SUPPLEMENT
Dans un Bedlam littéraire bien complet, il faudrait faire une large place aux fous ascétiques et mystiques, tels que les Doré, les Beaulxamis et bien d'autres ; leurs extravagances mystiques ont eu pour la religion des suites fâcheuses.
Entre autres écrits de ce genre, on distingue le Livre de la toute belle sans pair qui est la Vierge Marie. Paris, J. Petit (vers 1520, in-8°); on y trouve des chapitres bien étranges : 'Méditation dévote du nez de la Vierge. — Méditation aux cuisses qui sont force et espérance. — Comment la Vierge est comparée à l'éléphant, etc.
Nodier {Mélanges extraits dune petite bibliothèque), reproduit un opuscule dû à un capucin et imprimé à Paris en 1G78; rien de plus ridicule que ces Dévotes salutations aux membres sacrez du corps de la glorieuse Vierge Marie ; elles s'adressent à la Teste, aux Cheveux, à la Face, aux Oreilles, aux Joues, à la Bouche, aux Espaules, aux Bras,
aux Mains, à la Poitrine, au Ventre, aux Genoux, aux Pieds.
Un livre en vers : Dévotes contemplations de Notre-Dame. (Paris, 1(359), renferme des détails d'une naïveté singulière sur les beautés corporelles do la Vierge; dans un autre ouvrage : L' Amour triomphant de la croix. (Paris, 1654), on trouve, p. 13 et suiv., une pièce de vers : Au ventre glorieux de la Sainte Vierge.
Il y des étrangetés du même genre dans YEpistre de la beauté et estât de la sacrée Vierge Marie, par d'Auriol. (Tolose, 1520). M. Ch.Nisard (Livres populaires, II, 48), cite une salutation aux membres de la Vierge ; M. Péricaud (Lyon sous Louis XI II, p. 75), transcrit quelques passages semblables empruntés à un volume publié à Lyon, en 1615 ; nous trouvons dans leRecueil des travaux de la Société de l'Eure, 1841, p. 411, des citations d'un livret, sans lieu ni date (vers 1510); De vita et bi'neficiis Salvatoris nostri, où figurent de nombreuses oraisons ad membra Xrti.
Kntre autres excentricités ascétiques, on peut mentionner les ouvrages suivants recherchés par les bibliophiles, quoique le sel du titre de ces productions se retrouve rarement dans le texte : le Désert de la dévotion (vers 1530), le Chante-pleure d'eau rire, 1532, le Droguier de l'âme chrétienne, par F. deNeufville, 1577; Y Oreiller spirituel, par P. Dumont, le Pressoir mystique, par J. d'Intras, la Tablature spirituelle des officiers de la couronne
de Jésus, 1621, etc. N'oublions pas le Quadragésimal spirituel, cest à savoir la salade, les feubues frites, les poys liasse:., la purée, la lamproye, les prunaulx, les amandes, le miel, le vin blanc et rouge... (Le titre tout au long de ce livre étrange imprimé à Paris, vers 1521, se trouve dans le Minute/ du libraire, IV, 994; un bel exemplaire a été adjugé à 375 fr., vente J.-Ch. Brunet en 1869.
Puisque nous parlons des singularités de ce genre, nous devons une mention à un opuscule de 4 feuillets ; le Moutardier spirituelle (sic) qui fait estemuer les âmes dévotes constipées dans la dévotion avec la Seringue du même autheur. Cologne, P. Marteau, s. d. Ce titre fait à plaisir sert d'étiquette à une facétie plus grossière que spirituelle : La Succession (sic) de Roger-Bon- Temps ; M. J. Ch. Brunet en possédait un exemplaire compris dans un recueil en trois volumes de pièces fort rares, inscrit n° 478 et acheté au prix de 2,400 francs, par un amateur bordelais, M. H. B. Cette facétie a été insérée dans la Bibliographie des livres relatifs à V amour... par le C. dV", t. III, p. 139.
M. Brunet convient qu'il n'a jamais pu rencontrer (et nous n'avons pas été plus heureux que lui, malgré de longues recherches) deux productions ascétiques à titres plus qu'étranges; la Tabatière spirituelle pour faire estemuer tes âmes dévotes vers le Sauveur, et la Seringue spirituelle pour les âmes constipées en dévotion ; il parait cependant que ce ne sont pas là des livres imaginaires, car Peignot les
cite dans la Notice de ses ouvrages(Paris, Crapelet, 1830, in-8°, VII et 52 ; pages) il rapporte même, p. 42, un passage de la Seringue.
Cette notice, ayant été tirée à petit nombre, et ne se trouvant pas facilement, nous croyons devoir transcrire ce passage, dans lequel Fauteur apostrophe, p. 180, les dames qui mettent du fard : « Vilaines carcasses, cloaques d'infection, bourbiers « d'immondices, n'avez-vous pas honte de vous » tourner et retourner dans la chaudière de l'amour '• illicite et d'y rougir comme des écrevisses lors- « qu'elles cuisent pour vous faire des adorateurs ? « Du reste, il est juste que des visages qui ne - savent plus rougir de pudeur, rougissent au moins * par artifice, mais puisque vous avez voulu imiter « les écrevisses, comme elles vous irez à rebours « dans la voie du ciel. »
En relisant notre travail, nous nous souvenons de bien des fous qui devraient figurer dans notre galerie. Nous aurions à mentionner le fougueux janséniste Carré de Montgeron, qui écrivait de gros volumes en l'honneur des miracles du diacre Paris, et Théodore Desorgues, écrivain fort oublié de nos jours, bossu plein de verve que Nodier appelle * le premier poète lyrique de la Révolution » en ajoutant qu'il mourut à Charenton « aussi sain d'esprit (pie peut l'être un poète lyrique » ; M. Asselineau lui a consacré une curieuse notice (Caen, Hardel, in-8°, 24 pages); - j'ajoute peut-être, * dit-il, - un article à la biographie des fous. »
Nous aurions tort de ne pas mentionner le livre de M. Adolphe Saisset : Dieu et son homonyme.
Les résultats de cette nouvelle exégèse sont aussi singuliers qu'inattendus. M. S. croit avoir décou- \<Tt queleDieude la Genèse n'est pas le même que le Dieu de Moïse. Il a trouvé le véritable emplacement du paradis terrestre qu'il met dans le Thibet. Adam était un mandarin Chinois, et le Dieu qui conversait avec Adam n'était autre que l'empereur do la Chine.
Un journal fort connu, le Figaro, parlait d'un personnage qui a voulu jouer un rôle politique, M. Guyot-Montpayroux, aujourd'hui confiné dans un hospice d'aliénés ; il cite des passages d'un écrit que ce malheureux présente comme lui ayant été dicté par Dieu lui-même.