CLASSIFICATION DES FOURMIS SUISSES
Famille l OIHIli t 1II K.
Détermination des sous-familles.
Hyménoptères vivant en sociétés organisées. L’espèce est constituée par deux à quatre sortes d’individus ou sexes: le mâle (cf), la femelle (9), l’ouvrière (9), le soldat. Ces deux derniers peuvent faire défaut. Antennes de 5 *) à 13 articles, coudées entre le pre-
) Cette limite inférieure n’est atteinte que par des genres exotiques (Orectognathus).
niier, qu’on nomme plus spécialement « le scape », et le second. Abdomen de 7 segments chez les de 6 chez les autres sexes; son premier ou ses deux premiers segments rétrécis forment un pédicule. Anneau fémoral simple. Un éperon pectiné au bas des tibias antérieurs. Ailes non plissées dans le repos, n’ayant qu’une ou deux cellules cubitales, et une seule discoïdale ou point du tout. Langue courte, voûtée, en cuiller renversée.
Les mâles sont caractérisés par leurs organes génitaux, leur manque d’appareil vénénifique, et parce qu’ils ont un segment abdominal de plus que les autres sexes. Leur tête petite, leurs yeux et leurs ocelles proéminents et ne faisant jamais défaut, leur thorax à pièces adventives pour les ailes, leurs ailes solidement articulées les distinguent d’ailleurs ordinairement à première vue. Ils ressemblent plus que les 9 et les 9 à d’autres hyménoptères. Leur taille est le plus souvent intermédiaire entre celle des 9 et celle des 9 . Chez un seul genre les ailes manquent.
Les ouvrières sont caractérisées par leur manque d’ailes, par leur thorax étroit, n’ayant qu’un mesouotum simple, sans écusson, ni proscutellum, ni postscutellum, ni articulations alaires. Leur pronotum proéminent forme la partie antérieure du dos du thorax. Leurs yeux sont aplatis et leurs ocelles petits ou nuis. Leur tête, beaucoup plus forte que celle des cf, est plus allongée, munie de plus robustes mandibules, en général d’organes plus massifs. Leurs organes génitaux sont identiques à ceux des 9 , mais beaucoup plus petits. Elles ont toujours un appareil vénénifique. Leur abdomen a un article de moins que celui des cf.
Les femelles ressemblent tout-à-fait aux cf par la conformation de leur thorax et par leurs ailes; toutefois ces dernières sont faiblement articulées. Elles ont par contre la tête et l’abdomen comme les 9 , quoique, proportion gardée, la première soit plus petite et le second plus gros. Leurs yeux sont intermédiaires entre ceux des cf et ceux des 9, ainsi que leurs ocelles qui ne manquent jamais. Elles ont toujours un appareil vénénifique. Leur taille est presque toujours supérieure à celle des trois autres sexes.
Les soldats n’existent que chez deux genres suisses. Ils ne se distinguent des 9 que par leur taille plus forte, la structure particulière de leur tête, et quelques autres caractères de détail. Ils ont parfois la tête de la 9 en grandeur absolue ou exagérée et le corps de la 9 ( Colobopsis ).
Certains caractères spécifiques se retrouvent identiques chez les quatre sexes; tels sont ceux du gésier dans tous les cas où j’ai pu l’examiner, et, le plus souvent, ceux des palpes et du pédicule; mais c’est le plus petit nombre. D’autres sont identiques chez deux ou trois sexes de la même forme ; ce cas est plus fréquent. Ainsi avant tout, les ailes des 9 et des cf de la même forme sont toujours identiques, de même que l’appareil vénénifique des 9 , 5 et soldats de la même forme. Les parties de la tête et de l’abdomen sont ordinairement semblables chez les 9, les 9 et les soldats, mais avec des différences.
Les intermédiaires entre les 9 et les 9, les hermaphrodites, les monstres seront traités à part dans les notices anatomiques.
lre SOUS-FAMILLE FORMICIDÆ.
Pas d’aiguillon. Un seul article au pédicule. Pas de rétrécissement après le premier segment de l’abdomen proprement dit. Nymphes tantôt contenues dans un cocon, tantôt nues.
2rae SOUS-FAMILLE PONERIDÆ. *)
Un aiguillon, sauf chez les cf. Un seul article au pédicule. Abdomen rétréci après le premier segment. Nymphes contenues dans un cocon (d’après Mayr).
Mayr, se basant sur l’ensemble des fourmis du monde entier actuellement connues, a institué deux nouvelles sous-familles, c’est-à-dire qu’il a conservé les Myrmicidœ et les Formicidœ tels quels, tandis qu’il a divisé les Poneridœ en trois : Poneridœ (sens, strict.), Odontomachidœ, Dorylidœ. Nous n’avons en Suisse aucun représentant de ces deux derniers groupes. La sous-famille des Dorylidœ a été fondée depuis qu’on a reconnu que les genres Typhlopone et Anomma sont très probablement les £ des genres Labidus et Dorylus. Je ne suis point en état de critiquer cette division avec connaissance de cause suffisante; je ferai seulement observer que de ces cinq sous-familles la mieux caractérisée est celle des Formicidœ ; ses mœurs, son habitus, son manque d’aiguillon, les rapports de son pédicule avec son abdomen forment un ensemble de traits distinctifs très constants. Les Dorylidœ qui seuls se rapprocheraient d’eux par leur manque d’aiguillon sont tout-à-fait différents par leurs autres caractères. Par contre on trouve des genres plus ou moins intermédiaires entre les quatre dernières sous-familles, ce qui rend leur distinction moins facile. On ne sait en effet comment fixer le point où l’étranglement qui suit le premier segment de l’abdomen proprement dit des Poneridœ est assez fort et combiné avec une atrophie suffisante de ce premier segment pour que celui-ci puisse être appelé second nœud du pédicule. Ainsi le genre australien Myrmecia est évidemment un intermédiaire entre les Myrmicidœ et les Poneridœ; dans ses « Ameisen der Novara-Reise », Mayr le rattache aux premiers, tandis que dans ses « Neue Formiciden », il revient à l’opinion de Roger et le rattache aux Poneridœ « parce que d’après Lowne sa nymphe est entourée d’un cocon ». Mais on sait que chez les Formicidœ la même espèce a parfois des nymphes entourées d’un cocon, et parfois des nymphes nues ; de plus on connaît si peu les nymphes des Poneridœ qu’il est bien hasardé de faire de leur cocon, constaté seulement chez quelques espèces, un caractère absolu de sous-famille. Le second nœud du pédicule des genres Cardiocondyla, Emery et Anergates (Fig. 29), qui rentrent du reste tous deux dans les Myrmicidœ, est plus développé, plus semblable à un segment abdominal que celui du genre Myrmecia. De plus l’atrophie de l’aiguillon chez la 9 de V Anergates rapproche ce genre des Dorylidœ. Les genres de Myrmicidœ, Eciton et Typhlatta se rapprochent singulièrement des genres de Dorylidœ, Typhlopone et Anomma, comme Mayr le dit lui-même. Le genre Leptanilla fondé sur une espèce découverte depuis peu en Italie par M. Emery se rattache d’après lui aux Dorylidœ. Mais il a un pédicule nettement Inarticulé, ce qui devrait le faire rentrer dans les Myrmicidœ. Enfin les Odontomachidœ ne se distinguent des Poneridœ que par l’insertion de leurs mandibules qui se touchent à la base et Hont parallèles. Mais plusieurs genres des Poneridœ (Myrmecia et Drepanognathus p. ex.) tendent déjà à une pareille conformation. Chez les fourmis suisses, les seules dont nous ayons à nous occuper ici, les trois sous-familles Formicidœ, Poneridœ et Myrmicidœ sont bien distinctes.
3me sous-famille MYRMIC1DÆ.
Un aiguillon, sauf chez les cf. Deux articles au pédicule. Nymphes toujours nues. NB. Nous analyserons dans un premier tableau les caractères des genres de ces trois sous-familles, et dans un second tableau ceux des espèces et des races. Dans ce second • tableau, nous donnerons en tête de chaque genre un court aperçu des rapports des sexes, et des traits de mœurs distinctifs.