‹ Les fous littérairesChapitre 10 sur 11 · OPE (A · texte numérisé non relu

OPE (A

Il appartenait à une puissante famille de banquiers hollandais; sa folie, inoffensive d'ailleurs, consistait à rimer un grand nombre de pièces de théâtre non représentées, comme l'on peut croire, et remplies d'étranges singularités. La famille de ce maniaque détruisait avec soin ces étranges élucubrations, dont le nombre s'élève, dit-on, à plus de quatre vingts. Le Journal de la Librairie n'en a enregistré qu'une faible partie. M. de Soleînne avait à peine réussi à en faire entrer quelques-unes dans son immense bibliothèque dramatique, dont le catalogue, publié en 1843-45, remplit 5 volumes in-8°. Quérard, dans la France littéraire , t. XI, donne la

liste de ces rapsodies. M. Hope composa même une épopée, la Franeiade, la seule de ses productions qu'il ait signée de son nom ; la plupart du temps il ne se désignait que par les initiales A. H.

IOYERLANDT (Adrien -Alexandre-Marie), de Beainvelaere.

Né à Tournai en 1758, avocat et membre du Conseil des Cinq-Cents. M. R. de Fortsas (lisez M. R. Chalon), a, dans le Bulletin du Bibliophile belge, en 1846, consacré une notice curieuse à cet écrivain excentrique « le plus colossal de tous au point de vue des pages qu'il a noircies. »

Après avoir exercé diverses fonctions publiques, Hoverlandt se mit à écrire un Essai chronologique pour servir à ï histoire de Tournai/; il ne remplit pas moins àecent dix-sept volumes in-18, dont trois volumes de tables et un atlas in-folio, publiés de l'an XIII (1805) à 1834.

Hoverlandt était l'homme de l'ancien régime, détestant les idées nouvelles, exécrant les Français qu'il qualifiait de révoluteurs ; pendant plus de trente ans il fit pleuvoir un déluge de calomnies et d'injures contre ceux de ses compatriotes qu'il accusait de libéralisme; s'il échappa à des poursuites judiciaires, c'est qu'il fut envisagé comme atteint de folie.

Ce n'est pas seulement comme écrivain qu'il se montrait plus qu'excentrique; on parlait à Tournai

de ses promenades habituelles dans les rues en costume presque sauvage et dans son jardin en grande tenue du même genre.

- hire ce que c'est que ce singulier Essai serait

- chose difficile. Sans ordre, sans plan, sans rime « ni raison, c'est un ramassis indigeste de documents

- connus ou inconnus, imprimés ou inédits, ayant •• plus ou moins rapport à l'histoire de Tournai, le « tout entremêlé d'une foule d'histoires, de cancans, « de calomnies, d'injures contre les chers compa-

- triotes de l'auteur; il n'oublie personne. Il s'était

- fabriqué une espèce d'argot dont il donne la clef « dans sa table des matières ; Lutêce en Badaudois " veut dire Paris ; Seiolus obscurator, c'est le comte

- Lehon, etc. «

M. Chalon transcrit divers passages de l'ouvrage d'Hoverlandt, mais ils sont trop étendus pour être reproduits ici. L1 Essai a d'ailleurs, indépendamment de son originalité, un grand mérite aux veux des bibliophiles, celui de la rareté; c'est tout au plus s'il en existe cinq exemplaires complets.

ORCH (Henri).

Archetypus, seu scrutinium naturœ spiritualis et eorporalis gêner aliter spectatœ, Wesel, 1712, in-4°.

Ce personnage à l'égard duquel on n'avait que de vagues renseignements, avant que C. F. Haas, professeur à Marbourg, n'en eût fait l'objet de recherches spéciales consignées dans une notice qu'il

publia à Cassel en 1769, in-8°, est né le 11 décembre 1652 à Eschwege (Hesse). Il étudia à Marbourg et à Brème, et il se livra aux rêveries des néo-platoniciens ; il se passionna surtout pour le règne de mille ans, pour le maintien de la nouvelle Sion, et il consigna ses idées extravagantes dans de nombreux écrits qui se succédèrent rapidement. Les uns étaftnt en latin mêlé de mots grecs (usage en faveur chez quelques pédants de l'époque1, d'autres en allemand. Citons seulement le traité : De Agno in monte Sion ad Apocal. XIV. 1-15 [Amsterdam. 1694, in-4°). — Aaron et Melchisedech, seu Euclidis Sacri spécimen. — Pathmos, h. e. Apoeaïypsis elucidata, 1709. — Le oui et le non ; le non et le oui, le vrai de V Evangile éternel, 1721. etc. Il se mêla aussi de prophétiser, et il finit par perdre totalement la raison ; elle lui revint cependant en partie avant la fin de sa carrière II mourut le 5 août 1729, dans sa 77e année. Consulter d'ailleurs de longs détails donnés par Adelung, t. IV, p. 220-256.

IREUTZER Acharius).

Moine allemand dont parle Grégoire [Hist des sectes religieuses). Le 27 juin 1803,1e tribunal de la Roer à Aix-la-Chapelle, rendit un jugement contre une société secrète ayant le nom à' État de réparation, fondée par les filles Affergat et Vogts, dirigée par Kreutzer, du couvent de Duwin. Sous prétexte d'inspirations divines, on se livrait à des désordres fort répréhensibles.

IÏIayes.

Anglais, qui était domestique au service de lord Belgrave; il publia en 1811, sous le pseudonyme de Thomas Bishop, une tragédie intitulée : Koranzzis Feast, or the Un f air Marrîage; c'est l'œuvre d'un cerveau dérangé; elle fut imprimée à 150 exemplaires dont 130 périrent dans un incendie. Le volume renferme 10 gravures as unique as the text. Nous empruntons ces détails à V Hand-book of ftctitions names, by Olpham Harst, Esq. (un pseudonyme, sans doute). London, 1808, in-8°, p. 183.

IIRYILLE (J. Eudes de).

Pneumatologie des esprits et leurs manifestations /fatidiques. Paris, Vrayet de Surcy, 1853, gr. in-8° de 500 pages.

Livre fort excentrique, rempli d'assertions inadmissibles ; nous n'avons pas voulu donner place dans notre galerie aux écrivains qu'a inspirés le spiritisme; ils auraient tenu trop de place.

IfloRIN (Simon).

Sept ouvrages divers indiqués au catalogue de la Bibl. Imp. t. X, p. 79, nos 14856-14801.

On y trouve le procès-verbal de l'exécution de Morin, brûlé vif en la place de Grève, le 14 mars

OE (Edgar).

Né en 1811, à Baltimore, mort en 1849, dans la même ville, clans les angoisses du délire alcoolique; conteur et poète du plus grand talent. Il y avait chez lui un fou et un algébriste ; l'idée, l'imagination est étrange, extravagante; le récit net, précis, logique. Son cerveau malade, exalté par l'intempérance, s'attache à des sujets sombres, horribles, bizarres. Poe est bien connu du public français, grâce aux traductions de Baudelaire ; M. Forgues fut le premier à le signaler dans la Revue des Deux- Mondes, 15 octobre 1846. Voir aussi la Nouvelle Biographie générale, t. XL. 540.

OULLET, libraire de l'Opéra.

Brave homme qui, animé d'excellentes intentions, publia en 1823 une brochure des plus excentriques et qui, au point de vue du ridicule des idées et du style, mérite une place dans notre galerie : Récit historique des événements qui se sont passés dans ï 'administration de VOpéra la nuit du 13 février 1820. Assassinat du duc de Berry (Paris, P. Didot, 64 pages).

Ce récit, par trop naïf, parut fort déplacé ; un acheteur mystérieux acheta aussitôt l'édition entière dont il ne s'était répandu que quelques exemplaires et la détruisit. Vingt ans plus tard, on en fit une reproduction autographiée ; en 1862, l'éditeur Pou-

let-Malassis La réimprima (in-18, 62 pages. Une incomparable aptitude à saisir les détails les plus insignifiants, une exactitude mécanique à reproduire

les choses telles qu'elles se sont montrées à un moment donné, avec toutes les circonstances de temps et de lieu, voilà ce qui caractérise cette production étrange ; il n'existe peut-être rien qui puisse lui être comparé.

ILKINSON (Jkminah).

Quakeresse américaine, se mit en 1782 à prêcher à Philadelphie; ses sectateurs la présentèrent comme Jésus-Christ incarné; elle est morte, mais l'esprit divin est venu animer le corps de la défunte qui est ressuseitée. Femme illettrée mais intelligente et rusée, elle désigna deux de ses lieutenants comme les témoins indiqués dans l'Apocalypse (chap. XI), et elle trouva des sectateurs nombreux. Le duc de la Rochefoucauld-Liancourt en parle avec détail dans son Voyage aux États-Unis.

Signalons un mémoire intéressant : De la valeur des écrits des aliénés au point de vue de la sémiologie et de la médecine légale, par le docteur J.-V. Marcé, médecin des aliénés de Bicétre [Annales a" hygiène, 2e série, t. XXI, p. 379-396). Il ne s'agit pas précisément dans ce travail d'ouvrages composés par des aliénés, mais des modifications de leur écriture :

<* Les idées délirantes sont parfois exposées avec

« beaucoup de netteté et d'entrain. — Bien des ma-

- lades inoffensifs courent le monde, poursuivis par « des hallucinations ou des idées délirantes, par « des prétentions littéraires ou scientifiques asso- »■ ciées souvent à un affaiblissement intellectuel,

- ils rédigent leurs idées, les livrent à l'impression « et produisent ainsi des volumes dans lesquels on » peut suivre pas à pas les progrès de la maladie

- mentale. Ces livres, ces poèmes, ces romans, com-

- poseraient une étrange et curieuse bibliothèque. « A côté d'ouvrages qui présentent de la suite

- comme l'ouvrage de l'halluciné Berbiguier, il en

- est d'autres qui offrent tant d'incohérences que

- l'on se demande comment l'auteur a pu mener à

- fin l'exécution matérielle. -

Tel est un livre intitulé : La physiologie réunie à la physique, publié en 1857 ; l'auteur raconte dans sa préface qu'après avoir été atteint de plusieurs attaques d'apoplexie, il se décida en 1856 à écrire avec des plumes de bois. Pendant trente ans il n'avait cessé d'étudier, de dicter une théorie qui se résume ainsi : V attraction nest qu'une impulsion ; cette idée est développée dans un gros volume qui par ses expériences puériles, incomplètes et sans but, par ses répétitions incessantes, ses divagations, indique un affaiblissement intellectuel causé par une grave lésion du cerveau.

Parfois l'aliénistc constate un singulier mélange de raison et de folie.

On a cité un littérateur atteint de mononianie

orgueilleuse au plus haut degré et qui, jusqu'à la fin de sa vie, ne cessa d'écrire des lettres et des imités de morale ne présentant aucun vestige de folie.

Il existe en Angleterre des journaux littéraires The netc M<><m, The York Star, The Opal., rédigés et imprimés par les malades eux-mêmes dans des hospices d'aliénés. (Voir North Peat, La littérature des aliénés en Angleterre, Revue contemporaine, juin et juillet 1863); là se trouvent des œuvres étranges, des discours d'une inégalité choquante; au milieu de pensées folles, on voit poindre des phrases éloquentes ; quelques morceaux poétiques, par l'originalité du rythme, par les accents passionnés, charment et étonnent à la fois. Un aliéné, .Tohn Clarke, qui déraisonnait dès qu'il écrivait en prose, s'est élevé, clans des élégies mélancoliques, à une rare perfection de style et aux pensées les plus choisies.

M. Marcé signale comme se trouvant à Bicêtre un monomane, ancien bihliothécaire fort instruit qui, s'étant procuré une vingtaine de feuilles de papier, y écrivit ce qu'il appelle son poème ; c'est un mélange incohérent de vers grecs, latins et français, les uns dus au malade lui-même, les autres empruntés à divers poètes ; la ponctuation et l'accentuation sont pleines de bizarreries, d'expressions nouvelles et créées pour la circonstance, et cependant au milieu de ce fatras, se trouvent des traces nombreuses de l'instruction très réelle du sujet.

M. Marcé donne nn fac-similé de l'écriture très nette et très lisible de cet aliéné, et il transcrit littéralement un fragment de son poème :

«La Gaeographie est une science-art Fémine-virilienne. Une Linéation Kosmique rationnelle doibt (d'a-près la Proportion Circonf aequate= 2 et attitude aphserig, inter-polarienne = 1/2 Circonf = lj — être proportionnellement similaire à : — la Linéation de la Sphaire Terrestre Arehimédienne- Aurontienne, anc aux Thresors de Sicile et de Byzance, et depuis' lors' cachée au Vulgaire ; Sphsere iumelle de la Sph. coéleste indiciée par Claudian ; Sphœre connue et de Diodore Sicil. et de Strabon gacographe. «

C'est avec une allliction sincère qu'au moment de terminer notre travail, nous avons à signaler le décès de M. Octave Delepierre, mort à Londres, le 29 août dernier, à l'âge de 77 ans. Nous avons souvent cité ses recherches sur les Fous littéraires, et c'est, grâce à ses encouragements, que nous avons tenté d'aborder le même sujet. Il ne saurait être question de rendre ici justice aux qualités personnelles de M. Delepierre, à son ardeur infatigable pour l'étude, aux services qu'il a rendus à l'histoire, à la bibliographie; des plumes plus autorisées que la notre s'acquitteront de ce devoir.

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