‹ Les fourches Caudines: drame en un acteChapitre 16 sur 19 · SCÈNE HUITIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITIÈME

CÉCILE

Je ne vous comprends pas, Jacques; je vous le jure, je vous aime plus que tout au monde.

JACQUES

Malheureuse! Quelle folie vous pousse! Il est inutile de mentir. Je sais tout !

.CÉCILE, d'abord altérée.

Oh ! (Se reprenant.) Eh bien ! tant mieux, il fallait bien que vous l'apprissiez un jour ouTautre I... Mais qu'est-ce que vous savez ? Que j'ai voulu reprendre mon mari coûte que coûte, dût ma dignité, ma pudeur, tout ce que j'ai de pur en moi, en mourir! Que je viens de le reprendre en effet, ici, en moins d'une heure comme eût pu le faire la plus experte des courtisanes? Qu'un instant avant que vous n'entriez, j'étais dans ses bras, sur son cœur, mes lèvres sur les siennes; que je lui ai dit que je Taimais; que ce soir il m'en demandera la preuve, — et que ce soir je la lui donnerai.

JACQUES, à moitié fou.

Dieu ! Taisez- vous! taisez-vous ! laissez- moi partir I

CÉCILE, avec éclat.

Non I Pas avant que vous ne sachiez tout ! Vous savez aussi que cinq minutes après j'ai voulu me jeter dans les vôtres et que je vous ai juré et que je vous jure encore que je vous aime plus que tout au monde. Vous savez cela. Vous savez que j*ai menti atrocement à l'un de vous deux, mais auquel? Vous ne le savez pas !

JACQUES

Cécile 1

CÉCILE

C'est à lui, tout le fait croire puisque je vous avoue tout àvous.iMais pourquoi j'ai menti ainsi, vous ne le savez pas! Vous ne le devinez pas ! Vous ne me le demandez même pas I

24 LES FOURCHES GAUDINES

JACQUES

Pourquoi ?

CÉCILE) très simplement.

Parce que je suis grosse !

Dieu I

CÉCILE, accablée.

Il ne faut pas m'insulter, voyez-vous, il faut me plaindre.

JACQUES, presqoe sans Toix.

Je vous demande pardon.

CÉCILE

' C'est affreux ce que j'ai fait là, affreux à concevoir, atroce à exécuter. Mon mensonge porte en lui-môme plus que sa punition, je vous le jure t Je ne sais pas comment j'ai pu faire ce que j'ai fait et puis être encore là et vous parler... Eh bien ! oui, j'y pensais depuis huit jours... Il le fallait bien. Tous les partis à prendre se sont présentés à moi Tun après l'autre. Celui-ci est venu le dernier, quand les autres m'ont paru impossibles. Je ne l'ai pas choisi, je l'ai subi.

JACQUES

Vous vous êtes trompée, tout valait mieux que cela. Je vais faire atteler ma voiture; sitôt le dîner, nous passerons chez moi par le jardin et nous fuirons. Nous serons loin bien avant qu'on ne songe à nous chercher et par le Havre, demain nous serons en Angleterre. Dans six mois vous serez divorcée et nous reviendrons ici nous marier.

CÉCILE

Merci, mon Jacques, mais ce n'est pas possible... Mais non I Oh I je sais ce que je dis. Ce serait briser votre carrière et toute votre vie ; il vous faudrait vingt ans pour faire oublier ça. Et puis vous m'ai-

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