‹ Les fourches Caudines: drame en un acteChapitre 12 sur 19 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

CÉCILE

Non ; rien pour justifier votre nouvelle conduite. Je pourrais vous excuser de ne pas m'être fidèle; je ne puis pas souffrir qu'au vu et au su de tout le monde, vous désertiez votre ménage pour vivre avec une fille des rues.

DARNAY

L'un n'est qu'une conséquence de l'autre; il fallait réfléchir à tout cela il y a deux ans. Il m'ennuie à la longue de mener la vie d'un collégien qui sort en cachette quand tout le monde est couché et qui rentre avant Taurore. Je reste où je me trouve bien. Ce n*est pas de ma faute si c'est ailleurs que chez moi.

Si j'avais compris à quelle honte je m'exposais, j'aurais peut-être changé de conduite. Je ne connaissais pas les hommes. Aujourd'hui je sais mieux les ^ choses, que voulez-vous que je fasse ?

DARNAY, sans môme la regarder.

Rien ! il est trop tard !

CÉCILE

Oh !... Vous avez eu tort de me juger trop vite ; — autrefois j'étais une petite fille, aujourd'hui, j'ai vieilli, je suis une femme, je défendrai mes droits.

DARNAY

Hein?

CÉCILE

Je ne peux pas souffrir être ainsi publiquement abandonnée. Je demanderai le divorce.

DARNAY

Le divorce I Vous n'y pensez pas?

CÉCILE

Si vous partez ce soir avec cette fille, j'introduis une instance dès demain.

18 LES FOURCHES GÂUDINES

DARNAY

Vous ne ferez pas cela !

CÉCILE

Gomme je le dis I L'un de nous cédera.

D A R N A Y , après une hésitation .

Ce ne sera pas moi !... Je plaiderai, et quand j'aurai dit comment se sont passées les choses, le divorce sera prononcé contre vous. Tous les hommes me donneront raison.

CÉCILE

Que pouvez-vous dire contre moi ?

DARNAY

Je dirai quelle répugnance vous m'avez toujours témoignée ; quels efforts j'ai tentés inutilement pour la vaincre ; et tous les hommes excuseront un mari qui ne s'est lassé de sa femme qu'après s'être bien convaincu qu'elle ne pouvait être ni épouse, ni mère.

CÉCILE

Vous vous êtes lassé trop vite, je vous le répète. Une femme de vingt et un ans peut n'avoir pas dit son dernier mot. Aujourd'hui, dans votre abandon, bien des choses me font souffrir que je ne pouvais soupçonner.

DARNAY, brutal.

C'est bien fait. Moi aussi j'ai souffert; moi aussi je vous ai suppliée d'abord. Vous n'aviez pas plus de cœur que de tempérament.

CÉCILE, entre ses dents.

C'est que vous n'avez pas su vous y prendre.

DARNAY, en colère.

Ah! vous le prenez ainsi?... (changeant de ton.) Je n'ai pas envie de prolonger cette scène-là plus longtemps... ni de tenter une nouvelle épreuve... Je ne dînerai pas ici... vous m'excuserez auprès de nos invités comme vous voudrez... Bonsoir...

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