NIDS DES MURS ET DES ROCHERS
C’est la seule catégorie naturelle qu’on puisse détacher de la classe qui nous occupe. Ces nids ont un caractère particulier, celui de ne nécessiter aucune architecture spéciale de la part de leurs possesseurs. Aussi peut-on à peine leur donner le nom de nids. Tout l’art des fourmis qui y habitent consiste après qu’elles se sont installées elles et leur famille dans les vides préformés ou anfractuosités des rochers, entre les pierres et dans la maçonnerie des murs, à boucher avec des grains de sable ou de terre les issues inutiles ou nuisibles, et à établir des communications commodes entre les diverses parties du nid. Ce dernier art est le plus difficile, car elles doivent souvent employer des efforts considérables pour démolir un bout de maçonnerie qui les gène, pour écarter une petite pierre qui obstrue un couloir étroit. Quand elles n’y arrivent pas, il faut tourner la difficulté et passer ailleurs. Le Lasius emarginatus est le représentant le plus typique de cette catégorie. Il s’établit ainsi en immenses fourmilières dans les murs des jardins et des maisons, dans les rochers etc., et trouve moyen de faire communiquer tous les vides où il loge sa couvée soit par des passages intérieurs, soit par des chaînes de fourmis. On peut donc considérer aussi ses fourmilières comme des colonies. C’est la seule espèce de notre pays qui vive presque exclusivement de cette façon. Après lui vient le C. scutellaris qui niche presque exactement de la même manière, mais qui, ne craignant pas le grand jour, fait toujours communiquer entre eux les nids de ses colonies par des co-
lounes de fourmis, moyeu qu’il emploie aussi pour aller traire ses pucerons. Eu Tessin,
; le seul de nos cantons où cette espèce existe, les murs sont ordinairement faits en pierres superposées sans mortier ; c’est là que le C. scutéllaris s’établit le plus souvent, et il n’est pas facile de l’y suivre, car ces pierres tiennent très solidement. J’y ai remarqué un fait I curieux, c’est que souvent on voit cette espèce apporter toutes ses larves et ses nymphes pour les mettre en tas entre les pierres nues et sèches, lors même que le soleil de midi du mois de juillet brille dans toute sa force ; et cela sans les couvrir de quoi que ce soit, ipas même d’un grain de terre, de sorte qu’on voit toute la famille exposée en plein air, i si l’on s’approche du mur, sans avoir besoin d’y toucher. Mais des miliers d’ouvrières S’entourent et la défendent avec fureur au moindre danger. Je n’ai vu de fait semblable chez aucune autre espèce. Les fourmis suivantes font quelquefois dans les murs et les ! rochers des nids comme les précédentes: Las. brunneus, Las. fidiginosus (je ne l’ai vu qu’une fois, dans les ruines d’un vieux château, ruines où il ne restait absolument rien | de ligneux), A. structor, P. pallidula, Pou. punctatissima (une seule fois à Vaux, dans ; un mur, la seule fois que je trouvai cette espèce), Las. niger et aliénas (rarement), C. ligniperdus , F. cinerea et rufibarbis, F. sauguinea.
Il y a de plus dans cette catégorie un groupe formé par de petites fourmis qui i font des nids composés d’une seule ou de deux ou trois loges, et nichent ainsi dans une seule fissure de rocher, entre deux pierres, ou bien sous une petite pierre qui repose sur i une grosse ou sur un roc. Les Leptothomx tuberum, unifasciatus, interruptus ( et jlavi- I cornis?) nichent souvent ainsi; les deux seuls nids du L. nigriceps que j’aie trouvés étaient établis de cette manière. Le Temnothorax recedens agit de même. J’en ai trouvé sept ou huit nids dans un même mur sans mortier; tous étaient sous de très petites pierres plates qui reposaient dans les interstices des grandes pierres, sur ces dernières. Quelques grains de sable bouchaient les vides inutiles.
Enfin les espèces suivantes font quelquefois leurs nids dans le mortier, ou sous les pierres qui sont sur les murs. Ces nids ne sont ni si étendus que les premiers, ni si I restreints que les derniers cités, et rentrent aussi dans la catégorie des nids sous les 1 pierres: T. cœspitum, F. fasca, P. pggmœa, T. erraticum, S. fugax, C. lateralis (variétés rouges surtout).