‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 277 sur 322 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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et imaginaire n'est pas essentiel, il ne laisse pas de jouer un rôle qui n'est pas négligeable. Il entre pour une part dans ce sentiment de réconfort que le fidèle retire du rite accompli ; car la récréation est une des formes de cette réfection morale qui est l'objet principal du culte positif. Une fois que nous nous sommes acquittés de nos devoirs rituels, nous rentrons dans la vie profane avec plus de courage et d'ardeur, non seulement parce que nous nous sommes mis en rapports avec une source supérieure d'énergie, mais aussi parce que nos forces se sont retrempées à vivre, pendant quelques instants, d'une vie moins tendue, plus aisée et plus libre. Par là, la religion a un charme qui n'est pas un de ses moindres attraits.

C'est pourquoi l'idée même d'une cérémonie religieuse de quelque importance éveille naturellement l'idée de fête. Inversement, toute fête, alors même qu'elle est purement laïque par ses origines, a certains caractères de la cérémonie religieuse, car, dans tous les cas, elle a pour effet de rapprocher les individus, de mettre en mouvement les masses et de susciter ainsi un état d'effervescence, parfois même de délire, qui n'est pas sans parenté avec l'état religieux. I/homme est transporté hors de lui, distrait de ses occupations et de ses préoccupations ordinaires. Aussi observe-t-on de part et d'autre les mêmes manifestations : cris, chants, musique, mouvements violents, danses, recherche d'excitants qui remontent le niveau vital, etc. On a souvent remarqué que les fêtes populaires entraînent aux excès, font perdre de vue la limite qui sépare le licite et l'illicite1 ; il est également des cérémonies religieuses qui déterminent comme un besoin de violer les règles ordinairement les plus respectées2. Ce n'est pas, certes,

1. Notamment en matière sexuelle. Dans les corrobbori ordinaires, les licences sexuelles sont fréquentes (v. Spencer et Gillen, Nat, Tr., p. 96-97 et North. Tr., p. 136-137). Sur les licences sexuelles dans les fêtes populaires en général, v. Hagelstange, Sùddeutsches Bauernleben im Mittelalter, p. 221 et suiv.

2. C'est ainsi que les règles de l'exogamie sont violées obligatoire-

qu'il n'y ait pas lieu de différencier les deux formes de l'activité publique. La simple réjouissance, le corrobbori profane n'a pas d'objet sérieux, tandis que, dans son ensemble, une cérémonie rituelle a toujours un but grave. Kncore faut-il observer qu'il n'y a peut-être pas de réjouissance où la vie sérieuse n'ait quelque écho. Au fond, la différence est plutôt dans la proportion inégale suivant laquelle ces deux éléments sont combinés.

Un fait plus général vient confirmer les vues qui précèdent.

Dans leur premier ouvrage, Spencer et Gillen présentaient l'Intichiuma comme une entité rituelle parfaitement définie : ils en parlaient comme d'une opération exclusivement destinée à assurer la reproduction de l'espèce totémique et il semblait qu'elle dût nécessairement perdre toute espèce de sens en dehors de cette unique fonction. Mais dans leurs Northern Tribes of Central Australia, les mêmes auteurs, sans peut-être y prendre garde, tiennent un langage différent. Us reconnaissent que les mêmes cérémonies peuvent indifféremment prendre place dans les Intichiuma proprement dits ou dans les rites d'initiation1. Elles servent donc également ou à faire des animaux et des

ment au cours de certaines cérémonies religieuses (v. plus haut, p. 309, n.). Il ne faut probablement pas chercher à ces licences un sens rituel précis. C'est simplement une conséquence mécanique de l'état de surexcitation provoqué par la cérémonie. C'est un exemple de ces rites qui n'ont pas, par eux-mêmes, d'objet déûni, qui sont de simples décharges d'activité (v. plus haut, p. 545). L'indigène lui-même ne lui assigne pas de fin déterminée : on dit seulement que, si ces licences ne sont pas commises, le rite ne produira pas ses effets ; la cérémonie sera manquée.

1. Voici les expressions mêmes dont se servent Spencer et Gillen : « Elles (les cérémonies qui se rapportent aux totems) sont souvent, mais non toujours, associées à celles qui concernent l'initiation des jeunes gens, ou bien elles font partie des Intichiuma » {North. Tr., p. 178).

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plantes de l'espèce totémique, ou à conférer aux novices les qualités nécessaires pour qu'ils deviennent membres réguliers de la société des Hommes1. De ce point de vue, l'Intichiuma apparaît sous un aspect nouveau. Ce n'est plus un mécanisme rituel distinct, reposant sur des principes qui lui sont propres, mais une application particulière de cérémonies plus générales et qui peuvent être utilisées en vue de fins très différentes. C'est pourquoi, dans leur nouvel ouvrage, avant de parler de l'Intichiuma et de l'initiation, ils consacrent un chapitre spécial aux cérémonies totémiques en général, abstraction faite des formes diverses qu'elles peuvent prendre suivant les fins pour lesquelles elles sont employées2.

Cette indétermination foncière des cérémonies totémiques n'avait été qu'indiquée par Spencer et Gillen et d'une manière assez indirecte ; mais elle vient d'être confirmée par Strehlow dans les termes les plus explicites. « Quand, dit-il, on fait passer les jeunes novices par les différentes fêtes de l'initiation, on exécute devant eux une série de cérémonies qui, tout en reproduisant jusque dans leurs détails les plus caractéristiques, les rites du culte proprement dit (entendez les rites que Spencer et Gillen appellent Iniichiuma) n'ont cependant pas pour but de multiplier et de faire prospérer le totem correspondant 3. » C'est donc la même cérémonie qui sert dans les deux cas ; le nom seul n'est pas le même. Quand elle a spécialement pour objet la reproduction de l'espèce, on l'appelle mbatjalkatiuma et c'est seulement quand elle constitue un procédé d'initiation qu'on lui donnerait le nom d'Intichiuma4.

1. Nous laissons de côté la question de savoir en quoi ce caractère consiste. C'est un problème qui nous entraînerait dans des développements très longs et très techniques et qui, pour cette raison, demanderait à être traité à part. Il n'intéresse pas, d'ailleurs, les propositions qui sont établies au cours du présent ouvrage.

2. C'est le chapitre VI intitulé Cérémonies connected with the totems.

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