‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 92 sur 322 · Nat. Tr., p. 389. Cf. Strehlow, I, p · texte numérisé non relu

Nat. Tr., p. 389. Cf. Strehlow, I, p

6. Nat. Tr., p. 389 ; Strehlow, I, p. 2 et suiv. ÏI y a, sans doute, dans ce thème mythique, un écho des rites d'initiation. L'initiation, elle aussi, a pour objet de faire du jeune homme un homme complet et, d'autre part, elle implique également de véritables opérations chirurgicales

retrouve en Amérique des légendes analogues, sauf que, en raison de la mentalité plus développée de ces peuples, les représentations qu'elles mettent en œuvre ne sont pas d'une confusion aussi troublante pour la pensée. Tantôt, c'est quelque personnage légendaire qui, par un acte de son pouvoir, aurait métamorphosé en homme l'animal éponyme du clan1. Tantôt le mythe essaye d'expliquer comment, par une suite d'événements à peu près naturels et une sorte d'évolution spontanée, l'animal, de lui-même, se serait peu à peu transformé et aurait fini par prendre une forme humaine2.

Il existe, il est vrai, des sociétés (Haida, Tlinkit, Tsimshian) où il n'est plus admis que l'homme soit né d'un animal ou d'une plante : l'idée d'une affinité entre les animaux de l'espèce totémique et les membres du clan y a, pourtant, survécu, et elle s'exprime en des mythes qui, pour différer des précédents, ne laissent pas de les rappeler dans ce qu'ils ont d'essentiel. Voici, en effet, l'un des thèmes fondamentaux. L'ancêtre éponyme y est présenté comme un être humain, mais qui, à la suite de péripéties diverses, aurait été amené à vivre pendant un temps plus

(circoncision, subincisîon, extraction de dents, etc.). On devait naturellement concevoir sur le même modèle les procédés qui servirent à former les premiers hommes.

1. C'est le cas des neuf clans des Moqui (Schoolcraft, Indian Tribes, IV, p. 86), du clan de la Grue chez les Ojibway (Morgan, Ancieni Society, p. 180), des clans des Nootka (Boas, Vllh Rep. on ihe N. W. Tribes of Canada, p. 43), etc.

2. C'est ainsi que se serait formé le clan de la Tortue chez les Iroquois. Un groupe de tortues aurait été obligé de quitter le lac où elles vivaient et de chercher un autre habitat. Une d'elles, plus grosse que les autres, supportait avec peine cet exercice à cause de la chaleur. Elle fit des efforts si violents qu'elle sortit de sa carapace. Le processus de transformation, une fois commencé, se poursuivit de lui-même et la tortue devint un homme qui fut l'ancêtre du clan {Erminnie A. Smith, The Myths of the ïroquois, JIA Rep., p. 77). Le clan de I'Ëcrevisse chez les Choctaw se serait formé d'une manière analogue. Des hommes auraient surpris un certain nombre d'écrevisses qui vivaient dans leur voisinage, les auraient amenées au milieu d'eux, leur auraient appris à parler, à marcher, et finalement les auraient adoptées dans leur société (Catlin, Norlh American Indians, II, p. 128).

CROYANCES PROPREMENT TOTÉMIQUES 193

ou moins long ail milieu d'animaux fabuleux de l'espèce même qui a donné son nom au clan. Par suite de ce commerce intime et prolongé, il devint tellement semblable à ses nouveaux compagnons que, quand il revint parmi les hommes, ceux-ci ne le reconnurent plus. On lui donna donc le nom de l'animal auquel il ressemblait. C'est de son séjour dans ce pays mythique qu'il aurait rapporté l'emblème totémique avec les pouvoirs et les vertus qui passent pour y être attachés1. Ainsi, dans ce cas comme dans les précédents, l'homme est censé participer de la nature de l'animal, bien que cette participation soit conçue sous une forme légèrement différente2.

Il a donc, lui aussi, quelque chose de sacré. Diffus dans tout l'organisme, ce caractère est plus particulièrement

1. Voici, par exemple, une légende de Tsimshian. Au cours d'une chasse, un Indien rencontra un ours noir qui l'emmena chez lui, lui apprit à attraper le saumon et à construire les canots. Pendant deux années, l'homme resta avec l'ours ; après quoi il retourna à son village natal. Mais les gens eurent peur de lui parce qu'il ressemblait à un ours. Il ne pouvait ni parler, ni manger autre chose que des aliments crus. Alors on le frotta avec des herbes magiques et il reprit graduellement sa forme première. Dans la suite, quand il était dans le besoin, il appelait à lui ses amis les ours qui venaient l'aider. Il construisit une maison et peignit sur le fronton un ours. Sa sœur fit, pour la danse, une couverture sur laquelle un ours était dessiné. C'est pourquoi les descendants de cette sœur avaient l'ours pour emblème (Boas, Kwakiutl, p. 323. Cf. Vih Report on the N. W. Tribes of Canada, p. 23, 29 et suiv. ; Hill Tout, Report on the Ethnology of the Statlumh of British Columbia, in J.A.I., 1905, XXXV, p. 150).

On voit par là l'inconvénient qu'il y a à faire de cette parenté mystique entre l'homme et l'animal le caractère distinctif du totémisme, comme le propose M. Van Gennep (Totémisme et méthode comparative, in Revue de Vhisloire des religions, t. LVIII, 1908, juillet, p. 55). Cette parenté est une expression mythique de faits autrement profonds ; elle peut manquer sans que les traits essentiels du totémisme disparaissent. Sans doute, il y a toujours entre les gens du clan et l'animal totémique des liens étroits, mais qui ne sont pas nécessairement de consanguinité, bien qu'ils soient le plus généralement conçus sous cette dernière forme.

2. Il y a, d'ailleurs, des mythes Tlinkit où le rapport de descendance entre l'homme et l'animal est plus particulièrement affirmé. On dit que le clan est issu d'une union mixte, si l'on peut ainsi parler, c'està-dire où soit l'homme, soit la femme était une bête de l'espèce dont le clan porte le nom (V. Swanton, Social Condition, Beliefs, etc., of the Tiingit Indians, XXVÏlh Rep., p. 415-418).

apparent sur certains points privilégiés. Il y a des organes et des tissus qui en sont spécialement marqués : ce sont surtout le sang et les cheveux.

I/e sang humain, tout d'abord, est chose si sainte que, dans les tribus de l'Australie centrale, il sert très souvent à consacrer les instruments les plus respectés du culte. L-e nurtunja, par exemple, est, dans certains cas, religieusement oint, de haut en bas, avec du sang d'homme1. C'est sur un terrain tout détrempé de sang que les gens de l'Émou, chez les Arunta, dessinent l'emblème sacré2. Nous verrons plus loin comment les flots de sang sont répandus sur les rochers qui représentent les plantes ou les animaux totémiques3. Il n'est pas de cérémonie religieuse où le sang n'ait quelque rôle à jouer4. Au cours de l'initiation, il arrive que des adultes s'ouvrent les veines et arrosent de leur sang le novice ; et ce sang est une chose si sacrée qu'il est défendu aux femmes d'être présentes tandis qu'il coule ; la vue leur en est interdite, tout comme celle d'un churinga5. I^e sang que perd le jeune initié pendant les opérations violentes qu'il est tenu de subir a des vertus toutes particulières : il sert à diverses communions6. Celui qui s'écoule pendant la subincision est, chez les Arunta, pieusement recueilli et enterré en un lieu sur lequel on place une pièce de bois qui signale aux passants la sainteté de l'endroit ; aucune femme ne doit en approcher7. C'est, d'ail-

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