ACTE DEUXIÈME
père. L'infériorité des feiniiies vient de l'iiabilude de vivre en tutelle. On ne développe ijue les forces dont on a hesoin. J'avais besoin de toutes les miennes, n'ayant devant moi que des devoirs : ton existence, ton éducation, ton avenir. Mon rachat devant Dieu était de faire de toi un honnête homme ; mon rachat devant toi-même était de faire de toi un des heureux de ce monde qui me rejetait. Tout ce que les autres femmes dépensent de finesse et de volonté dans les luttes intérieures, je l'ai appliqué, moi, aux luttes du dehors. J'ai réussi au delà de mes espérances.
BERNARD
0 ma chérie! tu as été mon père et ma mère. Que parlestu de rachat? La limpidité de ta vie n'a été troublée une fois (jue pour devenir iiuillérable à jamais; mon enfance en a été le témoin, et quel témoin que l'enfance! Va, je ne porte pas envie aux autres fils qui sont obligés de diviser leur cœur; je ne sais pas comment je ferais. Aussi, je ne te demande même plus de me nommer celui qui n'a pas voulu me partager avec loi.
MADAME BERNARD
Je te le nommerai quand tu lui auras pardonné comme moi.
BERNARD
Comme toi, chère bête du bon Dieu !
MADAME BERNARD
Ce jour-là, tu viendras loyalement me demander son nom et je te le dirai.
BERNARD, sombre.
Nous n'y sommes pas encore, (changeant do ton.) Quand je suis entré, tu te livrais, je gage, à ta manie d'inventaire?
MADAME BERNARD
Précisément. Sais- tu i combien se monte ta fortune A ce jour? Elle atteint les deux millions... moins trois francs.
BERNARD, mettant la main i sa poebe.
Voilà les trois francs... fais un compte rond.
MADAME BERNARD
A qui tout cet argent ira-t-il après toi?
BERNARD, adossé à la chemiaée.
Parbleu, je fonderai par testament un bospice pour les enfants trouvés.
MADAME BERNARD
Ne vaudrait-il pas mieux avoir des enfants toi-même?
BERNARD, galment, s'asseyant en face de sa mère.
Me marier? Tu y reviens?
MADAME BERNARD
Ce me serait une grande consolation d'avoir des petitsfils légitimes!
BERNARD
Mais, maman, à quoi bon toutes les précautions que tu as prises pour dissimuler l'irrégularité de ma naissance ; à quoi bon avoir quitté ton pays et avoir changé de nom ; à quoi bon la vie claustrale à laquelle tu t'es condamnée, si c'est pour étaler un jour à la mairie et devant témoins, les actes de mon état civil? Je croyais que c'était un point réglé entre nous.
MADAME BERNARD
Oui, mon enfant, mais il m'est venu depuis une idée qui concilierait tout. Nous louerions loin d'ici, et sous ton vé-