générale qui est en vigueur chez les Warramunga : les instruments du cuite doivent être détruits après chaque cérémonie. C'est ainsi que les ornements rituels dont sont revêtus les officiants leur sont violemment arrachés, une fois que le rite est déterminé (Norlh. Tr., p, 205).

groupes totémiques. Comme eux, il a ses lieux sacrés (mungai) ou l'ancêtre fondateur a célébré des cérémonies aux temps fabuleux, où il a laissé, derrière lui, des sfiirit-children qui sont devenus les hommes du clan ; et les rites qui se rattachent à ce totem sont indiscernables de ceux qui se rapportent aux totems animaux ou végétaux1, ïl est pourtant évident qu'ils ne sauraient avoir d'efficacité physique. Ils consistent en une série de quatre cérémonies qui se répètent plus ou moins les unes les autres, mais qui sont uniquement destinées à amuser, à provoquer le rire par le rire, c'est-à-dire, en somme, à entretenir la gaîté et la bonne humeur dans le groupe qui a comme la spécialité de ces dispositions morales2.

On trouve chez les Arunta eux-mêmes plus d'un totem qui ne comporte pas d'autre Intichiuma. Nous avons vu en effet que, chez ce peuple, les plis ou les dépressions de terrains qui marquent l'endroit où quelque ancêtre a séjourné servent parfois de totems3. A ces totems sont attachées des cérémonies qui, manifestement, ne peuvent avoir d'effets physiques d'aucune sorte. Elles ne peuvent consister qu'en représentations dont l'objet est de commémorer le passé et elles ne peuvent viser aucun but, en dehors de cette commémoration4.

En même temps qu'elles nous font mieux comprendre la nature du culte, ces représentations rituelles mettent en évidence un important élément de la religion : c'est l'élément récréatif et esthétique.

Déjà nous avons eu l'occasion de montrer qu'elles sont

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