ACTE DEUXIÈME
Ohl cette femme!... Vous ne soupçonnez pas dans quelle^ horreur de vous tous et de moi-même j'ai vécu à cause d'eile!... Si elle revient, je perdrai à jamais toute paix intérieure!... Pourtant, je consens à être misérable, à succomber sous le poids d'infamies qui ne sont pas les miennes, si le sacrifice doit être pour moi seule... Mais qui me l'assure?... Hélas I je suis une pensionnaire... qui voudrait être morte pour n'avoir pas de résolution à prendre !
Depuis le commencement de cette tirade. Glaire s'anime et parle à très haute voix. Hélène se rapproche peu à peu et ne cesse plus d'être à la conversation.
LE DUC avec solennité.
Glaire, je jure que tu peux consentir... Obéis au chef de la famille... T'aurais-je élevée dans le culte de nos grands souvenirs, pour te conseiller une action indigne d'eux?... C'est en leur nom que je te supplie !... Sur mon honneur, sur celui de mon fils qui va mourir, je promets que ce mariage sauvera le nom, sans rien ajouter aux anciennes misères.
Je vous crois.
Merci, ma fille!
GLAIRE
LE DUC
GLAIRE
Ah ! dans des moments comme celui-ci, ce n'est pas une âme de fille qui souffre en moi!... Sentir ce que j'éprouve, et traverser une crise pareille, les yeux baissés, avec des soupirs d'enfant!....
HÉLÈNE, s'approchant de claire.
Mademoiselle, que j'envie aa contraire votre énergie!... Pensez-vous que je ne vienne pas de passer un quart d'heure terrible pendant qu'on discutait mon sort comme si j'étais un objet qu'on prend et qu'on jette?... Chaque mot a été une brûlure!... Et je n'ai pu trouver une parole, un cri!... Mais dites-vous donc que je suis une créature humaine, aimée d'un homme de cœur, qui se ferait tuer pour moi !... Ah! si vous souffrez, que ne dois-je pas souffrir?... (un silence.) Je voudrais vous faire comprendre qu'en épousant Robert, je me montre capable aussi d'un peu d'héroïsme... S'il est malade autant qu'on le dit, s'il doit mourir bientôt, c'est après lui qu'on verra combien il entre peu d'intérêt dans ma conduite... 11 y a un instant, vous étiez cruelle, vous me faisiez mal, et pourtant, je vous admirais... Eh bien, j'essaierai de ne pas faire tache à vos côtés... Je ne vous demande pas d'y ajouter foi tout de suite... Vous me méprisez, cela est impossible autrement... Mais voir ce mépris et accepter pourtant de vivre avec vous, sans révolte, humblement, n'est-ce pas une espèce de vertu qui devrait me valoir un peu d'estime?...
GLAIRE, faisant un pas vers elle.
Vous en appelez à l'avenir, espérons en lui!... On ne vous méprise pas, on vous plaint... Je ne ferai pas les choses à demi : puisque j'accepte une grande responsabilité, je n'abandonnerai pas celle que je laisse devenir la®femme de Robert.... Il ne dépend pas de moi d'être une amie dans le sens affectueux du mot.