V. plus haut, p
2. Spencer et Gillen, Naî. Tr., p. 460 ; North. Tr., p. 601 ; Roth, North Queensland Ethnography, Bulletin n° 5, p. 24. Il est inutile de multiplier les références à l'appui d'un fait aussi connu.
3. Spencer et Gillen citent cependant un cas où des churinga seraient placés sous la tête du mort (Nat. Tr., p. 156). Mais, de leur aveu, le fait
sacrilège est exclu de la société des fidèles ; l'accès du culte lui est interdit. Ainsi toute vie religieuse gravite autour de deux pôles contraires entre lesquels il y a la même opposition qu'entre le pur et l'impur, le saint et le sacrilège, le divin et le diabolique.
Mais en même temps que ces deux aspects de la vie religieuse s'opposent l'un à l'autre, il existe entre eux une étroite parenté. D'abord, ils soutiennent tous deux le même rapport avec les êtres profanes : ceux-ci doivent s'abstenir de tout rapport avec les choses impures comme avec les choses très saintes. Les premières ne sont pas moins interdites que les secondes ; elles sont également retirées de la circulation/ C'est dire qu'elles aussi sont sacrées. Sans doute, les sentiments qu'inspirent les unes et les autres ne sont pas identiques : autre chose est le respect, autre chose le dégoût et l'horreur. Cependant, pour que les gestes soient les mêmes dans les deux cas, il faut que les sentiments exprimés ne diffèrent pas en nature. Bt en effet, il y a de l'horreur dans le respect religieux, surtout quand il est très intense, et la crainte qu'inspirent les puissances malignes n'est généralement pas sans avoir quelque caractère révérentiel. Les nuances par lesquelles se différencient ces deux attitudes sont même parfois si fugitives qu'il n'est pas toujours facile de dire dans quel état d'esprit se trouvent, au juste, les fidèles. Chez certains peuples sémitiques, la viande de porc était interdite ; mais on ne savait pas toujours avec précision si c'était à titre de chose impure ou bien de chose sainte1 et la même remarque peut s'appliquer à un très grand nombre d'interdictions alimentaires.
Il y a plus ; il arrive très souvent qu'une chose impure ou une puissance malfaisante devienne, sans changer de
est unique, anormal {ibîd.} p. 157), et il est énergiquement nié par Strehlow (II, p. 79).
1. Robertson Smith, Rel. of Sémites, p. 153, cf. p. 446, la note additionnelle intitulée Holmess, Uncleanness and Taboo.
LES RITES PIACULAIRES 587
nature, mais par une simple modification des circonstances extérieures, une chose sainte ou une puissance tutéîaire, et inversement. Nous avons vu comment l'âme du mort, qui est d'abord un principe redouté, se transforme en génie protecteur, une fois que le deuil est terminé. De même, le cadavre, qui commence par n'inspirer que terreur et éïoignement, est traité plus tard comme une relique vénérée : l' anthropophagie funéraire, qui est fréquemment pratiquée dans les sociétés australiennes, est la preuve de cette transformation1. 1/ animal totémique est l'être saint par excellence ; mais il est, pour celui qui en consomme indûment la chair, un principe de mort. D'une manière générale, le sacrilège est simplement un profane qui a été contagionné par une force religieuse bienfaisante. Celle-ci change de nature en changeant d'habitat ; elle souille au lieu de sanctifier2. Le sang qui provient des organes génitaux de la femme, bien qu'il soit évidemment impur comme celui des menstrues, est souvent employé comme un remède contre la maladie3. La victime immolée dans les sacrifices expiatoires est chargée d'impureté, puisqu'on a concentré sur elle les péchés qu'il s'agit d'expier. Cependant, une fois qu'elle est abattue, sa chair et son sang sont employés aux plus pieux usages4. Au contraire, quoique la communion soit une opération religieuse qui a normalement pour fonction de consacrer, elle produit parfois les mêmes effets qu'un sacrilège. Des individus qui ont communié sont, dans certains cas, obligés de se fuir comme des pestiférés. On dirait qu'ils sont devenus l'un pour
1. Howitt, NaL Tr., p. 448-450; Brough Smyth, I, p. 118, 120; Dawson, p. 67 ; Eyre, II, p. 257 ; Roth, North Queensland Ethn., Bull. n° 9, in Rec. of Ihe Australian Muséum, VI, n° 5, p. 367.