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Examen bactériologique
En 18y8 Simonin et Benoît observaient déjà que «le bacille se rencontre d’autant plus fréquemment que la réaction anatomo-clinique de la muqueuse est plus accentuée ».
Nous avons également remarqué qu’un ensemencement rapide de ces angines non pseudo-membraneuses observées en milieu épidémique, pouvait être négatif, tandis que, le même jour, on obtenait un
résultat positif en ensemençant correctement, c’est-
à-dire dans le voisinage immédiat de la lésion et en observant les précautions nécessaires. Ceci ne doit
pas nous surprendre ; tout examen de laboratoire
bien fait exige une technique spéciale : on ne recherche pas au hasard les bacilles tuberculeux dans les crachats, on choisit et on lave la glaire convenable pour la recherche du bacille de Shiga dans les matières fécales.
Non seulement le bacille de Lôffler estrare et difficile à cultiver dansles diphtéries frustes, mais les bacilles diphtérimorphes, non diphtériques sont fréquents, si bien que les recherches bactériologiques doivent être soigneusement effectuées pour que l’identifica-
tion des germes cultivés soit possible ; on risquerait,
si l’on ne prenait pas les précautious nécessaires, de laisser méconnusdesbacilles de lofflertypiques quand ils sont peut nombreux, perdus au milieu de colonies abondantes de bacille d'Iofmann.
Ensemencement
I faut s’abstenir de râcler la muqueuse sur une large surface dans l'espoir de prendre une plus grande quaulité de semence ; pour la même raison l'usage du tampon d’ouate stérilisé est à rejeter, car il est trop volumineux et retient trop de germes. On doit se contenter de toucher avec la spatule de platine, les points où le bacille diphtérique se développe de préférence : face postérieure de la luette, piliers postérieurs, sommet del’amygdale. S'ilexiste un érythème ou un peu d’œdème localisés, on ensemencera tout près de la lésion : par exemple chez le même malade, la culture du mucus recouvrant le pilier postérieur enflammé peut donner du bacille de Lôffler tandis que celle de la luette, si elle est normale, reste parfois négative.
Il est utile d'employer deux ou troistubes de sérum, pour chaque sujet, le bacille diphtérique se dévelop: pant mieux sur les derniers ; on aperçoit alors des colonies bien isolées, blanches, sèches, surélevés au centre, ayant, dès l'examen macroscopique, tous les. caractères des colonies diphtériques.
Malheureusement avec le bacille de Lôffler, et quelquefois en bien plus grande abondance, ont poussé des bacilles d'Hofmannet des cocci. Certesle streptocoque et le staphylocoque doré ont des colonies d'aspect différents, mais certains cocci et surtout
le bacille d'Hofmann après vingt-quatre ou quarante=
en de
huil heures d'étuve, ressemblent à s’y méprendre à descolonies diphtériques. Celles-ci tout au début peuvent être un peu humides, la sécheresse si caractéristique n'apparaissant que plus tard, et si dans la “majorité des cas, elles sont blanches et surélevées, 1l n’esl pas rare d'observer des échantillons légèrement jaunes et aplatis.
Il est donc important d'obtenir des colonies bien séparées, pas irop nombreuses pour mieux juger des caractères différentiels.
Dès l'examen macroscopique on pourra éliminer cerlaines colonies trop petites, ou trop jaunes, ou trop humides, pour ne retenir que les colonies d’aspect diphtérique.
L'examen macroscopique permet ainsi de choisir les colonies du tube, mais cette différenciation n'est qu'approximative et le diagnostic des colonies soupçonnées lôfflerienne, doit être complété par l'étude des germes au microscope.
- Examen microscopique. — Nous avons exposé longuement par ailleurs la technique employée (1). Rappelons que le bacille de Lôffler est plus long, plus mince que le bacille d'Hofmann; les granulations du premier sont plus nettes, plus nombreuses que celles du deuxième.
Le choix du colorant n’est pas indifférent. Le bacille diphtérique gardant assez mal les colorants,
1. E.-C. Aviragnet et Mlle Le Soudier, Société méd. des Hôp. 29 juin et 24 juillet 1917.
il est préférable d'employer un colorant fort ; le violet de gentiane aniliné de préférence. :
Pour l'étude des granulations, le bleu de méthy- Jène avec ou sans surcoloration à la chrysoïdine donne d'excellents résultats. |
Cependant on est en droit d’hésiter dans certains cas où les bacilles diphtériques sont en majorité sourts (1), ce qui est rare, ou bien quand il n’existe que de très rares bacilles de Lôffler mêlés à de très nombreux bacilles d'Hofmann.
Il faudra alors purifier les colonies et pratiquer les épreuves suivantes. - k
Fermentation des sucres
MM. Costa, Troisier et Dauvergne ont basé sur la propriété que possède le bacille de Lôffler, à l'exelusion du bacille d'Hofmann, de produire des acides aux dépens de certains sucres, un procédé rapide de diagnostic bactériologique. |
Ils ensemencent la gorge avec un tampon d'ouate stérilisé, ils prélèvent sur ce tampon un peu de semence à l'aide d’une spatule de platine dont ils se servent pour ensemencer des boîtes de Pétri, contenant un milieu spécial, composé de sérum coagulé, glucosé, tournesolé, additionné d’un peu d’acide sulfurique. Au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, ils distinguent facilement les colonies roses
1. Au cours de cette étude, nous n'avons jamais rencontré de culture de gorge ne contenant que des colonies diphtériques à forme courte.
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diphtériques des colonies bleues non diphtériques. Cette méthode est certainement excellente, mais nous trouvons qu'avec un peu d'habitude la lecture d’un tube de sérum simple est aussi facile et, pour les diphtéries larvées, il n’est pas indifférent de se servir d’un tampon d’ouate pour ensemencer une muqueuse sur laquelle les bacilles n’existent qu’en des endroits très précis.
Nous avons de préférence pratiqué l’ensemencement direct sur tubes de sérum et, quand les colonies sont douteuses,après deux ou trois purifications, nous ensemençons en gélose profonde glucosée tournesolée suivant la méthode de MM. Martin et Loiseau.
Culture en gélose profonde glucosée (1)
Le bacille: à examiner est-il diphtérique ? Il donne dans toute l'étendue du tube des colonies blanches et fines. Rien ne pousse en surface.
Si le bacille n’est qu’u 1 diphtérimorphe non diphtérique, il ne pousse qu’en surface donnant des colonies larges, crémeuses,
Si la colonie douteuse qui a servi à l’ensemencement du tube de gélose était mixle, il existe des colonies en surface et en profondeur, et une colonie profonde repiquée ne pousse qu’en profondeur.
En même temps le tournesol ajouté au milieu a viré au bleu si le bacille est AORCGrRRE au rose si le bacille est diphtérique.
1. Pour la technique, consulter le Bulletin de la Société de biologie, 22 juillet 1916.
Inoculation au cobaye
L'identification du germe peut être complétée par l’inoculation au cobaye. On sait que le bacille de Lôffler est virulent pour le cobaye neuf, le bacille d’Hofmann étant peu ou pas pathogène. L’injection de sérum anti-diphtérique préserve l'animal contre l’action du bacille de Loffler, non des autres germes.
Mais la virulence vis-à-vis du cobaye a embrouillé tout particulièrement la question du diagnostic de la diphtérie larvée. Certains bacilles de Lôffler et surtout dans les diphtéries frustes, sont avirulents pour le cobaye. MM. Roux et Martin nomment ces bacilles pseudo-diphtériques. Or comme pour la majorité des auteurs, un pseudo-diphtérique est un bacille d’Hofmanpn, nous avons dit qu'il était préférable de supprimer le terme de pseudo-diphtérique.
Est diphtérique tout bacille diphtérimorphe virulent ou avirulent poussant en profondeur dans la gélose profonde et faisant fermenter le glucose.
N'est pas diptérique tout bacille diphtérimorphe poussant en surface en gélose profonde.
Le premier est un bacille de Loffler vrai ou coryne bacterium diphteriæ, le deuxième est un bacille d’Hofmann ou coryne bacterium commane. |
En résumé, l'examen du laboratoire, quand on soupçonne une angine diphtérique larvée, doit êlre fait de la façon suivante :
1° Ensemencement avec une spatule de platine,sur da lésion ;
2° Culture sur tubes de sérum de bœuf coagulé ;
3° Choix macroscopique des colonies. :
4e Examen microscopique des colonies d’aspect diphtérique : colorant fort; puis recherche des granulations au bleu de méthylène.
5° Si l'examen microscopique est insuffisant,ce qui est rare, purification des colonies douteuses, culture sur gélose profonde glucosée tournesolée.
Dans le cas d’angine non pseudo-membraneuse, le temps exigé par cette épreuve — trois à quatre jours — n'’esl pas excessif; les angines érythémateuses ou pultacées diphtériques sont généralement abortives, et l’on peut attendre les résultats bactériologiques, à condition de surveiller de très près et d'isoler les sujets suspects.
On pourrailmême ajouter que l'examen bactériologique, en temps d'épidémis, ne s'impose que pour les angines suspectes, La présence d’une fausse membrane dans la gorge suffit — la scarlatine éliminée — pour imposer l'injection de sérum.
Le pneumocoque, le streptocoque ne déterminent des angines pseudo-membraneuses que dans des cas exceptionnels. Attendre le résultat du laboratoire équivaut alors à une faute de traitement.
Au contraire, laisser passer, en milieu épidémique, une angine érythémateuse ou pultacée, constatée chez un sujet ayant été en contact avec des diphtériques, constitue une erreur grave, dangereuse pour le malade, et surtout pour son entourage.