‹ Les formes monosymptomatiques des avitaminoses nicotiniquesChapitre 5 sur 18 · LATE T · texte numérisé non relu

LATE T

observé, chez plusieurs de ses malades, en plus de l’érythème, des symptômes buccaux, stomacaux, intestinaux et mentaux. | ;

Nous savons maintenant, après les recherches de nombreux auteurs, tant étrangers que français, que la pellagre est caractérisée par un ensemble de troubles, qui sont dûs à plusieurs avitaminoses du groupe B.

Dans ces dernières années, la thérapeutique nicotinique (vitamine P.P.) a prouvé que les troubles cutanés, digesüfs et mentaux de la pellagre, n'étaient en réalité que des manifestations d’avitaminose (avitaminose nicotinique).

La pellagre se manifeste par des troubles et des symptômes, qui, dans l’ensemble, sont toujours identiques à euxmêmes: érythème pellagreux — accidents digestifs — troubles mentaux.

De même, il faut distinguer des pellagres qui revêtent un caractère aigu et d’autres, un caractère de chronicité.

Depuis peu, des cas assez nombreux de pellagre ont été observés en France et particulièrement à Paris. On a remarqué que très souvent, en clinique, les symptômes classiques de l’avitaminose nicotinique s'’isolaient avec une facilité vraiment déconcertante.

Ïl en résulte que, l’avitaminose nicotinique qui se manileste par un seul symptôme, rend le diagnostic très diffi-

cile, même pour un praticien averti.

En France, quelques auteurs se sont penchés sur ce pro-

Lars PEN

blème, et en particulier, le Professeur agrégé L. ÏUSTIN- BESANCON, qui a fort bien étudié l’avitammose nicotinique dans ses manifestations monosymptomatiques. Ce sont ces dernières qui ont retenu notre attention, et que nous nous

proposons d'exposer dans ce travail.

œdématiée; l’épiderme est légèrement squameux et brillant. Le malade éprouve une sensation de cuisson douloureuse. Peu à peu, la peau se pigmente et semble « désenfler », dit le malade.

En octobre-novembre, les lésions s’atténuent. Une pigmen'ation diffuse persiste jusqu'en janvier. En avril, les lésions recommencent plus ou moins brusquement dès les premières expositions au

soleil.

Deuxième phase. — En 1925, le même « coup de soleil » recommence en avril, causant les mêmes phénomènes. Le malade n'y fait pas attention et ne revient consulter qu’en juin. À cette époque l’érythème paraît plus intense, mais sans aucun autre trouble.

Aw début d2 juillet, l’état s'aggrave en quelques jours: éryth>mes intenses, et apparition de troubles viscéraux. Il y a en plus: amaigrissement ; asthénie très marquée; estomac ballonné, douloureux à la pression; anorexie; diarrhée presque quotidienne.

Les troubles nerveux sont mul'iples : dépression psychique intense, forçant le malade à rester couché inerte; irritabilité violente; paresse des membres inférieurs empêchant la marche; cauchemars et subdé-

lire nocturne.

La bouche est rouge vineux, sèche. La langue est comme racor-

nie et noirâtre, saignant facilement.

Alors que nous avons cru jusqu'alors à un simple érythème pellagroïde, le diagnostic de pellagre vraie est fait devant cette triade si nette, et le traitement est institué: repos à l'ombre, régime lacté et fruits, tisane de queues de cerises, lavages d'estomac, opothérapie

hépato-pancréatique et surrénale.

L'état reste grave duran: tout août et septembre: il régresse lentement en octobre. À la fin de ce mois le patient peut recommencer

à marcher, maïs il ne retravaillera qu'en novembre,

Troisième phase. — En 1926, malgré les recommandations faites, 1l se réexpose au soleil d'avril et le même érythème réapparaît. Le malade vient consulter en mai. Il n’y a pas encore de signe viscéral. On lui fait peur et il évite le soleil, cesse son jardi-

nage et l’été se passe comme avant 1925, c’est-à-dire sans troubles

VISCÉrAUX.

Quatrième phase. — En 1927, rassuré par l’année précédente, il recommence à jardiner et à la fin avril, apparaît un érythème. Il le néglige et con‘inue son jardinage. Très rapidement les phénomènes s’aggravent. Il vient consulter le 27 mai parce que les troubles viscéraux et neuro-psychiques sont apparus depuis sept jours. Le même traitement qu’en 1925 est institué. On y ajoute des vitamines: huile de foie de morue au réveil; levure de bière fraîche; viande crue ou foie de veau aux deux repas.

Il revient fin juin. L'état est resté sérieux. On lui fait des injections d'insuline. L'amélioration est nette mais de progression lente. Fin juillet les troubles viscéraux sont très atténués. On note encore de l’anorexie et la lourdeur des membres inférieurs, mais la marche est possible. Les autres troubles: nerveux et diarrhéiques, ont

disparu. Les érythèmes, par contre, persistent.

Cinquième phase. — En 1928 et 1929, effrayé par la récidive - grave de 1927, il se protège du soleil par des gants et un grand chapeau de paille. Néanmoins, aux mains, à la nuque et au décolleté, apparait un érythème pellagroïde, mais pas de troubles vis-

céraux.

De l’histoire de ce malade nous conclurons que l’éry-

thème pellagroïde peut exister seul, puis se compléter et

nn

devenir une pellagre vraie ou mieux: complète. Il existe donc des formes de pellagre cutanée monosymptomatiques, qui, d’incomplètes et bénignes peuvent devenir complètes

et graves.

FORMES BUCCALES MONOSYMPTOMATIQUES

Connues depuis longtemps, les lésions buccales sont souvent et seulement les premiers symptômes de l’avitaminose nicotinique.

On les rencontre chez les malades avec des aspects assez variés, principalement sous les climats peu ensoleillés. L’érythème pellagreux fait alors souvent défaut. C’est la « pellagra sine pellagra » des auteurs classiques.

Gaspar CAsAL, D'OVIEDO, qui fut un des premiers à remarquer l'importance des lésions buccales, avait appelé la pellagre « lèpre scorbutique ».

Ces manifestations buccales sont constituées, soit par de la glossite, soit par de la stomatite, ou des aspects qui font songer au lichen plan. .

Dans la glossite, la langue est rouge vif, œdématiée, avec parfois des fissures. Le malade éprouve une impression de cuisson. Cette forme est très douloureuse. On note également du ptyalisme.

De nombreux cliniciens ont remarqué que dans les avi-

taminoses nicotiniques épidémiques, la glossite est le seul symptôme constatable, avant que la pellagre prenne une “

forme complète.

La stomatite n’est souvent marquée que par une rougeur intense de la bouche, avec déglutition pénible. Les genci-

Page 1