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The Religion of the Sémites, lect. XI

2. C'est le cas des Dieri invoquant, d'après Gason, les Mura-Mura de l'eau, en temps de sécheresse.

intervenues qu'ultérieurement. Une fois que le mécanisme rituel fut établi, elles ont servi à le rendre plus commodément représentable aux intelligences ; mais elles ne sont pas conditions de son existence. C'est pour d'autres raisons qu'il s'est institué ; c'est à une autre cause qu'il doit son efficacité.

Il agit par les forces collectives qu'il met en jeu. Un malheur paraît-il imminent qui menace la collectivité ? Celle-ci se réunit, comme à la suite d'un deuil, et c'est naturellement une impression d'inquiétude et d'angoisse qui domine le groupe assemblé. La mise en commun de ces sentiments a, comme toujours, pour effet de les intensifier. En s' affirmant, ils s'exaltent, s'enfièvrent, atteignent un degré de violence qui se traduit par la violence correspondante des gestes qui les expriment. Comme à la mort d*un proche, on pousse des cris terribles, on s'emporte, on sent le besoin de déchirer et de détruire ; c'est pour satisfaire ce besoin qu'on se frappe, qu'on se blesse, qu'on fait couler le sang. Mais quand des émotions ont cette vivacité, elles ont beau être douloureuses, elles n'ont rien de déprimant ; elles dénotent, au contraire, un état d'effervescence qui implique une mobilisation de toutes nos forces actives et même un afflux d'énergies extérieures. Peu importe que cette exaltation ait été provoquée par un événement triste, elle ne laisse pas d'être réelle et elle ne diffère pas spécifiquement de celle qu'on observe dans les fêtes joyeuses. Parfois même, elle se manifeste par des mouvements de même nature : c'est la même frénésie qui saisit les fidèles, c'est le même penchant aux ■ débauches sexuelles, signe certain d'une grande surexcitation nerveuse. Déjà Robertson Smith avait remarqué cette curieuse influence des rites tristes dans les cultes sémitiques : « Dans les temps difficiles, dit-il, alors que les pensées des hommes étaient habituellement sombres, ils recouraient aux excitations physiques de la religion, comme, maintenant, ils se réfugient dans le vin. Bn règle générale, quand, chez les Sémites, le

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culte commençait par des pleurs et des lamentations — comme dans le deuil d'Adonis ou comme dans les grands rites expiatoires qui devinrent fréquents pendant les derniers temps — ■ une brusque révolution faisait succéder, au service funèbre par lequel s'était ouverte la cérémonie, une explosion de gaîté et de réjouissances1 ». En un mot, alors même que les cérémonies religieuses ont pour point de départ un fait inquiétant ou attristant, elles gardent, sur l'état affectif du groupe et des individus, leur pouvoir stimulant. Par cela seul qu'elles sont collectives, elles élèvent le ton vital. Or, quand on sent en soi de la vie — ■ que ce soit sous forme d'irritation pénible ou de joyeux enthousiasme — - on ne croit pas à la mort ; on se rassure donc, on reprend courage et, subjectivement, tout se passe comme si le rite avait réellement écarté le danger que Ton redoutait. Voilà comment on attribue aux mouvements dont il est fait, aux cris poussés, au sang versé, aux blessures qu'on s'inflige ou qu'on inflige à d'autres, des vertus curatives ou préventives ; et, comme ces différents sévices font nécessairement souffrir, la souffrance, par elle-même, finit par être considérée comme un moyen de conjurer le mal, de guérir la maladie2. Plus tard, quand la plupart des forces religieuses eurent pris la forme de personnalités morales, on expliqua l'efficacité de ces pratiques en imaginant qu'elles avaient pour objet d'apaiser un dieu malfaisant ou irrité. Mais ces conceptions ne font que refléter le rite et les sentiments qu'il suscite ; elles en sont une interprétation, et non la cause déterminante.

Un manquement rituel n'agit pas d'une autre manière. Iyui aussi est une menace pour la collectivité ; il l'atteint dans son existence morale, puisqu'il l'atteint dans ses

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