‹ Les fossiles; pièce en quatre actesChapitre 76 sur 77 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

élevé dans la conviction que son rang ne le dispense pas d'avoir une valeur personnelle. Qu'on ne néglige rien pour en faire un homme moderne au sons pro fond du mot. Qu'il aime son temps et en comprenne la grandeur. Nos parents gardent la haine très légitima d'une époque dont l'aurore a été empourprée de leur ' sang : nous nous perdons à éterniser leurs rancunes. Il ne faut pas que le beau nom de fidélité aux principes marque une tendance avilissante à l'égoïsme et à l'oisiveté. Parce que la Révolution a guillotiné nos ancê-^ très d'abord si enthousiastes d'elle, on se crée la fausse obligation d'être hostiles à toute amélioration sociale. C'est le contraire qui doit être. Restons dans la tradition en payant de nos vies de généreuses erreurs; affirmant en cela le devoir d'une noblesse d'être une école de désintéressement, montrant le chemin à son siècle, audacieuse d'esprit et dupe de cœur! Lorsque les malheureux et les humbles réclament une plus large part au soleil, sachons marcher à leur tête avec le scepticisme de nous dire que nos propres troupes nous tireront dans le dos. Pour nous c'est un moyen de bien finir. Il me semble que la noblesse a fait son temps. Elle n'a pas su se maintenir entre les parvenus vainqueurs et la foule qui hurle contre eux sa haine et son mépris. Avant qu'elle disparaisse, il faut que sesi derniers représentants laissent la même impression ■do grandeur que les gigantesque^fossiles qui font rêver aux âges disparus.

Plus tard, quand l'héritier du nom sera un homme, j'exige que Glaire lui raconte comment je suis mort, comment ses grands-parents, sa tante, sa mère se sont immolés, pour que lui, petit être chétif, garde un nom

no LES FOSSILES

resiDecté. Il comprendra que ce nom, transmis par une monstruosité, doit être porté avec une dignité surhumaine. Il se créera l'obligation sainte d'être ainsi notre rédempteur. Que Glaire lui répète la parole qu'elle me disait hier: — Nos existences à tous finissent avec la tienne. Mais qu'importe? On a fauché toute la prairie pour sauver une petite fleur !

LA DUCHESSE, sanglotant.

Robert I Ah l c'est tout luil... Quelle âme s'est envolée!

LE DUC

L'âme de toute une race!

GLAIRE

Le testament n'est pas complet. Il y manque ce qui me concerne. J'ai promis à Robert de ne jamais me marier et de rester toute ma vie avec Hélène et l'enfant.

LA DUCHESSE

Ah non, ma fille, pas cela, c'est trop!... M' abandonner, toi, mon amie, ma seule, ma grande amie!...

CLAIRE, très calme.

J'ai juré !... (se tournant vers le corps de Robert.) Robert, je renouvelle devant toi l'engagement sacré de suivre partout ta femme et ton fils, et de les aidei^-à traverser fièrement la vie. C'est une dette d'honneur contractée envers toi le jour où j'ai laissé admettre Hélène dans la famille. Elle et moi, nous travaillerons à faire de l'enfant un honnête homme d'abord, et quel-

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