ACTE QUATRIÈME
BLANCHE
N'ont-elles pas raison de s'indigner?
BERNARD
Oui, mais alors elles ne devraient pas faire comme eux... Or, elles ne sont pas plus désintéressées qu'eux, on ne le remarque pas assez. Mariage d'argent ou mariage de vanité, c'est toujours mariage d'intérêt, et coureurs de dot ou coureuses de titres, je donnerais le choix pour une épingle!
MARIE, à droite de Blanche, iioe maia sur le dossier du fauteuil.
Si VOUS écoutiez votre cœur, je suis sûre qu'il ne vous donnerait pas d'autres conseils.
BERNARD, à gauche de Blanche, appuyé aussi au fauteuil.
Pourquoi ne l'écoutez-vous pas?
JIARIE.
Si vous ne tenez pas à aimer votre mari, vous ne tenez donc pas non plus à ce qu'il vous aime? Vous acceptez une vie commune, sans intimité et sans tendresse? Un contact de toutes les heures avec un étranger? cela ne vous révolte pas?
BERNARD
Tandis que ce doit être si doux de vivre calme et fiére sous la protection d'un maître qui se fait votre esclave!
MARIE
De le protéger à votre tour contre les découragements de la vie!
De lui donner des enfants qui achèveront do confondre vos deux existences dans la leur!
MARIE
Et dans lesquels vous vous aimerez une seconde fois.
BERNARD
Croyez-moi, ma chère Blanche, le mariage est la \)]us basse des institutions humaines, quand il n'est que l'union de deux fortunes.
MARIE
Et c'est la plus haute des institutions divines, quand il est l'union de deux âmes.
Le regard de Marie rencontre celui de Bernard, ils baissent les yeux et restent interdits.
FOURCUAMBAULT.
Écoute-les, mon enfant! écoute aussi ton vieux père. Il y a ici un brave jeune homme qui t'aime.
BLANCHE se lève vivement.
11 est revenu?
D'hier. Il a tout raconté ce matin à Bernard en pleurant.
BLANCHE
Pauvre garçon l
Ce n'est pas à ta fortune qu'il en veut, lui!... 11 est prêl à t'épouser sans dot, si ta mère n'en veut pas donner.
BLANCHE
Oh! qu'elle n'en donne pas! Ce sera bien plus gentil!
Mais il faut qu'elle donne au moins sou consentement!