Op. cil., p
2. Il est d'ailleurs possible que la croyance aux vertus moralement tonifiantes de la souffrance (v. plus haut, p. 446) ait ici joué quelque rôle. Puisque la douleur sanctifie, puisqu'elle élève le niveau religieux du fidèle, elle peut aussi le relever quand il est tombé au-dessous de la normale.
croyances. Mais que la colère qu'il détermine s'affirme ostensiblement et avec énergie, et elle compense le mal qui Ta causée. Car si elle est vivement ressentie par tous, c'est que l'infraction commise est une exception et que la foi commune reste entière. I/unité morale du groupe n'est donc pas en danger. Or la peine infligée à titre d'expiation n'est que la manifestation de cette colère publique, la preuve matérielle de son unanimité. Elle a donc réellement l'effet réparateur qu'on lui attribue. Au fond, le sentiment qui est à la racine des rites proprement expiatoires ne diffère pas en nature de celui que nous avons trouvé à la base des autres rites piaculaires : c'est une sorte de douleur irritée qui tend à se manifester par des actes de destruction. Tantôt elle se soulage au détriment de celui-là même qui l'éprouve ; tantôt, c'est aux dépens d'un tiers étranger. Mais dans les deux cas, le mécanisme psychique est essentiellement le même1.
Un des plus grands services que Robertson Smith ait rendus à la science des religions est d'avoir mis en lumière l'ambiguïté de la notion du sacré.
Les forces religieuses sont de deux sortes. Les unes sont bienfaisantes, gardiennes de l'ordre physique et moral, dispensatrices de la vie, de la santé, de toutes les qualités que les hommes estiment : c'est" le cas du principe totémique, épars dans toute l'espèce, de l'ancêtre mythique, de l' animal-protecteur, des héros civilisateurs, des dieux tutélaires de toute espèce et de tout degré. Peu importe qu'elles soient conçues comme des personnalités distinctes ou comme des énergies diffuses ; sous l'une et sous l'autre forme, elles jouent le même rôle et affectent de la même
1. Cf. ce que nous avons dit sur l'expiation dans notre Division du travail social, 3e éd., p. 64 et suiv.
LES RITES PIACULAIRES 585
manière la conscience des fidèles : le respect qu'elles inspirent est mêlé d'amour et de reconnaissance. Les choses et les personnes qui sont normalement en rapports avec elles participent des mêmes sentiments et du même caractère : ce sont les choses et les personnes saintes. Tels sont les lieux consacrés au culte, les objets qui servent dans les rites réguliers, les prêtres, les ascètes, etc. — Il y a, d'autre part, les puissances mauvaises et impures, productrices de désordres, causes de mort, de maladies, instigatrices de sacrilèges. Les seuls sentiments que l'homme ait pour elles sont une crainte où il entre généralement de l'horreur. Telles sont les forces sur lesquelles et par lesquelles agit le sorcier, celles qui se dégagent des cadavres, du sang des menstrues, celles que déchaîne toute profanation des choses saintes, etc. Les esprits des morts, les génies malins de toute sorte en sont des formes personnifiées.
Bntre ces deux catégories de forces et d'êtres, le contraste est aussi complet que possible et va même jusqu'à l'antagonisme le plus radical. Les puissances bonnes et salutaires repoussent loin d'elles les autres qui les nient et les contredisent. Aussi les premières sont-elles interdites aux secondes : tout contact entre elles est considéré comme la pire des profanations. C'est le type, par excellence, de ces interdits entre choses sacrées d'espèces différentes dont nous avons, chemin faisant, signalé l'existence1. Les femmes pendant la menstruation, et surtout à la première apparition des menstrues, sont impures ; aussi sont-elles, à ce moment, rigoureusement séquestrées ; les hommes ne doivent avoir avec elles aucun rapport2. Les bull-roarers, les churinga ne sont jamais en contact avec le mort3. Le