Strehlow, III, p
4. Ainsi s'expliquerait l'erreur que Strehlow reproche à Spencer et
Encore, chez les Artmta, ces deux sortes de cérémonies se distinguent-elles l'une de l'autre par certains caractères secondaires. Si la contexture du rite est la même dans les deux cas, nous savons pourtant que les effusions de sang et, plus généralement, les oblations caractéristiques de l'Intichiuma arunta, manquent aux cérémonies d'initiation. De plus, tandis que, chez ce même peuple, l'Intichiuma a lieu à un endroit que la tradition fixe réglementairement et où l'on est obligé de se rendre en pèlerinage, la scène sur laquelle ont lieu les cérémonies de l'initiation est purement conventionnelle1. Mais quand, comme c'est le cas chez les Warramunga, l'Intichiuma consiste en une simple représentation dramatique, l'indistinction est complète entre les deux rites. Dans l'un comme dans l'autre, on commémore le passé, on met le mythe en action, on le joue et on ne peut pas le jouer de deux manières sensiblement différentes. Une seule et même cérémonie sert donc, suivant les circonstances, à deux fonctions distinctes2.
Gillen d'avoir commise : ils auraient appliqué à l'une des modalités du rite le terme qui convient plus spécialement à l'autre. Mais, dans ces conditions, l'erreur ne semble pas avoir la gravité que lui attribue Strehlow.
1. Elle ne peut même pas avoir un autre caractère. En effet, comme l'initiation est une fête tribale, des novices de totems différents sont initiés au même moment. Les cérémonies qui se succèdent ainsi en un même endroit se rapportent donc toujours à plusieurs totems, et, par conséquent, il faut bien qu'elles aient lieu en dehors des localités auxquelles elles se rattachent d'après ie mythe.
2. On peut s'expliquer maintenant d'où vient que nous n'ayons, nulle part, étudié les rites d'initiation en eux-mêmes : c'est qu'ils ne constituent pas une entité rituelle, mais sont formés par un conglomérat de rites d'espèces différentes. Il y a notamment des interdits, des rites ascétiques, et des cérémonies représentatives qui sont indistinctes de celles qui se célèbrent lors de l'Intichiuma. Nous avons donc dû démembrer ce système composite et traiter séparément de chacun des rites élémentaires qui le composent, en les classant avec les rites similaires dont il est nécessaire de les rapprocher. D'autre part, nous avons vu (p. 409 et suiv.) que l'initiation a servi de point de départ à une religion nouvelle qui tend à dépasser le totémisme. Mais de cette religion il nous a suffi de montrer que le totémisme contenait le germe ; nous n'avions pas à en suivre le développement. L'objet de ce livre est d'étudier les croyances et les pratiques élémentaires ; nous devons donc
Elle peut même se prêter à bien d'autres emplois. On sait que, le sang étant chose sacrée, les femmes ne doivent pas le voir couler. Il arrive pourtant qu'une querelle éclate en leur présence et, finalement, se termine par une effusion de sang. Une infraction rituelle se trouve ainsi commise. Or, chez les Arunta, l'homme dont le sang a coulé le premier doit, pour réparer cette faute, « célébrer une cérémonie qui se rapporte soit au totem de son père soit à celui de sa mère1 » ; cette cérémonie porte un nom spécial, Alua uparilinta, qui signifie l'effacement du sang. Mais, en elle-même, elle ne diffère pas de celles que l'on célèbre lors de l'initiation ou dans les Intichiuma : elle représente un événement de l'histoire ancestrale. Bile peut donc également servir soit à initier, soit à agir sur l'espèce animale, soit à expier un sacrilège. Nous verrons plus loin qu'une cérémonie totémique peut aussi tenir lieu de rite funéraire2.
MM. Hubert et Mauss ont déjà signalé une ambiguïté fonctionnelle du même genre dans le cas du sacrifice et, plus spécialement, du sacrifice hindou3. Ils ont montré comment le sacrifice communiel, le sacrifice expiatoire, le sacrifice- vœu, le sacrifice-contrat, n'étaient que de simples variantes d'un seul et même mécanisme. Nous voyons maintenant que le fait est beaucoup plus primitif et qu'il n'est nullement limité à l'institution sacrificielle. Il n'existe peut-être pas de rite qui ne présente une semblable indétermination. La messe sert aux mariages comme aux enterrements ; elle rachète les fautes des morts, elle assure aux vivants les faveurs de la divinité, etc. Le jeûne est une expiation et une pénitence ; mais c'est aussi une prépara-
nous arrêter au moment où elles donnent naissance à des formes plus complexes.
1. Nat. Tr., p. 463. Si l'individu peut, à son choix, célébrer une cérémonie soit du totem paternel soit du totem maternel, c'est que, poulies raisons exposées plus haut (p. 261), il participe de l'un et de l'autre.