SCÈNE VIII CÉCILE, JACQUES
JACQUES, très triste, doux.
Cécile I
CÉCILE, tressautant.
Oh I lui !
JACQUES
Cécilel Ecoutez-moi. J*ai beaucoup réfléchi pendîint ces huit jours que j'ai passés sans que vous vouliez venir[chez moi. J'ai pensé que sans doute monaffection commençait à vous lasser, sinon mon affection, du moins tous les troubles qu'elle apporte avec elle. Vous avez un mari à ménager, une situation à conserver, chose plus importante dans la vie qu'une affection toute entière qu'elle soit. Vous êtes triste, tourmentée; je'sens que j'ensuis la cause* Je souffre
22 LES FOURCHES GAUDINES
de mes peines, je souffre encore plus des vôtres. Cette situation ne peut pas durer plus longtemps. Si vous n'aviez pas pitié de moi, vous me l'auriez sans doute déjà fait comprendre. J*aurais môme dû m'en apercevoir plus tôt. Excusez-moi, on est plus égoïste qu'on ne croit quand on aime. Enfin, mes yeux se sont ouverts. Je vous excuse, je vous comprends; si vous avez manqué de sincérité envers moi, c'est sans doute que vous craigniez de me faire de la peine. Vous avez été trop bonne de m'aimer, je vous en serai reconnaissant toute ma vie. Je vous le dis en toute sincérité aujourd'hui, que vous me voyez pour la dernière fois... Je dis la dernière fois en tête à tête, car tant que ma présence ici sera utile à votre réputation, je viendrai comme vous le voudrez. Cependant, je vous serai reconnaissant d'user le moins longtemps possible de ce dernier pouvoir que je vous donne sur moi.
CÉCILE, très doucement comme sûre de sa réponse.
Vous m'aimez ?
JACQUES
Comme vous êtes cruelle 1 Ne suis-je pas assez malheureux I Pourquoi me demandez-vous si je vous aime encore quand vous le savez et que vous ne m'aimez plus ?
CÉCILE, passionnément, se jetant dans ses bras.
Moi ? Mais je t'adore I
JACQUES, se reculant.
Cécile I taisez-vous, pour Dieu I taisez-vous I
Comment !
JACQUES
Non, J'ai mal entendu, vous n'avez rien dit ! Vous si franche, si délicate, que j'ai tant aimée, que j'aime tant encore ! Puisque je ne vous demande aucune explication, que je vous excuse et que je pars.