‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 273 sur 322 · C. DURKHKIM, VIK RKI.ir.. i · texte numérisé non relu

C. DURKHKIM, VIK RKI.ir.. i

Le Wolltinqtia est, comme nous l'avons déjà dit, un totem d'un genre très particulier. Ce n'est pas une espèce animale ou végétale, mais un être unique : il n'existe qu'un Wollunqua. De plus, cet être est purement mythique. Les indigènes se le représentent comme une sorte de serpent colossal dont la taille est telle que, quand il se dresse sur la queue, sa tête se perd dans les nuages. Il réside, croit-on, dans un trou d'eau, appelé Thapauerlu, qui est caché au fond d'une vallée solitaire. Mais s'il diffère par certains côtés des totems ordinaires, il en a cependant tous les caractères distinctifs. Il sert de nom collectif et d'emblème à tout un groupe d'individus qui voient en lui leur commun ancêtre, et les rapports qu'ils soutiennent avec cette bête mythique sont identiques à ceux que les membres des autres totems croient soutenir avec les fondateurs de leurs clans respectifs. Au temps de l'Alcheringa1, le Wollunqua parcourait en tous sens le pays. Dans les différentes localités où il s'arrêtait, il essaimait des sfiirit-childrm, des principes spirituels, qui servent encore d'âmes aux vivants d'aujourd'hui. Le Wollunqua est même considéré comme une sorte de totem éminent. Les Warramunga sont divisés en deux phratries appelées l'une Uluuru, et l'autre Kingilli. Presque tous les totems de la première sont des serpents d'espèces différentes. Or ils passent tous pour être descendus du Wollunqua : on dit qu'il est leur grand-père2. On peut entrevoir par là com-

sages de Eylmann qui se rapportent évidemment au même être mythique {Die Eingeborenen, etc., p. 185). Strehlow nous signale également chez les Arunta un serpent mythique [Kulaia, serpent d'eau) qui pourrait bien n'être pas très différent du Wollunqua (Strehlow, I, p. 78; cf. II, p. 71 où le Kulaia figure sur la liste des totems).

1. Pour ne pas compliquer la terminologie, nous nous servons du mot arunta : chez les Warramunga, on appelle Wingara cette période mythique.

2. « Il n'est pas aisé, disent Spencer et Gillen, d'exprimer avec des mots ce qui est plutôt chez les indigènes un vague sentiment. Mais après avoir observé attentivement les différentes cérémonies, nous avons eu très nettement l'impression que, dans l'esprit des indigènes, le Wollunqua répondait à l'idée d'un totem dominant » [Norlh. 7Y., p. 248).

ment, selon tonte vraisemblance, le mythe du Wollunqua a pris naissance. Pour expliquer la présence, dans une même phratrie, de tant de totems similaires, on a imaginé qu'ils étaient tous dérivés d'un seul et même totem ; seulement, on dut nécessairement lui prêter des formes gigantesques afin que, par son aspect même, il fût en rapport avec le rôle considérable qui lui était assigné dans l'histoire de la tribu.

Or le Wollunqua est l'objet de cérémonies qui ne diffèrent pas en nature de celles que nous avons précédemment étudiées : ce sont des représentations où sont figurés les principaux événements de sa vie fabuleuse. On le montre sortant de terre, passant d'une localité dans l'autre ; on représente les divers épisodes de ses voyages, etc. Spencer et Gillen ont assisté à quinze cérémonies de ce genre qui se sont succédé du 27 juillet au 23 août, s'enchaînant les unes aux autres suivant un ordre déterminé, de manière à former un véritable cycle1. Par le détail des rites qui la constituent, cette longue fête est donc indistincte de l'Intichiuma ordinaire des Warramunga ; c'est ce que reconnaissent les auteurs qui nous l'ont décrite2. Mais, d'un autre côté, c'est un Intichiuma qui ne saurait avoir pour objet d'assurer la fécondité d une espèce animale ou végétale, puisque le Wollunqua est, à lui seul, sa propre espèce et qu'il ne se reproduit pas. Il est ; et les indigènes ne paraissent pas avoir le sentiment qu'il ait besoin d'un culte pour persévérer dans son être. Non seulement ces cérémonies n'ont pas l'efficacité de ï'Intichiuma classique, mais il ne semble pas qu'elles aient une efficacité matérielle d'aucune sorte. Le Wollunqua n'est pas une divinité préposée à un ordre déterminé de phénomènes naturels

1. L'une des plus solennelles de ces cérémonies est celle que nous avons eu l'occasion de décrire plus haut (p. 31 1-312), au cours de laquelle une image du Wollunqua est dessinée sur une sorte de tumulus qui est ensuite mis en pièces au milieu d'une effervescence Générale

Page 1