‹ Les fourches Caudines: drame en un acteChapitre 17 sur 19 · SCÈNE HUITIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITIÈME

mez bien, oui, mais pas assez pour un tel sacrifice. Vous m'offrez de m'enlever aujourd'hui pour la première fois.

JACQUES

Mais je savais que vous m'aimiez uniquement et que votre mari...

CÉCILE

Oui, et pourtant j'y ai pensé souvent, moi ! Et puis il n'y a pas que vous, il y a le pauvre petit être qui va venir au monde. Vous savez bien que vous ne pourriez ni le reconnaître ni l'adopter, il serait adultérin le pauvre petit, il ne porterait que le nom de sa mère, il souffrirait toute sa vie autant que moi ; il vaut mieux que je souffre seule.

JACQUES, comme à lai-méme.

C'est affreux!

CÉCILE

Il y avait bien un autre parti à prendre, un autre parti qui sauvait tout le monde, j'y ai pensé souvent, longtemps et puis... oh! et puis j'ai eu peur... j'ai été lâche, je n'ai pas pu.

JACQUES, attéré.

Ma pauvre Cécile, je croyais que vous vouliez m'éloigner... j'étais déjà bien assez malheureux... et maintenant... Oh ! pourquoi m'avez-vous dit cela?

CÉCILE

Il le fallait bien... Je ne pouvais pas vous tromper et puis je ne pouvais pas garder cela seule.

Il fallait me tromper, me dire que vous ne pouviez plus me garder près de vous, que vous aviez peur... Je serais parti moins affreusement malheureux.

CÉCILE, stopéfaite.

Comment, vous seriez parti moins... Est-ce que vous voulez me quitter?

H LES FOURCHES GAUDINES

JA.GQUE8.

Mais, Cécile, comment voulez-vous?.,.

CÉCILE, affolée.

Partir, vous? Mais pourquoi?

JACQUES

Miiis parce que vous êtes à lui... parce qu'il ine faudrait vous partager avec lui... parce que chaque jour je commettrais une lâcheté en lui serrant la main, parce que cet enfant qui l'appellerait son père devant moi...

CÉCILE, vivement.

Jacques, sur votre honneur, est-ce que vous m'aimez encore?

JACQUES

Hélas t

CÉCILE

Autant que par le passé, vous le jurez?

Plus encore,héla8 1 en te perdant ! Comment veuxtu que je reste, quand je saurais qu'en, n;ie quittant obaqua soir tu irais passer dans ses bras... Ce sej^ail^ trop souffrir.

CÉCILE

Eh bien et moi?... Conçois-tu ce que j'ai souffert déjà eL ce que je vais souffrir!.. .C'est pour notre enfant que je me livre ainsi, mais la mort m'aurait été moins affreuse... et c'est à cause de toi que je ne mé suis point tuée! C*est parce que tu vivais que je n'ai pas pu mourirl Et tu me quitterais! ...Mais qu'estce que je deviendrais, moi! Je t'ai tout donné : ma religion, ma vertu, ma pudeur, ma vie; pour te garder, je viens dç violer tout ce qui restait de noble encore eu moi et ce n'est que le prélude de souffrances et de dégradations plus horribles... J'aurais fait cela.

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