‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 95 sur 322 · Nat. Tr., p. 358; Norlh. Tr., p · texte numérisé non relu

Nat. Tr., p. 358; Norlh. Tr., p

ig6 LES CROYANCES ÉLÉMENTAIRES

On pourrait signaler d'autres tissus organiques qui, à des degrés divers, manifestent des propriétés analogues : tels sont les favoris, le prépuce, la graisse du foie, etc.1. Mais il est inutile de multiplier les exemples. Ceux qui précèdent suffisent à prouver qu'il existe chez l'homme quelque chose qui tient le profane à distance et qui possède une efficacité religieuse ; en d'autres termes, l'organisme humain recèle dans ses profondeurs un principe sacré qui, dans des circonstances déterminées, vient ostensiblement affleurer au-dehors. Ce principe ne diffère pas spécifiquement de celui qui fait le caractère religieux du totem. Nous venons de voir, en effet, que les substances diverses dans lesquelles il s'incarne plus éminemment entrent dans la composition rituelle des instruments du culte (nurtunja, dessins totémiques), ou servent à des onctions dont le but est de revivifier les vertus soit des churinga soit des rochers sacrés ; ce sont donc choses de même espèce.

Toutefois, la dignité religieuse qui, à ce titre, est inhérente à chaque membre du clan n'est pas égale chez tous. I^es hommes la possèdent à un plus haut degré que les femmes ; par rapport à eux, elles sont comme des profanes2. Aussi, toutes les fois où il y a une assemblée soit du groupe totémique soit de la tribu, les hommes forment un camp à part, distinct de celui des femmes et fermé à ces dernières :

1. Le prépuce, une fois détaché par la circoncision, est parfois dissimulé aux regards tout comme le sang ; il a des vertus spéciales ; par exemple, il assure la fécondité de certaines espèces végétales et animales {North. Tr., p. 353-354). Les favoris sont assimilés aux cheveux et traités comme tels {North. Tr., p. 544, 604). Ils jouent d'ailleurs un rôle dans les mythes {ibid., p. 158). Quant à la graisse, son caractère sacré ressort de l'emploi qui en est fait dans certains rites funéraires.

2. Ce n'est pas à dire que la femme soit absolument profane. Dans les mythes, elle joue, au moins chez les Arunta, un rôle religieux beaucoup plus important que celui qu'elle a dans la réalité {Nal. Tr., p. 195-196). Maintenant encore, elle prend part à certains rites de l'initiation. Enfin, son sang a des vertus religieuses (v. Nat. Tr,, p. 464 ; cf. La prohibition de l'inceste et ses origines, Année socioL, I, p. 51 et suiv.).

C'est de cette situation complexe de la femme que dépendent les interdits exogamiques. Nous n'en parlons pas ici, parce qu'ils se rat-

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ils sont séparés1. Mais il y a aussi des différences dans la manière dont les hommes sont marqués du caractère religieux. Les jeunes gens non initiés en sont totalement dépourvus puisqu'ils ne sont pas admis aux cérémonies. C'est chez les anciens qu'il atteint son maximum d'intensité. Ils sont tellement sacrés que certaines choses défendues au vulgaire leur sont permises : ils peuvent plus librement manger de l'animal totémique, et même, comme nous l'avons vu, il y a des tribus où ils sont libérés de toute prohibition alimentaire.

Il faut donc se garder de voir dans le totémisme une sorte de zoolâtrie. L'homme n'a nullement, vis-à-vis des animaux ou des plantes dont il porte le nom, l'attitude du fidèle vis-à-vis de son dieu, puisqu'il appartient lui-même au monde sacré. Leurs rapports sont plutôt ceux de deux êtres qui sont sensiblement au même niveau et d'égale valeur. Tout au plus peut-on dire que, du moins dans certains cas, l'animal paraît occuper une place légèrement plus élevée dans la hiérarchie des choses sacrées. C'est ainsi qu'il est appelé quelquefois le père ou le grand-père des hommes du clan ; ce qui semble indiquer qu'ils se sentent visà-vis de lui dans un certain état de dépendance morale3. Encore arrive-t-il souvent, et peut-être même le plus souvent, que les expressions employées dénotent plutôt un sentiment d'égalité. L'animal totémique est appelé l'ami, le frère aîné de ses congénères humains3. Bn définitive, les liens qui existent entre eux et lui ressemblent beaucoup plus à ceux qui unissent les membres d'une même famille ; animaux et hommes sont faits de la même chair

tachent plus directement au problème de l'organisation domestique et matrimoniale.

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