ACTE DEUXIÈME. 6Î
MADAME BERNARD, suppliante.
Par toi.
BERNARD
Par moi? Ah ! non, mille fois non ! je n'ai pas deux cent quarante mille francs à jeter par la fenêtre.
C'est moi qui te les demande.
BERNARD
Mais quel intérêt prends-tu à ce bonhomme que tu ne connais pas?
MADAME BERNARD, avec embarras.
Qu'ai-je besoin de le connaître? L'afTcction que lui porte Marie prouve qu'il mérite l'intérêt de tous les honnêtes gens. Serons-nous moins généreux que celte pauvre enfant ?
BERNARD, bourru.
Je ne suis pas amoureux de M. Léopold, moi. D'ailleurs, si je cédais à ta fantaisie, la faillite de Fourchambault ne serait que partie remise; il n'aurait reculé que pour mieux sauter. Avec une femme comme la sienne, dont il est incapable d'arrêter le gaspillage, sa position serait toujours aussi précaire que par le passé, plus même, car elle est désormais percée à jour et il a perdu son crédit.
MADAME BERNARD, pensive.
C'est vrai. Eh bien, il ne faut pas le sauver à demi; il manque une volonté dans cette maison ; il faut en mettre une; la tienne. Ce n'est plus un prêt que je te demande pour lui, c'est une commandite.
BERNARD
Que je devienne l'associé de cette ganache ?
MADAME BERNARD
C'est le seul moyen pour toi d'avoir le droit de parler haut chez lui, et de remettre les choses en ordre.
Ah ! pour le coup c'est de la folie. De l'argent, passe encore ; mais mon temps, mon travail!... Est-ce que je peux tenir le ménage de ce bonhomme ?
MADAME BERNARD, se leraat de toute sa hauteur.
11 le faut, — ■ je le veux, — tu le dois.
BERNARD, après ua sileace.
C'est mon père.
MADAME BERNARD
Oui.
BERNARD
Tu l'aimes donc toujours ?
MADAME BERNARD, très-simplement.
Non, mais c'est le seul homme que j'aie aimé.
BERNARD, tombant à genoux.
Et mon respect a pu hésiter un instant ! Ah ! misérable idiot que j'étais!
MADAME BERNARD
Quoi donc? (comprenant.) Oh !... tu as cru?...
E:le cache «a figure dans ses mains.
BERNARD, vivement.
Non !