‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 86 sur 194 · Id. Ibid., p · texte numérisé non relu

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bien été inventés à un certain moment. Ils existaient avant la tradition — sinon qu'y aurait-il eu à transmettre ? Or, ne peut-on dire qu’à ce moment ils étaient déjà limités? Dès lors, quelle serait la raison dernière de cette limitation ?

Il y a une magie spontanée : elle consiste en une série de démarches instinctives destinées à réduire une émotion forte ou à donner une promesse, une espérance de satisfaction à un désir violent. C’est, nous l’avons vu, la magie de l’enfant, mais c’est aussi celle que pratiquent les indigènes qui imitent la chute de l’eau pour faire tomber la pluie, les guerriers qui miment les combats auxquels ils vont prendre part, ou les femmes qui, demeurées à la maison tandis que leurs maris sont partis pour la chasse ou la guerre, exécutent certaines danses : elles trompent ainsi leur impatience, leur inquiétude, elles procurent une issue à des émotions que l'attente et l’inaction exaspéreraient douloureusement‘. C’est un problème analogue que le magicien doit résoudre. Mais, investi de la confiance de son groupe, responsable de ses destinées, il ne peut se contenter des solutions simples dont nous venons de donner des exemples. Sa fonction le met à part de la tribu : il prend ainsi mieux conscience, dans cet isolement relatif, de la tâche qui lui incombe. Illa considère en elle-même comme l’ouvrier considère son ouvrage, le posant en face de lui, l’examinant dans l’ensemble et dans le détail. Seulement, tandis que la technique matérielle est soutenue et comme portée, à chacune de ses démarches, parles faits, l'expérience sensible, la matière; que, à chaque instant, sous les doigts de l’ouvrier, cette

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