‹ Les fossiles; pièce en quatre actesChapitre 29 sur 77 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

GLAIRE

Robert, depuis deux jours, je devine qu'un complot se trame autour de moi, sans le témoigner, puisque vous ne jugiez pas à propos de m'en mettre... Maman sort de ma chambre et je sais enfin de quoi il s'agit... Epouser Hélène!... Oh! Robert!...

ROBERT

On a dû t'expliquer...

CLAIRE

En ma qurdité de jeune fille, on a glissé sur l'explication. Tu t'es avisé, pavaît-il, d'aimer Hélène, et on t'accorde la satisfaction de T'ipouser... Voilà les grandes lignes du roman... Je n'ai aucun souci des détails... Vois-tu, j'avais pour ton caractère une grande estime... Tu ne peux past'imaginer, ce que j'éprouve à la sentir baisser.

ROBERT

Ma petite Glaire, Hélène sera ici dans un quart d'heure, peut-être avant, car en traîneau, sur cette belle neige, on va vite... Je ne suis pas fort... Laissemoi vivre en paix jusqu'à son arrivée; qu'elle ne me trouve pas étendu sur un canapé, respirant à peine, dans l'état où me met la moindre alerte.

GLAIRE

Non, tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement !.,. Je serais une mauvaise sœur, si pour t'éviter une contrariété je te laissais salir ta vi^.

ROBERT, sourit tristement. ^

Voilà de grands mots pour une pauvre petite vie!...

GLAIRE

Petite vie que j'ai tant admirée !... Pleine de sentiments que tu cachais, et que je lisais à livre ouvert... Combien tu as souffert de n'avoir pas de place marquée ici-bas!... Car, dans notre société, à quoi sert un duc de Chantemelle? Ambassadeur d'une Ptépublique?... Non, n'est-ce pas?... Soldat, oui, en temps de guerre... mais en temps de paix, lieutenant à perpétuité pour tourmenter des séminaristes, ou arrêter les princes pour lesquels ses aïeux mouraient... Belle destinée!... Que devenir? Avec ta nature ardente, il n'était pas difficile de voir combien tu t'indignais de rester inutile... Quand papa s'est présenté au conseil général contre un vétérinaire, et qu'il a échoué, j'ai bien compris ta désolation... Tu nous disais : « Dans n'importe quel salon, je suis le premier ; mais qu'y a-t-il plein ces salons?... Des hommes qu'on n'écoute plus, exilés dans leurs plaisirs et leurs vanités, plus loin du cœur de la France que s'ils habitaient la Chine. » Avec quelle ardente pitié je t'écoutais... Te voir inconsolable de ne pas travailler à la grandeur de ta patrie me rendait très fière. Je suis convaincue qu'on apprécie mieux quelqu'un sur la qualité de ses peines, que sur celle de ses plaisirs... Dieu sait si j'ai de l'affection pour toi, mais mon enthousiasme la dépassait encore. Jamais je ne t'ai attribué un sentiment vulgaire. Quand on m'a dit que tu étais si malade, ma première pensée a été celle-ci : « Robert ne voudra pas se soi-

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