L. Thorndike. À History of Magic..., t. IL, p
matière se modifie et finit par recevoir une forme qui sera mise à l'épreuve et donnera le résultat désiré; la technique magique, au contraire, est en face de l'inconnu, et son premier soin ne peut être que de chercher à donner une détermination à cet indéterminé. L'invisible se dérobe à l’homme et c’est justement ce qui le rend menaçant. Au cours du drame magique, le magicien, soulevé lui-même par les émotions intenses qu’il provoque dans l’âme des spectateurs, réussit bien à le faire paraître : il lutte avec lui et parvient souvent, mais non toujours, à le plier à sa volonté. Mais ce n'est pas le plus important de sa tâche. Il ne sortirait pas vainqueur de la lutte, s’il affrontait Finvisible sans préparation. Même un long et pénible apprentissage ne saurait suffire : il faut une pensée sans cesse fixée sur ce qui ne se laisse voir ni toucher; il faut surtout une stratégie savante, qui rivalise de subtilité avec l'adversaire, qui contraigne le protée à prendre forme, qui enchaîne l’impalpable. Les règles de cette stratégie ont consisté en une série de déterminations qui font ressembler la magie disciplinée à un code et quelquefois à une science.
Tout, en effet, y est rigoureusement réglementé : le moment, le lieu, les matières, les instruments, les modalités de l'opération magique. Mais ces précisions, ces définitions, ces règles impératives n’ont d'autre but que de vaincre l’anxieuse attente : si elles font penser parfois à celles de la science, l’analogie ne résiste pas à l’analyse. Ainsi, « les dates lunaires sont celles dont lobservance est le plus généralement fixée ». Mais si la lune joueun grand rôle dans toutes les magies, elle le doitsans aucun doute à ses caractères propres, à sa luminosité