ACTE PREMIER
BERNARD
Vous l'avez dit : ami, vieil ami.
MARIE
Ce n'est pas assez. Voulez-vous que je vous appelle mon oncle ?
BERNARD
Ça me fera même plaisir.
MARIE
C'est dit. Eh bien, mon oncle, mettez-vous là. (il s'assied de l'antre côté de la table.) Comment va votrc mère? voilà quinze jours que je ne l'ai vue.
BERNARD
Elle s'en plaint.
MARIE
Ce n'est pas ma faute. Depuis notre installation à Ingouville, je n'ai pas mis le pied au Havre.
Vous vous plaisez beaucoup chez les Fourchambault?
MARIE
Beaucoup; ce sont d'excellentes gens qui me gâtent à qui mieux mieux. Il y a une jeune fille dont je ralFole.
BERNARD
Il y a aussi un jinmc homme.
MARIE
Lùopold ? Très-aimable, charmant.
BERNARD
Charmant! Ne vous fait-il pas la cour ?
24 LES FOURCnAMBAULT.
MAUl E.
Auli'cmoiit, il maiiijncrail ù tous ses dovoirs. Esl-cn que cela se fait on Fi'aiice de ne pas l'aire la cour aux dciiioisclles?
Elle se lève et va au panier ù ouvrage jireiulro un bout de laine pour attacher ses Heurs.
BnUNARD.
On a fait de préférence aux femmes mariées.
MARIE
C'est plus moral. Quel drôle de pays ! Eh bien, je n'en sais que plus de gré à Léopold de perdre son temps avec moi.
Prenez garde ! on dit ([u'il ne le perd pas tout à fait.
MAIIIE, se retouruant viveGieot.
Qui dit cela?
BERNARD
C'est un bruit de la ville.
MARIE, traversaot la scène»
Et de quoi se mêlc-t-clle, la ville?
BERNARD
Oh ! de tout ce qui ne la regarde pas.
MARIE
Eh bien, priez-la de ma part de ne pas plus s'occuper de moi que je ne m'occupe d'elle. Il me plaît que Léopold me fasse la cour et je ne permets à personne de le trouver mauvais.
BERNARD
On se passera de votre permission.