Londres, 1904 ; désormais Northern Tribes ou Norlh. Tr
3. Nous écrivons les Arunta, les Anula, les Tjingilli, etc., sans ajouter à ces noms Vs caractéristique du pluriel. Il nous paraît peu logique d'incorporer, à des mots qui ne sont pas français, un signe grammatical qui n'a de sens que dans notre langue. Nous ne ferons d'exception à cette règle que quand le nom de tribu aura été manifestement francisé (les Hurons par exemple).
4. Strehlow est en Australie depuis 1892 ; il vécut d'abord chez les Dieri ; de là, il passa chez les Arunta.
Spencer et Gillen)1. Très maître de la langue parlée par ces peuples2, Strehlow a pu nous rapporter un grand nombre de mythes totémiques et de chants religieux qui nous sont donnés, pour la plupart, dans leur texte original. Malgré des divergences de détails qui s'expliquent sans peine et dont l'importance a été grandement exagérée3, nous verrons que les observations faites par Strehlow, tout en complétant, précisant, parfois même rectifiant celles de Spencer et Gillen, les confirment en somme dans tout ce qu'elles ont d'essentiel.
Ces découvertes suscitèrent une abondante littérature sur laquelle nous aurons à revenir. Les travaux de Spencer et Gillen surtout exercèrent une influence considérable, non seulement parce qu'ils étaient les plus anciens, mais parce que les faits y étaient présentés sous une forme systématique qui était de nature, à la fois, à orienter les observations ultérieures4, et à stimuler la spéculation. Les résultats en furent commentés, discutés, interprétés de toutes les manières. Au même moment, Howitt, dont les études fragmentaires étaient dispersées dans une multitude
1. Die Aranda- und LorUja-Slâmme in Zentral- Australien. Quatre fascicules ont jusqu'à présent été publiés ; le dernier paraissait au moment où le présent livre venait d'être terminé. Nous n'avons pu en faire état. Les deux premiers traitent des mythes et des légendes, le troisième du culte. Au nom de Strehlow, il est juste d'ajouter celui de von Leonhardi qui a joué dans cette publication un rôle important. Non seulement il s'est chargé d'éditer les manuscrits de Strehlow, mais, sur plus d'un point, par ses questions judicieuses, il a provoqué ce dernier à préciser ses observations. On pourra, d'ailleurs, utilement consulter un article que Leonhardi a donné au Globus et où l'on trouvera de nombreux extraits de sa correspondance avec Strehlow (Ueber einige religiôse und totemistische Vorstellungen der Aranda und Loritja in Zentral-Australien, in Globus, XGI, p. 285). Cf. sur le même sujet un article de N.- W. Thomas paru dans Folk-lore, XVI, p. 428 et suiv.
2. Spencer et Gillen ne l'ignorent pas, mais sont loin de la posséder comme Strehlow.
3. Notamment par Klaatsch, Schlussbericht uber meine Reise nach Australien, in Zeitschrifl f. Ethnologie, 1907, p. 635 et suiv.
4. Le livre de K. Langloh Parker, The Euahlaiji Tribe, celui d'EYLmann, Die Eingeborenen der Kolonie Sùdauslralien, celui de John Mathew, Two Représentative Tribes of Queensland, certains articles récents de Mathews témoignent de l'influence de Spencer et Gillen.
de publications différentes1, entreprit de faire, pour les tribus du sud, ce que Spencer et Gillen avaient fait pour celles du centre. Dans ses Native Tribes of South-East Australie? t il nous donne un tableau d'ensemble de l'organisation sociale des peuples qui occupent l'Australie méridionale, la Nouvelle-Galles du Sud et une bonne partie du Queensland. Les progrès ainsi réalisés suggérèrent à Frazer l'idée de compléter son Totemism par une sorte de compendium3 où Von trouverait réunis tous les documents importants qui se rapportent soit à la religion totémique soit à l'organisation familiale et matrimoniale dont, à tort ou à raison, cette religion passe pour être solidaire. Le but de cet ouvrage n'est pas de nous donner une vue générale et systématique du totémisme, mais plutôt de mettre à la disposition des travailleurs les matériaux nécessaires pour une construction de ce genre4. Les faits y sont disposés dans un ordre strictement ethnographique et géographique : chaque continent et, à l'intérieur de chaque continent, chaque tribu ou groupe ethnique sont étudiés séparément. Sans doute, une étude aussi étendue, et où tant de peuples divers sont successivement passés en revue, ne pouvait être également approfondie dans toutes ses parties ; elle n'en constitue pas moins un bréviaire utile à consulter et qui peut servir à faciliter les recherches.
1. On trouvera la liste de ces publications dans la préface de Nat. Tr., p. 8 et 9.
2. Londres, 1904. Désormais, nous citerons ce livre avec l'abréviation Nat Tr., mais en le faisant toujours précéder du nom de Howitt afin de le distinguer du premier livre de Spencer et Gillen dont nous abrégeons le titre de la même manière.
3. Totemism and Exogamy, 4 vol., Londres, 1910. L'ouvrage commence par une réédition de l'opuscule Totemism, reproduit sans changements essentiels.
4. A la fin et au commencement, il est vrai, on trouve des théories générales sur le totémisme qui seront exposées et discutées plus loin. Mais ces théories sont relativement indépendantes du recueil de faits qui les accompagne, car elles avaient déjà été publiées dans différents articles de revues, bien avant que l'ouvrage n'ait paru. Ces articles ont été reproduits dans le premier volume (p. 89-172).
x32 QUESTIONS PRÉLIMINAIRES
De ce bref historique il résulte que l'Australie est le terrain le plus favorable à l'étude du totémisme. Nous en ferons, pour cette raison, l'aire principale de notre observation.
Dans son Totemism, Frazer s'était surtout attaché à relever toutes les traces de totémisme que l'on peut découvrir dans l'histoire et dans l'ethnographie. Il fut ainsi amené à comprendre dans son étude les sociétés les plus différentes par la nature et le degré de culture : l'ancienne Egypte1, l'Arabie, la Grèce3, les Slaves du Sud3 y figurent à côté des tribus de l'Australie et de l'Amérique. Cette manière de procéder n'avait rien qui pût surprendre chez un disciple de l'école anthropologique. Cette école, en effet, ne cherche pas à situer les religions dans les milieux sociaux dont elles font partie* et à les différencier en raison des milieux différents auxquels elles sont ainsi rapportées. Tout au contraire, comme l'indique le nom même qu'elle s'est donné, son but est d'atteindre, par-delà les différences nationales et historiques, les bases universelles et vraiment humaines de la vie religieuse. On suppose que l'homme possède de lui-même, en vertu de sa constitution propre et indépendamment de toutes conditions sociales, une nature religieuse et on se propose de la terminer6.