‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 75 sur 322 · Nat. TV., p. 139 et 648; Strehlow, II, p · texte numérisé non relu

Nat. TV., p. 139 et 648; Strehlow, II, p

2. Strehlow, qui écrit Tjurunga, donne du mot une traduction un peu différente. « Ce mot, dit-il, signifie ce qui est secret et personnel (der eigene geheime). Tju est un vieux mot qui signifie caché, secret, et runga veut dire ce qui m'est propre. » Mais Kempe qui a, en la matière, plus d'autorité que Strehlow, traduit tju par grand, puissant, sacré (Kempe, Vocabulary of the Tribes inhabiting Macdonnell Ranges, s. v. Tju, in Transactions of the P. Society of Victoria, t. XIII). D'ailleurs, au fond, la traduction de Strehlow ne s'éloigne pas de la précédente autant qu'on pourrait le croire au premier abord ; car ce qui est secret, c'est ce qui est soustrait à la connaissance des profanes, c'est-à-dire ce qui est sacré. Quant à la signification attribuée au mot runga, elle nous paraît très douteuse. Les cérémonies de l'émou appartiennent à tous les membres du clan de l'émou ; tous peuvent y participer ; elles ne sont donc la chose personnelle d'aucun d'eux.

3. Nat. Tr., p. 130-132 ; Strehlow, II, p. 78. Une femme qui a vu churinga et l'homme qui le lui a montré sont également mis à mort.

4. Strehlow appelle cet endroit, défini exactement dans les termes mêmes qu'emploient Spencer et Gillen, arknanaua au lieu d'ertnatulunga {Strehlow, II, p. 78).

sont ainsi déposés : les femmes, les non-initiés ne peuvent en approcher. C'est seulement quand l'initiation est complètement terminée que les jeunes gens en ont l'accès : encore en est-il qui ne sont jugés dignes de cette faveur qu'après plusieurs années d'épreuves1. I,a religiosité du lieu rayonne même au-delà et se communique à tout l'entourage : tout ce qui s'y trouve participe du même caractère et, pour cette raison, est soustrait aux atteintes profanes. Un homme est-il poursuivi par un autre ? S'il parvient jusqu'à l'ertnatulunga, il est sauvé ; on ne peut l'y saisir2. Même un animal blessé qui s'y réfugie doit être respecté3. Les querelles y sont interdites. C'est un lieu de paix, comme on dira dans les sociétés germaniques, c'est le sanctuaire du groupe totémique, c'est un véritable lieu d'asile.

Mais les vertus du churinga ne se manifestent pas seulement par la manière dont il tient le profane à distance. S'il est ainsi isolé, c'est qu'il est une chose de haute valeur religieuse et dont la perte léserait gravement la collectivité et les individus. Il a toute sorte de propriétés merveilleuses : par attouchement, il guérit les blessures, notamment celles qui résultent de la circoncision* ; il a la même efficacité contre la maladie5 ; il sert à faire pousser la barbe6 ; il confère d'importants pouvoirs sur l'espèce totémique dont il assure la reproduction normale7 ; il donne

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