SCÈNE PREMIERE
MADAME BERNARD, assise sur le cauapé à gauche et tricotant un bas d'eufaat, puis BERNARD.
BERNARD, entrant par le fond, jette son chapeau avec violeoce.
Malheur!
Qu'y a-t-il donc?
BERNARD
Parbleu, il y a... ce qui devait arriver est arrivé. Mademoiselle Letellier est perdue.
MADAME BERNARD
Perdue?
BERNARD
C'est la conversation de la ville. Il paraît qu'hier au soir, à la réception de la préfecture, les Rastiboulois ont annoncé officiellement leur ruptui-e avec les Fourchanibault, ajou-
AGTE CINQUIÈME. 131
tant h l'oreille de chacun qu'on ne pouvait pas épouser une jeune fille élevée dans un milieu immoral, dans l'intimité de la maîtresse de son frère, auprès d'une mère qui favorise les désordres de son fils sous son propre toit.
MADAME BERNARD, se levant.
Ce n'est pas possible! Je ne peux pas le croire, et je te tmuvc toi-même un peu prompt...
BERNARD
Hélas I le doute n'est plus permis. Cette bécasse de madame Fourchambault s'est laissé tirer les vers du nez par lo baron et lui a tout avoué.
MADAME BERNARD
Qui dit cela? Le baron ?
BERNARD
Sans doute ! mais quel intérêt a-t-il à le dire si ce n'est pas vrai? D'ailleurs, la bonne dame ne s'est pas insurgée contre l'accusation; au contraire! elle l'a confirmée en chassant Marie, qui s'est réfugiée à l'hôtel de Londres.
MADAME BERNARD
Elle n'a pas osé venir chez moi!... Malheureuse enfant!
BERNARD
C'est ma faute! J'aurais dû l'arracher plus tôt de celle maison funeste. Il était évident qu'elle aimait ce pelil drôle. l'ai trop compté sur sa force de résistance, et pas assez avec l'audace du fils et la rouerie de la môrc... Enfin, lo mal est fait.
MADAME BERNARD
Que va-t-elle devenir?
132 LES FOURCIIAMBAULT.
BERNARD
Elle partira pour l'Angleterre. Elle hésitait devant cet exil; elle va maintenant l'accepter comme une planche de salut. Et, en effet, ce scandale ne traversera pas la mer et tomhera de lui-même après son départ.
MADAME BERNARD
On lui aura promis mariage.
BERNARD
Parbleu! c'est la tradition dans cette famille-là.
MADAME BERNARD
Ah! le père aurait tenu sa promesse, je n'en doute pas, si un ami loyal et ferme lui avait remontré les devoirs que l'honneur lui imposait envers moi.
BERNARD
Lui, c'est possible.
Ne bénirais-tu pas cet ami-là? (S'approchant de Bernard. ) Ne le
tiendrais-tu pas pour bienheureux d'avoir pu sauver une pauvre fille séduite?
BERNARD
Oui, certes!
MADAME BERNARD
Eh bien! mon fils, sois cet ami, pour Marie et pour ton frère.
BERNARD, avec ua rire anier.
Mon frère? Au fait, c'est vrai... c'est mon frère!... Si tu crois que ce jeune homme consentira jamais à un pareil