REMARQUE
Si l’on fait abstraction des formes rares, de celles qui ont une répartition irrégulière, et de celles qui sont également communes dans toute la Suisse, on voit d’après le tableau qui précède un certain nombre de zones d’altitude et de latitude nettement caractérisées.
Le canton du Tessin, soit le versant méridional de la chaîne des Alpes, est caractérisé par le C. scutellaris et la P. pallidida qui donnent à sa faune le cachet de celle de l’Italie.
Une seconde zone est limitée par les Camponotus aetliiops et lateralis, ainsi que par la P. pygmaea. Elle comprend le Valais, le Salève et quelques points chauds du canton de Vaud.
Dans le reste du plateau suisse et des vallées on ne trouve pas de limite tranchée; mais les parties plus méridionales, en particulier le canton de Vaud, montrent certaines formes (P. rufescens, C. pubescens, L. emarginatus) en beaucoup plus grande abondance.
Beaucoup de formes, nous l’avons vu, s’arrêtent au pied des montagnes, sans même atteindre la région subalpine (C. truncata, Las. emarginatus, Lept. Nylanderi etc.). Une espèce, la M. rubida, atteint par contre son maximum dans cette région. De là la faune va en s’appauvrissant peu à peu jusque vers le haut de la région des sapins sans rien montrer de particulier, sauf le maximum de fréquence du C. liercideanus i. sp.
La région des hauts pâturages offre de nouveau quelques faits intéressants. Toutes les fourmis y vivent sous les pierres, ou peu s’en faut ; on en trouve aussi parfois dans les bouses desséchées. Les formes suivantes qui abondent dans cette région donnent à sa faune un cachet spécial (ce qui vient peut-être plutôt du manque d’autres formes): M. sulcinodis. M. lobicornis (v. petite et foncée). L. acervorum (v. foncée). F. fusca i. sp.
Le Jura ne se distingue en rien des Alpes, au point de vue des fourmis, du moins d’après les observations que j’ai pu faire sur le Mont Tendre, la Dent de Vaulion, le Weissenstein et le Lægern.
La haute Engadine a une faune assez curieuse. Il m’a été impossible d’y trouver une seule espèce du genre Lasius, du moins de Maloggia à Ponte (je n’ai pas été plus bas). Voici les formes que j’y ai prises: C. herculeanus i. sp., F. fusca i. sp., F. sanguinea, F. rufa i. sp., F. pratensis, F. rufo-pratensis, L. acervorum i. sp., L. tuberum i. sp., T. caespitum, M. ruginodis, M. sulcinodis. J’ai trouvé de plus les M. lobicornis et sulcinodo-scdbrinodis sur le col de Maloggia seulement, puis les F. rufibarbis, F. exsecto-pressilabris et M. laevinodis vers Ponte seulement.
Qu’on me permette d’énumérer encore les fourmis que j’ai trouvées sur le versant sud du Petit-Salève, entre Mornex et Monnetier. Cela donnera mieux que quoi que ce soit l’idée de la faune des côtes arides, sèches et exposées au midi. Je crois que l’énumération sera assez complète, car j’ai passé plusieurs journées à explorer ce petit espace de terrain, et cela dans diverses saisons: C. aetliiops, C. lateralis, T. erraticum, B. meridionalis, P. pygmaea, L. flavus (v. claire), L. niger i. sp. (rare), F. rufibarbis, F. pratensis et pressïlabris (dans les zones d’arbustes), A. atratidus, S. fugax, S. testaceus, T. caespitum, A. structor, M. scabrinodis, L. tuberum i. sp., L. nigriceps, L. interruptus, L. ajfino-tuberum. Le C. ligniperdus, le L. flavus (v. ordinaire), ainsi que les F. sanguinea et fusca i. sp. ne se trouvent guère que vers le haut de ce versant, mais ils abondent au sommet et sur le versant nord.
Enfin j’ajouterai que sur le seul territoire de la commune de Vaux (près de Morges)
dont le plus grand diamètre se parcourt en moins de vingt minutes je n’ai pas trouvé moins de quarante-deux formes (espèces et races) de fourmis, sans compter les variétés intermédiaires.