‹ Les formes larvées de l'angine diphtériqueChapitre 2 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

A côté de l’angine diphtérique classique caractérisée localement par la production des fausses membranes, et, à distance par l'apparition de phénomènes toxiques plus ou moins marqués, on peut observer des angines de même nature, dues comme les précédentes au bacille de Lôffler, mais dont la symptomatologie est complètement différente.

Localement, la fausse membrane fait défaut, on n’observe qu’un léger érythème de la muqueuse avec ou sans œdème : c’est la forme catarrhale des anciens auteurs, la diphtérie bactériologique des modernes ou encore diphtérie fruste. Quelquefois, un léger exsudat se produit, cet exsudat est presque uniquement pultacé, à peine fibrineux, et ne rappelle en rien en tous cas la fausse membrane caractéristique de la diphtérie.

Ces angines semblent d'ordre banal et c’est l’examen de laboratoire seul, qui permet d’en affirmer la nature.

L'absence de la membrane fibrineuse, l'absence des signes généraux propres à l’intoxication lôfilérienne justifient les noms d’angines diphtériques

Pre

frustes, larvées ou arbortives que certains leur donnent,

Les médecins militaires ont à différentes reprises insisté sur la fréquence de ces formes atténuées de la diphtérie au cours des épidémies.

Mais la fréquence des formes frustes de la diphtérie n’est pas admise par tous. Certains auteurs la considèrent comme exceptionnelle. M. Marfan qui a dirigé pendant sept années le pavillon de la diphtérie à l'hôpital des Enfants-Malades a écrit dans ses belles leçons cliniques :

«En présence d’une angine rouge, on peut, sans scrupule écarter la diphtérie... D’angine présentant nettement les caractères que nous venons d’assigner à l’angine pultacée, nous n’en avons pas rencontré qui fût de nature diphtérique ».

Les raisons de celte contradiction sont faciles à trouver.

Dans les hôpitaux militaires, on observe non seulement les grands malades atteints d’une angine pseudo-membraneuse typique, mais 'aussi tous les hommes habitant la même chambrée. C’est parmi ces derniers, qui n’accusent souvent qu’un malaise léger, auquel ils ne prêtent aucune attention, qu’on trouve ces formes atténuées de la maladie.

De même, au pavillon de la diphtérie, les enfants traités ont tous des angines à fausses membranes typiques. Mais, en examinant systématiquement la gorge des frères et sœurs des malades, nous remarquâmes un grand nombre d’angines suspectes, érTy-

thémateuses ou pultacées qui, nee donnèrent du bacille de Lôfer.

Ces angines nous avaient échappé jusqu'ici, car les soins de prophylaxie étaient confiés à la surveillante qui se contentait d’injecter 10 ou 20 centimètres cubes de sérum antidiphtérique, aux enfants qui n’accusaient aucun malaise.

M. Aviragnet, qui dirige le service de la diphtérie aux Enfants-Malades,nous conseilla d'examiner nousmême les sujets contacts, et nous pûmes ainsi nous convaincre de la très grande fréquence des formes frustes de l’angine diphtérique.

L’injection sérique, qui arrête l’évolution de la maladie, a dû encore multiplier ces cas. Il y aurait donc lieu de distinguer les angines abortives spontanément,des angines secondairement abortives, grâce à l'injection sérique ; l'étude des diphtéries spontanément abortives serait seule intéressante ; malheureusement nous avons été obligé d’injecter certains enfants n'ayant qu’une angine très légère, à cause de l'impossibilité de les isoler. :

Mais la nature diphtérique de ces angines sans fausses membranes est-elle bien certaine ? Pour M. Stévenin, il s’agit le plus souvent d’angines banales survenant chez des porteurs de germes.

Il est certain qu’un convalescent de diphtérie, encore porteur de germes, peut avoir une angine banale. Mais ces cas sont rares et on peut affirmer que la plupart des angines larvées à bacilles de Lôffler sont bien diphtériques, car on ne les ren-

contre guère qu’en temps d’épidémies et chez des sujets contacts.

L'apparition de ces formes bénignes en milieu épidémique n’est pas surprenante. Il en est de même pour toutes les maladies infectieuses : la typhoïde, la rougeole, la scarlatine par exemple. Il existe des cas de scarlatine si atténués que l’éruption . peut passer inaperçue, l’angine est réduite au minimum. L’angine diphtérique peut également s’arrêter au début de son évolution, à la période inflammatoire décrite par Roger et Peter, période qui, dans toute angine commune ou maligne, précède l'apparition des fausses membranes. Mais si, pour une raison. quelconque, l'infection se réveille, l’angine perd ses caractères de bénignité et devient pseudo-membraneuse. MM. Hutinel et Martin insistent sur ce fait ; abandonnées à elles-mêmes les angines larvées peuvent évoluer vers l’intoxication et l’on peut supposer que, si la plupart des enfants que nous avons Cru devoir d’injecter auraient guéri spontanément, l’injection prophylactique de sérum a certainement arrêté l’évolution d’angines qui n'étaient qu’à leur début,

Certaines particularités étiologiques et cliniques, l’évolution, l’action du sérum chez quelques malades, fournissent autant de preuves en faveur de la nature diphtérique de ces angines larvées à bacille de Lôffler.

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