SCENE PREMIÈRE
MADAME BERNARD, seule, compulsant un grand livre sur la
table; puis BERNARD.
BERNARD entre par le fond, va jusqu'au fauteuil do sa mère et s'accoudant sur le dossier.
Quel admirable caissier tu fais, petite mère! Toujours dans tes livres !
Elle lève la tète, il l'embrasse au front. MADAME BERNARD, souriant.
Tu serais bien étonné si tu a[)prenais un malin que je suis partie pour la Belgique.
BERNARD
Je serais stupéfait! Tu n'es pas seulement l'ordre et l'économie de ma maison , tu en es l'inspiration, la hardiesse et la prudence. Non contente d'avoir fait ma fortune... car c'est bien toi qui l'as faite! sans toi, du diable si j'aurais eu le flair de croire à la durée de la guerre d'Amérique...
4i LES FOURCHAMBAULT.
MADAME BERNARD
C'est convenu. De ce non contente... ?
BERNARD
Non contente d'administrer cette fortune comme Colhcrt...
MADAME BERNARD
Qu'ai-je encore fait? Voyons, achève, car je vois que tu tournes autour d'une nouvelle...
BERNARD
Et d'une grosse nouvelle, encore! La maison Cartier a suspendu ses paiements ce matin et les frères Cartier sont en fuite.
Je t'ai toujours prédit qu'ils finiraient mal. Ce sont des casse-cou.
BERNARD
Ils sont partis avec la caisse.
MADAME BERNARD
Cela ne m'étonne pas. Qui dit casse-cou, dit malhonnête homme.
BERNARD
Panique générale sur la place. Tout le monde avait confiance en eux; je suis peut-être le seul qui ne soit pas atteint par leur débâcle, et grâce à qui? Grâce à toi, ma Providence. Ah ! tu peux te vanter d'avoir le nez fin. Comment une simple femme...?
MADAME BERNARD
Je me suis faite homme le jour où je suis devenue ton