IRECOT SA1NT-EDME
Bourguignon de naissance, devenu juge suppléant au tribunal d'Alençon, maire de Hesloup, près de cette ville, où il est mort vers 1820.
Auteur de cette fameuse et rarissime traduction de i Enéide en vers français (Gide, vers l'an X, in-8°), d'un mot à mot des plus singuliers et clans l'ensemble d'un ridicule achevé. C'est une des productions les plus bouffonnes de ce siècle. Elle débute ainsi :
Je, celui qui jadis sur uu pipeau champêtre...
Je nie rappelle encore les vers suivants : Urbs antiqua fuit; Tyrii temere colonis...
Une antique cité fut; des Troyens jadis L'habitèrent, de Tyr, de ses rives sortis.
Vox quoqueper lucos sœpê exaudite silenses. Ingt ns
Un bruit retentissait au fond des muets bois, Grand !
Ulmus opaca, ingens...
Une orme énorme, épais, d'ombrage somnifère...
Puis venait Halissus l'Agamemnonien,
Irréconciliable à tout le nom Troyen...
La mâchoire d'un loup, tout l'orifice ouvert,
A dents blanches sa gueule, est sur son front couvert...
Il n'y a pas un vers passable — pas un ! — dans cet énorme fatras.
Saint-Edme ne manquait pourtant pas de savoir ni de sens en tout ce qui ne touchait pas à la traduction de l'Enéide.
J'ai de lui une petite comédie de société, inédite, assez raisonnable sinon piquante.
La préface de sa traduction est assez bien tournée.
L'ouvrage, retiré par la famille, est d'une insigne rareté. (J. D. L. S.)
OX (George), illuminé, né en 1621, mort en 1690. Fondateur de la secte des Quakers. Ses ouvrages,
parmi lesquels on distingue : The great Mystery ofthe great Whole unfolded (le grand Mystère du grand Tout dévoilé). Londres, 1659, in-fol., sont tellement nombreux que Lowndes, dans son Bibliogr. Manual, n'a pas osé entreprendre d'en donner la liste. On en a réimprimé une partie à Philadelphie en 8 volumes in-8° : Le Journal de sa vie, de ses voyages, de ses souffrances est fort curieux ; 1693 ; 7e édition 1852; la Rétrospective Review, tom. XI, lui a consacré un article. Voir les vies de Fox [Lire of Fox, par Jonah March, 1848, et par S. Janney, 1853, in-8"; Sewel, History ofthe Quakers, etc.
UZI (Antoine).
Il s'agit ici d'un grave personnage, docteur de l'université de Louvain, docteur en théologie se qualifiant de - protonotaire apostolique, prédicateur et confesseur de la maison du roi » ; il se mit en tète, après d'étranges expériences, que le sang menstruel des femmes avait la propriété d'éteindre les incendies; vieux ligueur et homme sans mœurs, il fut mis en prison, y passa cinq ans, s'enfuit à Genève et abjura le catholicisme. Irrité contre Nicolas Vivian, maitre des comptes, auquel il attribuait les poursuites dont il était l'objet, il lança en 1609 un volume des plus étranges : le Mastiyophore ou Précurseur du Zodiaque auquel sont brisées les brides à veau de Justin Solanic (anagramme, traduit du latin en français, par maitre Victor Crevé,
géographe microscopique. Il y a dans ce volume insensé (320 pages) de l'érudition, de la vigueur dans l'invective; les langues mortes et vivantes, les patois, les expressions rabelaisiennes, sont mis en œuvre pour servir la colère de Fuzi.
Transcrivons quelques-unes des aménités qu'il adresse à son ennemi :
« Cesse, vieux ladre, cesse, anthropophage, de " sucer la substance humaine, de la pressorier ; •• docteur en droit civil et incivil, en vin et verjus, « en sauce et potage, à la cuisine et au cellier, tu « as une âme brune comme la sueur d'un ramoneur « de cheminée dont tu fais un pissefard pour te « laver; c'est à toi à faire planter des choux sur « les ailes d'un moulin à vent ; tu as la langue plus « grande qu'il ne faut pour servir d'écouvillon » à torcher un four. Regarde moi un peu, mon « mulet ; ne te mets pas en fanfare ; tu n'en montres « que mieux ta ratepelade. Depuis qu'il a plu dans
- ton écuelle, tu t'es retiré de pair d'avec ceux
- qui vendent des chiens pour avoir du pain; ta " tête n'est pas cuite ; tu es une chandelle sans suif,
- un apothicaire sans sucre, une cervelle composée « de tête de lièvre. . . '«
M. Du Roure [Analecta Biblion, t. II, 128), a parlé avec détails de Fuzi, ainsi que M Delepierre, p. 58, etNicéron, Mémoires, t. XXXIV.
Fuzi, devenu calviniste, publia un autre ouvrage dirigé contre la papauté : le Franc-Archer de la véritable église. Même style, mêmes invectives que dans le Mastigophore .
Observons en passant que la découverte dont Fuzi se faisait un titre de gloire a été discutée par Kornmann : De Virginitate, cap. 51 : « Quae causa, « quod virgïnis primum meustrum fluxum haben- " tis, camisia in ignem projecta eum siztat? » Il cite à cet égard Pline, Isidore, Bartholomœus Anglicus (de Glanville), etc. On a prétendu aussi que ce sang jeté à propos dans la mer calme les tempêtes ; quelques sectes gnostiques en faisaient usage dans leurs mystérieuses cérémonies.
. V. C. (François Vidal Commene).
L'Harmonie du monde où il est traité de Dieu et de la Nature Essence. Paris, 1671, in-12, XVI, "202. Autre édition (sans lieu, mais Moscou) 1786, VIII, 152 pages.
Œuvre d'un illuminé qui se qualifie de « docteur en la Sacrée faculté et advocat en Parlement. »
WjMMk AGNE (Paulin), né vers 1814, mort au «L\l Uni mo*s d'août 1870, un des écrivains les (&f$&k2& plus excentriques et des plus féconds que possède notre époque ; reçu avocat, il ne s'occupa guère que de poésie et de productions du genre le plus étrange. Abordant le problème d'une langue universelle, objet des méditations de quelques intelligences de la plus haute valeur et de bien des cer-
veaux faibles (1), il ne parvint nullement à la résoudre en publiant, en 1842, la Gagne-Monopanglotte formée de la réunion radicale et substantielle de toutes les langues mères, mortes ou vivantes. Parmi ses divers écrits, nous signalerons l'Océan des catastrophes et Y Unitéide, c'est-à-dire l'unité napoléonienne sauvant le genre humain, grâce à l'assistance de la femme Messie et Créatrice. iLa femme jouant un rôle surnaturel est une des aberrations les plus chères aux écrivains qui ont dit adieu au bon sens).
h' Unitéide, ou la Femme Messie est un poème en douze chants et en soixante actes. Nous ne résistons pas au désir d'en transcrire le début.
" Peuples et rois, je suis la Philosofluide « Fille de la Nature et du siècle sans guide,
- Je viens vous apporter le grand passe-partout
- De la philosophie ou principe de tout,
« Des purs esprits frappeurs ayant l'amour suprême . " La Philosofluide est la sagesse même...
La Philosofluide prend la parole :
« Peuples, vous entendez cette magique voix « Qui me remplit d'extase en m'offrant le pavois. " Ah ! devant ce grand verbe aux parfums fluivores « Je sens que les Esprits sortent de tous mes pores.
M. Delepierre, dans son Essai (p. 85) parle de Y Unitéide, « la plus bizarre agglomération de noms
(1) Leibnitz avait touché à cette question.
fantastiques et de vers saugrenus que puisse inventer le cerveau humain. »
On y voit figurer YAne-Archide, Demounas, le précurseur de l'Antéchrist, la Panarchie, la Dive Insania, le Bœuf Apis, Y Archimonde et son épouse la Presse, la Pataticulture, la Ratiothéïre, qui a une discussion avec la comète Trouble-Tout.
A la rigueur, on pourrait prendre ces étrangetés pour la parodie de choses non moins extravagantes qui se rencontrent dans certains livres dûs à des auteurs auxquels l'esprit de parti a donné une réputation que rien ne justifie. Yî Ashaicérus d'Edgard Quinet est un digne précurseur des extravagances • If M. Gagne. Un écrivain, bien plus sérieux, Népomucène Lemercier, avait, dans sa Panhypocrisiade, donné l'exemple dangereux de ces excentricités.
M. Gagne s'en prend parfois à des personnages fort connus de nos jours: il trayestit leurs noms d'une manière qui permet de les reconnaitre sans beaucoup de peine.
Parlez donc; Sans dormir, si je puis, j'écouterai vos rêves; Parlez, Pierre Xourel, Nodourp, Urdel-Nillor, Louis Cnalb, George Nasd, Narrédisnoc Sansor, Tebac, Ogu, Sam peuz, et vous tous grands apôtres...
L'Histoire des Miracles contient l'auto-biographie de l'auteur qui s'intitule Baron des Fous, et qui raconte son séjour dans une maison de santé. En 1863 et en 1869 M. Gagne s'est présenté aux
suffrages des électeurs de Paris en qualité de « candidat surnaturel universel et perpétuel. » Il n'a recueilli, il faut l'avouer, qu'un bien petit nombre de suffrages.
Le Calvaire des rois. 1863, le Congrès sauveur des rois et des peuples. 1864, un journal, VUnité, rédigé tout en vers, une foule de brochures de circonstance et de poésies, tout cela pourrait fournir de très-nombreuses citations, mais nous n'avons déjà parlé que trop de ce plus qu'excentrique écrivain. Il laissa d'innombrables manuscrits, entre autres un dictionnaire archi-humain dans lequel il a essayé de fondre en une seule langue toutes les langues humaines.
llAILLARD (le sieur Antoine).
Nom probablement supposé d'un auteur excentrique donj les Œuvres (Paris, 1634, in-8°) sont très recherchées des bibliophiles (1) ; il se qualifie de « laquais de l'archevêque d'Auch » et il dédie ses écrits à « ses camarades laquais » ; il ajoute : « dans ma pauvre naissance, Dieu n'a pas dédaigné « de me luire à un poinct que je puis me vanter « d'estre un miracle en la nature. « Il forge des mots extraordinaires ; on serait embarrassé de dire s'il se moque de ses lecteurs ou s'il est sous l'influence d'un cerveau mal équilibré.
(1) A la vente L. de M. (Lebœuf de Montgermont) en janvier 1877, un bel exemplaire a été payé 290 francs.
Voir : le Catalogue Soleinne, n° 1024, la Bibliothèque poétique de Viollet le Duc, I. 443.
U ANNEAU, dit le MAPAH.
Ce personnage, après avoir mené une vie assez tapageuse (c'est M. Erdan qui nous l'apprend), se jeta après 1830, dans l'humanitarisme, à la mode à cette époque ; il devint fou, c'était inévitable.
Il publia sous un titre assez peu à sa place : Waterloo, une brochure du prix de 25 centimes, signée Le Mapah (1). On lisait sur le frontispice en majuscules retentissantes :
Au nom du grand Evadait.
Au nom du grand Dieu,
Mère, Père,
A Paris, à l'Univers
Expansion
Amour.
Le Dieu de Ganneau, c'était la fusion d'Eve et d'Adam, l'embrassement de la maternité et de la paternité. Les idées de ce genre conduisent infailliblement à troubler la raison. On en trouve la preuve dans les aberrations erotiques de Michelet, chez lequel la plus triste des monomanies éclate
(1) Ce mot était destiné à représenter la mère et le père, qui, par leur union, sont la source de la race humaine. Le nom primitif de la grande déesse ou mère phrygienne était Ma (voir les ouvrages cités dans une notice de M. Fr. Lenormand sur le dieu Sabazius. Revue archéologique, t. XII (1874), p. 380. A côté d'elle, le Papa, barbu, figure sur des monuments antiques.
dans la plus forme des évidences. Aussi a-t-il eu de nombreux lecteurs et des admirateurs.
D'après le Mapah- Ganneau, « Waterloo est le Golgotha-peuple; Waterloo est le Vendredi-Saint du grand Christ peuple. «
L'ex-abbé Constant qui a écrit des livres très-justement condamnés, et qui n'a pas dédaigné d'initier le public aux secrets de la plus haute magie, a adressé à M. Erdan au sujet du Mapah, une longue lettre que celui-ci a publiée ; d'après lui, Ganneau était une intelligence d'élite, un artiste surabondant, un poète trop riche pour achever une œuvre, un génie toujours en effusion, une éloquence toujours intarissable. — D'autres personnes qui ont eu l'occasion de voir le Mapah en ont conservé une idée moins enthousiaste ; ils n'ont vu en lui qu'un aliéné horriblement loquace, débitant sans reprendre haleine des flots d'insanités. Quoiqu'il en soit, il ne parvint pas à faire quelque bruit, et il mourut parfaitement ignoré.
lï Intermédiaire signale, sans donner de détails, deux tableaux imprimés et fort bizarres relatifs à la doctrine de ce personnage dont Alexandre Dumas a fait mention dans Mes Mémoires. Voir aussi les Célébrités de la rue, par Ch. Yriarte.
M. Ed. Fournier ayant parlé de la mission maternelle et pa-ternelle du Ma-pah dans le journal la Patrie, 7 décembre 1857, et l'ayant annoncé comme mort, un parent répondit qu'il vivait encore à Nice, mais il parait qu'il y a erreur. Le Ma-pah
était mort en 1853, puisque la veuve Ganneau (sic), écrivait le 13 octobre à Alexandre Dumas pour protester contre les assertions renfermées dans les Mémoires du célèbre romancier que publiait alors la Presse. Ganneau était né à Lormes {Nièvre) et portait les prénoms de Jean-Simon.
UASSNER (Jean-Joseph).
Né dans la Souabe, en 1727, curé près de Coire, se posa en thaumaturge et se fit fort de guérir les maladies qui affligent l'espèce humaine et qui, pour la plupart, sont l'œuvre du démon. Il prétendait avoir réduit l'esprit de ténèbres à être son esclave, et il le soumettait aux prescriptions les plus étranges . Après avoir joui d'une vogue brillante, après avoir opéré bien des miracles. Gassner, qui, dupe de son imagination agissait de bonne foi, désavoué par les chefs de l'Eglise, se confina dans la retraite et mourut fort oublié en 1797. Il avait publié à Augsbourg en 1775, un écrit allemand : Weise... oder nutzliche Unterricht . . . (Instruction utile pour lutter contre le diable).
UÊRARD DE NERVAL, né à Paris en 1808, mort suicidé le 21 janvier 1855.
Son véritable nom était Gérard Labrunie ; cet excentrique personnage était doué d'un certain talent, mais il fut étrangement surfait par la cama-
raderie, par Les réclames de ses éditeurs et par des journalistes en quête de sujets propres à attirer le lecteur. Il serait inutile de rappeler ici les titres de ses nombreux ouvrages ; ils sont énumérés dans la Nouvelle Biographie générale, t. XX, col. 178, et dans la Littérature française contemporaine, de M. Bourquelot et A. Maury; aujourd'hui ils sont oubliés.
Dès 1841, sa raison s'était égarée ; pendant une nuit de carnaval, on le trouva nu dans la rue. Il fut placé dans une maison de santé; la raison revint, mais elle devait disparaître plus tard. Il raisonnait ses étranges exaltations, et, dans un article inséré dans la Revue de Paris, il a retracé l'histoire de ses sensations pendant un de ces accès. M. Eugène de Mirecourt l'a qualifié avec raison de « naïf « enfant du rêve, s'en allant au hasard sans souci «• des réalités de l'existence. »
IAXOTTI (Honoré).
Demeurant à Paris, auteur de diverses motions et propositions, imprimées, autographiées et manuscrites, adressées soit aux membres, soit au président de l'Assemblée Nationale et ayant trait à une révolution dans les mathématiques. Dans son Cinquième défi formel à £ Assemblée Nationale. Paris, 12 mai 1875 (Lithogr. Coulbœufi, il dit : « Il y a 13 mois que l'Académie de France a reçu 63 problèmes résolus et prouvés selon les règles de
la science. Quel bonheur pour elle si elle eût pu me dire : « Vous voulez nous donner une science que vous ne connaissez pas ! » Elle se serait débarrassée de la plus mauvaise affaire qui lui ait été présentée depuis qu'elle existe. Cette science que je connais parfaitement, ne me vient pas des hommes, parce qu'elle a été confiée à moi seul. C'est une mercerie de contrebande que Dieu, contrebandier, a introduit [sic) dans la science, sans payer l'octroi. C'est pourquoi je prétends de (sic) l'implanter... »
Suit l'énoncé d'un problème géométrique présenté à l'Assemblée pour qu'elle le résolve en dix jours. Ce délai passé, l'auteur partira pour l'Italie.
UlCHTEL (Jean-George), né en 1638; illuminé allemand.
Dès l'âge de douze ans, il restait des journées entières dans les champs, afin de converser avec la divinité ; à seize ans, il crut voir le spiritus muncli qui avait pris la forme d'une grande roue de diverses couleurs. Il étudia le droit, passa quelques années à Spire et à Ratisbonne, et se rendit en Hollande où les gens à idées bizarres jouissaient d'une tranquillité qu'ils ne trouvaient pas toujours en d'autres pays. Se plongeant dans les mystères de la théosophie la plus transcendante, il débita force extravagances ; il raconte gravement que le démon, dont il s'était fait un ennemi implacable, lui apparaissait fréquemment, le tourmentait avec fureur,
lui jetait du feu à la figure. Une de ses manies était de déclamer avec la plus grande énergie contre le mariage, et il s'efforçait de persuader aux époux d'observer une continence rigoureuse. Il eut quelques disciples, notamment un riche marchand de Francfort, nommé Uberfeldt ; il mourut en 1710, laissant quelques écrits devenus à peu près introuvables : Theosophia practica, publiée après la mort de l'auteur par Uberfeldt et précédée d'une ample et enthousiaste notice biographique (Bèthulie, c'està-dire Francfort) ; Brève ouverture et explication (en allemand) des trois principes qui sont dans l'homme (Amsterdam). 1696, etc. Sa vie, écrite par J.-G. Reinbeck, a paru à Berlin en 1722, d'après des notes qu'il avait laissées et dont elle reproduit fréquemment des passages entiers. Voir aussi : Adelung, Histoire de la Folie humaine, t. VII, p. 164-
ULEIZÈS (J.-A.), né en 1773, mort en 1843.
Thalysie, ou la Nouvelle Existence, système physique et intellectuel de la nature. Paris, 1821,in-8°.
M. Champfleury, qui a connu personnellement Gleizès, en parle dans ses Excentriques. Paris, 1856, p. 191 et suiv, ; il s'exprime ainsi à l'égard de ce systématique personnage :
« Gleizès fut pendant 40 ans un détracteur ^ acharné de la viande. Il publia plusieurs volumes « fastidieux pour chanter le régime des herbes.
« Jean-Jacques Rousseau donna un peu dans ce tra- « vers, mais l'auteur d'Emile ne joignait pas la « théorie à la pratique. Gleizès se sépara de sa « femme Qu'il aimait, uniquement parce qu'elle ne « voulait pas renoncer à la viande.
« L'auteur de Thalysie tenait d'autant plus à son « système qu'une nuit il fut réveillé par une voix « qui lui criait : « Gleizès veut dire église, sois prêtre « de cette église. »
« Gleizès mourut après avoir fait paraître huit « ou dix volumes; comme il vivait à l'écart, aucun « disciplo ne vint à lui : ce fut seulement après sa « mort que quelque attention se dirigea sur son « système. On en parla en Allemagne, et une asso- « ciation anglaise, peu nombreuse d'ailleurs, la « Vegetarian Society a placé son portrait dans la « salle de ses réunions. »
Parmi les écrits de Gleizès, signalons une brochure : A ux Gourmands de chair ; elle vit le jour peu après la révolution de 1848 et était signée : Jupille le Thalysien.
La viande est athée ! Les fruits contiennent seuls la vraie religion. Le régime des herbes est l'antidote de tous les maux. Adam a été puni pour s'être nourri d'un animal mis à mort méchamment.
La Thalysie, ou la Nouvelle existence consiste dans l'abstention de la chair et dans la manducation exclusive des herbages, du laitage, des objets où la vie organique n'est pas arrivée à l'état de sensations. Voir la Nouvelle Biographie générale, XX, 815, et Erdan, France mystique, p. 648 et suiv.
Un avocat parisien, A. Blot-Lequcsne, se fit, jusqu'à un certain point, le champion du système de Gleizès où il trouve un mélange de vérité et d'erreur. Fragments de philosophie sociale, ou Études sur les socialistes modernes. Premier fragment. Examen du système thalysien.
UOUAZE, prêtre à Toulouse, mort en 1812.
On publia après son décès ; la Consommation des siècles prouvée par les textes et les analogies des
livres saints, par M. G Lyon, 1823 (L'auteur
fixe à G, 000 ans la durée du monde). Les Précurseurs de V Antéchrist . Une édition indiquée comme la septième, parut en 1822. L'auteur précise nettement les dates; l'homme de péché, l'Antéchrist, paraîtra en 1912; il rognera 45 ans; il sera exterminé en 1957; ce sera en 1913 qu'on entendra les premiers sons de la trompette du jugement dernier .
URAGANI, médecin italien de la fin du quinzième siècle.
C'est à M. Delepierre que nous devons de le connaître ; le savant bibliographe nous apprend que Gragani était un médecin distingué, qui, enfermé àPise dans un hospice d'aliénés, et possédé de la manie d'écrire, rédigea un traité De Philosophia Aristotelis, publié à Pise en 1496, et dont le but était d'établir qu'Aristote n'avait jamais existé.
URAVE (J.-B. de).
Ecrivain flamand, mort en 1805, il avait fait partie du Conseil des Anciens, à l'époque du Directoire; entre autres écrits, il a laissé trois volumes in-8° (Gand,1806 , République éliséenne; le titre, fort développé, expose le plan de cet ouvrage ; l'auteur s'efforce d'établir que les Champs-Elysées sont les iles du Bas-Rhin ; là est le berceau des sciences, des arts, de la civilisation ; Ulysse y aborda ; le tout entremêlé de divagations sur Orphée, sur les Cimmériens, etc., Une vaste érudition, fort intempestivement déployée, s'étale dans cet amas de rêveries.
UUILLAUME (Maître).
Tel est le nom donné à un apothicaire deLouviers, qui s'appelait Marchand ou Le Marchand, et qui, ayant perdu le peu qu'il avait de raison, devint fou en titre d'office à la cour d'Henri IV. Il en est fort question dans les ouvrages relatifs à ces bouffons; nous ne reproduirons point les détails dans lesquels ils entrent. Voir : les Recherches historiques sur les fous des rois de France, par A. Canel. 1873, pp. 207-230; une note de M. Ed. Fournier, p. 263 de son excellente édition des Caquets de l'accouchée (1855), la Nouvelle Biographie générale, tom. XXII, col. 703.
Du vivant de maitre Guillaume et pendant plusieurs années après sa mort, on vit paraitre sous
son nom un grand nombre do pamphlets satiriques et burlesques. Peut-être était-il l'auteur de quelques-uns de ces écrits ; en tout cas il les vendait sur le Pont-Neuf. L'Estoile, dans son journal (10 septembre 1606), dit avoir baillé '• cinq sols à maistre
- Guillaume de cinq bouffbneries de sa façon qu'il
- portait et distribuait lui-mesme. »
Une réunion de ces opuscules serait aujourd'hui bien difficile à former; M. Weiss en a donné dans la Biographie Universelle, une liste étendue mais qui n'est point complète, bien qu'à l'article consacré à P. de Hostal, il ait transcrit d'autres titres. M. Canel est arrivé à enregistrer 72 de ces opuscules.
Le catalogue imprimé {Paris, Techener, 1839, 3 vol. in-8°), de la bibliothèque de M. Leber (acquise par la ville de Rouen;, offre, n° 4291-92, un certain nombre de ces écrits.
UUILLOT (Honoré), dit Homère posthume, puis plus tard le Postérieur d'Homère, s'intitulant aussi Poète de la nature et des amours. 1812-1814.
Un manuscrit in-fol. contenant les élucubrations poétiques et la correspondance de ce personnage, figure au catalogue de la bibliothèque dramatique de M. L. Sapin (février 1878), n° 1588. Guillot avait été cuisinier ; il était un peu acteur à l'occasion ; il entreprit un poème sur Napoléon ; ii avait été nommé membre d'une société badine, la Société
dramatique littéraire ; elle lui donna des surnoms qu'il prit au sérieux.
llUYON (Madame).
Nous ne pouvons refuser une mention à cette mystique célèbre (née en 1648, morte en 1717), mais elle est trop connue pour que nous ayons à en parler avec détails. Renvoyons à l'article que lui a consacré M. L. Louvet dans la Nouvelle Biographie générale (t. XXII, 93-94) et aux auteurs qu'il indique.
M. F. Ravaisson a parlé de Mme G., dans son importante publication : Archives de la Bastille, t. IX, 1878, non sans tomber dans quelques erreurs qui ont été relevées dans la Revue historique, mai 1879, p. 203, laquelle ajoute : « Peu de femmes « furent calomniées comme Mme Guy on et avec « autant de persévérance. Il n'y en a peut-être pas « dont la vertu soit plus inattaquable aujourd'hui. « Sa vie a été fouillée dans tous les sens, par ses « amis, par ses ennemis, dans une interminable " enquête. «
Bg AGELGANSZ (Jean-George), jrb || Illuminé allemand ; il mit au jour à Wrè) Francfort, en 1743, deux volumes :
Sphœra cœlestis mystica Sphœra infemalis
mystica ; chacune de ces sphères Ex arithmologia
ac metrologia sacra representata et demonstrata ; xvi et 343 pages avec 8 grandes planches dont 4 color. ; xn et 352 pages avec 5 planches. Malgré ces titres latins, ces livres sont en allemand ; le cat. Ouvaroff, n° 108-109, donne les titres détaillés de ces amas d<> divagation.
ALL (Robert), mort le 27 février 1831.
M. Delepierre, p. 100, nous fait connaître cet individu qui, fils de paysan, se livra à l'étude avec passion, emhrassa la carrière ecclésiastique et devint un prédicateur des plus éloquents ; malheureusement l'excès du travail, la surexcitation intellectuelle lui firent perdre la raison ; il la recouvra plus tard, mais d'une façon imparfaite M. Alihone, A critical Dictionary of english literature. 1859, pp. 764-767, donne des détails très étendus sur cet écrivain, doué d'un talent des plus remarquables ; nu philosophe illustre, Dugald Stewart, a dit de lui : - Si vous voulez voir la langue anglaise dans toute « sa perfection, ouvrez les écrits du grand Robert « Hall ; il réunit les beautés de Johnson, d'Addison •• et de Burke, et il n'a pas leurs défauts. «
ENNEQUIN (Victor).
Ce partisan des idées de Fourier fit partie de l'assemblée élue en 1848; M. Erdan, qui lui a consacré un chapitre dans sa France mystique, t. II,
p. 506, observe que, dans ses derniers ouvrages : Sauvons le Genre humain, et la Religion, il y a un mélange si bizarre de sens droit et de déraison, que bien des personnes ont voulu voir un jeu dans ces excentricités. C'est une erreur ; Hennequin a réellement présenté le phénomène singulier d'une intelligence moitié aliénée, moitié maîtresse d'elle-même ; il a été un fou exceptionnel, un fou de sang rassis.
Les tables tournantes et parlantes troublèrent le cerveau d'Hennequin. « Il s'exalta d'une manière indicible. On le voyait dans les rues, écrivant de son doigt sur le vague de l'air ; il prétendait que de cette écriture résultaient des caractères très-visibles pour lui. Il affirmait avoir sur la tête une trompe aroraale par laquelle les âmes répandues dans l'espace lui faisaient clés communications ; il donna la description et même un dessin de ce singulier organe. Il annonça qu'il était en communication avec l'âme de la terre ; il parle de l'âme du soleil, de l'àme de Saturne ; d'après lui, comme d'après Fourier, l'âme de la lune s'est séparée de son corps, et il ne reste qu'un astre pourri qui est pour la terre la cause de mille maux. En maint endroit, il est question des passions, des volontés, des amours dos astres. On sait que si Fourier n'était pas venu, les planètes se disposaient à retrancher de leur commerce notre globe malade.
Hennequin nous apprend que dans la vie future, bien des hommes, et des meilleurs, deviendront femmes, et, par dessus le marché, sous-dieux. Il écrit gravement :
* L'empereur Napoléon, dernier sous-dieu promu,
- a passé directement après sa mort de la lre couche
- dans la 7e, mais il doit, à partir de 1821, y passer
- 86 ans, comme femme, avant d'exercer sa dignité.» Quant à Hennequin lui-même, il sait ce qui l'attend :
« Des âmes, relativement très rares, sont destinées à devenir sous-dieux. Je dois l'être après mon existence féminine du 7e degré dans le monde supérieur. J'entrerai dans Vesta comme 30e sous-dieu. «
Lorsque l'harmonie phalanstérienne sera établie sur notre globe, la vie humaine durera 144 ans tout au moins.
Arrêtons-nous ici ; nous n'avons que trop parlé de la folie d'Hennequin ; elle exagérait les théories de Fourier, qui, au fond, n'étaient pas moins extravagantes.
KXRION (Charles).
Littérateur français, esprit excentrique, et qui, finissant par une folie complète, mourut à Charenton en 1808. Il a laissé de nombreux ouvrages complètement oubliés; la France littéraire de Quérard en donne la liste dépourvue aujourd'hui de tout intérêt; quelques-unes de ces productions ont des titres bizarres, témoignage de l'excentricité des idées de l'auteur : Mémoires philosophiques sur Vorigine des sylphes, des gnomes, des salamandres, des nymphes. 1798; les Incroyables et les merveilleuses,
ouvrage impayable. 1797 ; le Voleur et V Amant, comme on ri en voit plus, vaudeville en style narcotique. 1801 ; le Mariage à coups de pierres, vaudeville. 1805.
ENRION (Nicolas).
Savant distingué, qui se laissa tomber dans des idées absurdes.
Né à Troyes en 1663, mort en 1720, il possédait une érudition réelle ; il était versé dans les langues orientales ; malheureusement sa tête s'égara. En 1718, il vint lire à l'Académie des Inscriptions, fort étonnée, un extrait d'un immense travail qu'il avait entrepris sur les poids et mesures des anciens. Pour en donner une idée, nous emprunterons à l'éloge de cet érudit (Eloge inséré dans Y Histoire de V Académie des Inscriptions) , un passage que Chaudon dans son Nouveau dictionnaire historique, et Dcsessarts dans ses Siècles littéraires, se sont appropriés sans en indiquer la source, ainsi que le fait remarquer la Biographie universelle. On y voit qu'IIenrion apporta en 1718 à l'Académie un mémoire dans lequel il prétendait établir que la taille d'Adam dépassait 140 pieds; malheurcurement, depuis, la stature humaine avait toujours été en décroissant. Noé n'avait plus que 50 pieds, Abraham 40 et Moïse 25; Hercule fut réduit à douze pieds, et Alexandre ne dépassait guère dix pieds et demi. Toutes ces extravagances s'appuyaient sur des textes hébreux ou grecs dont le sens était complètement défiguré.
KKl'AIX. dit L'sambr.
Celui-ci était un Belge qui, vers 1848, devint aliéné comme bien d'autres, en méditant sur la rénovation de Tordre social. Il lit imprimer trois épîtres dédiées : -1 mes contemporains, et voulant être compris de tous les peuples sans avoir besoin de traducteurs, il inventa un langage nouveau qu'il qualifia de physiologique. II en exposa les principes dans un écrit qu'il adressa à toutes les assemblées législatives de l'Europe. Il prévient que les caractères nouveaux n'ayant pas tous été fondus, il a fallu se servir de quelques chiffres au lieu de lettres. Une version est d'ailleurs jointe au texte, et la précaution n'est pas superflue. On en jugera par une courte citation que nous empruntons à M. De- Lepierre (Essai, p. 129).
" Invocation.
« Stut5ny sacto oprolit"2al in foA2al ooo otano.
« Aussitôt que votre présence majestueuse eût « éclairé le néant, le néant fut fait le milieu de - l'existence. »
Parfois Usamer se livre à des prophéties tout aussi niaises que celles que font entendre de nos jours certains marchands d'emphase non moins absurdes que lui : « Le vieux corps social, chance - « lant sans destinée, sans but, respirera le principe « d'une vie immortelle en inspirant le souffle inex- •• tinguible de l'esprit du progrès. »
Universités
SCHOLA MBUOTHECARIORUM
Ottavifnsis
IESSE (Charles de), Rothenbourg.
Ce prince, né en 1752, entra au service de la France, fut élevé au grade de maréchal-de-camp, et lorsque la révolution éclata, il en embrassa les principes avec ardeur. Affilié aux Jacobins, il fut compromis dans plusieurs complots, notamment dans celui de Babœuf. Retiré en Suisse, il se mêla de prédire l'avenir; sa tête n'était pas saine; il eut le tort de prophétiser d'abord la chute de Napoléon et plus tard celui d'annoncer que les Bourbons seraient expulsés une troisième fois. Tracassé par la police, il se retira à Francfort en 1821. C'est de lui que Despaze disait dans une de ses satires :
« Il insurge en espoir Madrid, Berlin et Rome,
« Aux esclaves de Paul, il lit les Droits de l'homme;
« Harangue les Lapons, et dans son noble essor
« Plante sur leurs traîneaux l'étendard tricolor. >>
IlLDEGARDE (Sainte), abbesse allemande, morte en 1180.
Parmi ses ouvrages, on distingue Revelationes, libri très. Colonise, 1566, in-4° ; plusieurs réimpressions; celle de Cologne, 1625, contient de plus les révélations de Sainte-Elisabeth de Schonaw. Wolf a inséré dans ses Lectiones memorabiles . 1609, quelques-unes de ces prophéties assez étranges.
IOBURG (Christian).
Illuminé allemand, vivait au xvne siècle. Entre autres écrits il publia une Theologia mystica (en allemand, malgré son titre latin), qui parut en 1656 et fut réimprimée à Francfort en 1717, 3 vol. in-8°. Quelques-uns de ses ouvrages ont paru sous le pseudonyme d'Elias Pristorius. Voir le Dictionnaire de Chaufepié, II, 143.
IOGERINN (Anna Owena).
Une de ces visionnaires dont la science explique sans peine le grand nombre parmi les femmes. Celle-ci était née en 1584 dans le duché de Schleswig; son père, nommé Owen, était riche et s'occupait un peu d'astrologie; en 1599, elle épousa un magistrat, Herman Hoyer; elle eut un fils unique, mort en bas-àge; elle se lia avec des soi-disants prophètes, avec des monomanes, alors fort nombreux en Allemagne, elle se crut animée de l'inspiration divine ; elle débita de vive voix, elle écrivit des prédictions tout aussi insensées que celles qui, depuis, ont surgi en si grand nombre. Elle mourut en 1656, laissant divers ouvrages en allemand; une partie d'entre eux est en vers. Adelung en transcrit de longs passages. [Voir IV, 193-210), et il renvoie à un livre de J.-H. Fuestling, que nous n'avons pu rencontrer et qui est sans doute curieux au point de vue des aberrations féminines : Gynecœum hœreticum fanaticum.
ORCH (Henri), illuminé allemand, né en 1652, mort en 1729.
Après avoir mené une vie errante et misérable, il commença en 1089 à publier le récit des révélations dont il se croyait favorisé; Dieu l'avait placé sur une montagne très élevée, et lui avait montré des agneaux ayant sur la tête des couronnes d'or.
Adelung donne la liste des nombreux écrits de cet aliéné; bornons- nous à en mentionner quatre :
Noctes Nassovicœ exhibentes elementa ad investigandas gratiœ divinœ dimensiones . Herborn, 1695.
Disputatio Aaron et Melehisedech, seu Euclidis sacri spécimen. 1697, in-4°.
Prœco salutis ad obstetricandum spei veritates.
Structura templi ab Ezechiele visi. 1709, in-4°.
IORST.
Médecin allemand, publia en 1595, à Leipzig, un livre latin rempli d'absurdités, au sujet d'un enfant qui était venu au monde le 22 décembre 1586 avec une dont d'or. Le fait n'était pas révoqué en doute ; Horst l'attribua à l'influence des astres; il y ajouta une série de prophéties dans laquelle, s'appuyant de l'autorité de Daniel, il annonce que l'empereur des Romains chassera les Turcs de l'Europe; alors on verra commencer le siècle d'or, et un empire qui durera des milliers d'années.
[Jff RVING (Edward), né en Ecosse en 1792, mort en 183 1.
Ministre dissident, il fut accusé d'hérésie par ses collègues et destitué, mais il ne tarda pas à se trouvera la tête d'une congrégation nouvelle, et il prétendit que par suite; de l'inspiration divine, il avait le don des langues inconnues. On s'occupa fort de lui pendant quelque temps, on l'oublia bien vite. Il était de lionne foi dans ses extravagances. Prédicateur éloquent et bizarre, il citait dans une même phrase Shakespeare et la Bible. Water Scott, qui dîna avec lui, dit que sa figure ressemblait à celle que les anciens artistes italiens ont donnée au Sauveur; les cheveux étaient arrangés artistement en vue de produire cet effet. Irving laissa des sermons et divers ouvrages où se montre le ton habituel de ses pensées : Babylone et l'infidélité prédestinées au jugement de Dieu. 1824, 2 vol.; les Derniers Jours. 1838 et 1856; Exposition du livre des Révolutions. 1831, 4 vol., etc. Sa secte ne s'éteignit point avec lui; en 1856, le projet de fonder des chapelles irvingites dans toutes les grandes villes de l'Angleterre fut mis en avant, et un gentlnidii souscrivit, dans ce but, la somme de 100,000 liv. st. C'est du moins ce que nous lisons dans le Critical Dictionary ofenglish Literature d'Alibone t. I, 034), lequel indique un grand nombre d'écrits relatifs à Irving.
OACHIM.
Abbé de Fiore (dans la Calabre); il se
posa en prophète et répandit dans le public les révélations dont il se croyait favorisé ; ses visions, même les plus étranges, étaient acceptées par les Italiens comme des inspirations divines. Il annonçait que l'ère chrétienne devait finir vers 1260; une ère nouvelle devait commencer sous les auspices d'un messie révélateur qui apporterait au monde un évangile nouveau. La cour de Rome s'inquiéta et lui imposa silence. Joachim a laissé quelques ouvrages imprimés : d'autres sont restés manuscrits; consulter un article de M. B. Hauréau, dans la Nouvelle Biographie générale, t. XXVI,
ORRIS (David), né à Bruges en 1501, mort à Bàle en 1556.
Après avoir mené une vie errante, il se fit remarquer parmi les anabaptistes, sans prendre part aux excès des sectaires qui, sous la conduite du célèbre Jean de Leyde, ensanglantèrent la ville de Munster. Retiré dans la Frise vers 1540, il écrivit le plus important de ses ouvrages, le Livre merveilleux (Het Wonderboeck) qui parut en 1542, sans nom de ville, ni d'imprimeur, mais l'autorité découvrit que cette publication, sortie des presses de Dirk van Borne, à Deventer, avait été l'objet des soins
d'un bourgeois de cette ville, Juriaen Kctel, disciple et ami de Jorris. Kctel fut décapité en 1544, ei l'imprimeur n'échappa à la mort que parce qu'il fut avancé pour son excuse qu'il n'avait rien compris au livre incriminé.
Le Wonderboech est un tissu de visions, d'aberrations, de prophéties; l'auteur prétend écrire sous l'inspiration divine qui se manifeste successivement à son esprit; le tout est entremêlé de très vives attaques contre les rois et les magistrats qui doi- V'iii disparaître afin de faire place au royaume de Dieu, reposant sur le troupeau des vrais croyants, c'est-à-dire des baptistes, radicaux à outrance qui faisaient entrer dans la pratique la communauté des biens et la polygamie, et dont les doctrines devançaient , à certains égards , celles des nihilistes russe-.
Jorris se proclamait le troisième messie, le troisième David, né de Dieu, non par la chair, mais par l'esprit.
Le Livre merveilleux était dans le principe divisé en deux parties; plus tard le prophète en ajouta deux autres.
Un périodique belge, la Libre Recherche, a consacré à Jorris (t. VII, 1857, p. 350-366), un article bienveillant signé S. Snellaert; cet ultra-radical avait annoncé en mourant qu'il ressusciterait dans trois jours, mais il ne tint pas sa promesse.
ournal des Initiés aux lois de la vie et de tordre universel.
Nous avons trouvé dans les papiers de Quérard, non loin des élucubrations de M. Madrolle, divers numéros de ce journal mensuel qui, né en 1856, vivait encore en 1862. Il s'occupait de franc-maçonnerie; il prêchait l'épanouissement de la vie, la sanction indéniable de la morale par l'initiation, etc.
OURNET (Jean).
Cris et soupirs. Cri suprême, cri d'indignation, cri de délivrance. Résurrection sociale; Félicité universelle, etc.
Tels sont les titres de quelques-uns des écrits (il serait superflu d'en donner la liste entière) de cet aliéné qui, né à Carcassonne en 1799 (mort en 1861) après avoir été carbonaro, après avoir en 1823 combattu avec les défenseurs de la Constitution espagnole, s'établit comme pharmacien à Limoux; un volume des œuvres de Fournier lui tomba entre les mains, et lui fit perdre le peu de bon sens qui pouvait lui rester; il se fit l'apôtre du phalanstère; le 8 mars 1841, il distribuait des brochures dans la salle de l'Opéra. Arrêté, interrogé par deux docteurs en médecine, il est conduit dans un hospice d'aliénés; après un traitement assez long, il recommença ses prédications. Renvoyons à un des nombreux ouvrages de M. Champfleury (Jules Fleury,
Les Excentriques, 1856, pp. 72-101), pour des fragments de lettres adressées à George Sand, à Victor Hugo, à Lamennais, à Lamartine. Partout éconduit, il se mil à parcourir la province, marchant à pied, le sac sur le dos. Il eut de vives querelles avec M. Victor Considérant, le chef de l'école phalanstérienne, qui trouvait que le zèle apostolique du trop ardénl languedocien ne pouvait que nuire à la cause La révolution de 1848 survint; puis le premier empire, et Jean Journet qui vieillissait, qui se fatiguait, disparut de la scène.
M. Ch. Monselet lui a fait l'honneur de lui consacrer un chapitre dans ses Statues et Statuettes contemporaines.
W& HUNRATH (Henri), né à Leipzig, en
*Ê& 1560, mort en 1637.
£sS Brucker, dans son Hist. philos. IV, 675, Chaufepié, dans son Dictionnaire, ont parlé de ce visionnaire qui s'éprit des rêveries de Corneille Agrippa et de Paracelse. Il se livra avec ardeur à la recherche de la pierre philosophalc, il parcourut L'Allemagne et la Suisse, séjourna assez longtemps à Hambourg, fut reçu docteur en médecine, et se plongea dans la philosophie; il écrivit un gros volume, Amphitheatrum Sapientiœ œternœ, solius verœ, Christiano-Kabbalisticum, divino-magicum, nec non physico-chymicum, tertriuni catholicum.
Pragse, 1598 ; plusieurs fois réimprimé et traduit en allemand. Le livre est dédié : yEterno, invisibili, soli sapienti, omnium optimo, infinito et omnipotenti Iehovah Elohim Zebaoth, deo deoi*um, enti entium, maximo. ..
Khunrath publia également : Urim et Thammim Christiano Cabbalistica ex Macrocosmo et S. Scriptura Biblica desunita. Magdeburg, 1607, et divers ouvrages sur l'alchimie. Voir Adelung, V, 91-105.
kLEINOW (George).
Norwégien qui, vers le milieu du xvme siècle, se posa comme prophète et inspiré; il fut le chef des Sionites qui prétendaient représenter le règne du roi de Sion dont ils se disaient les enfants ; ils envoyaient des émissaires chargés d'établir le règne universel du Christ ; ils condamnaient le baptême des enfants et refusaient de se soumettre aux lois sur les mariages. Ils portaient de longues barbes et ils avaient au bras un bandeau blanc sur lequel était brodé en rouge le mot : Sion.
Le roi Christian IV leur donna, en 1744, le choix d'abandonner leurs pratiques (ce qu'ils firent pour la plupart) ou d'être exilés aux environs d'Altona; quelques-uns s'y retirèrent et s'éteignirent dans l'obscurité.
NUTZEN (Matthias).
Né vers 1640, dans le Sleswig; manifesta de
bonne heure du goût pour les opinions étranges; après avoir étudié à Koenigsberg et avoir mené une vie errante et misérable, il s'établit à Iéna où il publia des écrits exposant une doctrine qui souleva la réprobation générale. Allant au delà de ce qu'avançaient les autres libres-penseurs, il soutint qu'il n'existait point de Dieu, que l'homme finissait i * > 1 1 1 entier à sa mort, qu'il n'existait ni récompenses ni peines futures; il s'élevait contre les magistrats et les prêtres, comme gens fort inutiles, et il maintenait que le mariage ne diffère point de la fornication. Chacun ne doit reconnaître pour guide que son sens intime. Knutzen donnait à ses disciples le nom de consciencieux, et il prétendait en avoir un grand nombre ; les magistrats d'Iéna s'alarmèrent du péril que pouvaient créer les doctrines de ce socialiste extravagant, il fut mis en prison, et, depuis les renseignements sur son compte font défaut.
Adelung, tom. VI, p. 207-231, transcrit un long passage d'un écrit daté de Rome, rempli de citations bibliques et émaillé de mots grecs; il suffira d'en rapporter le début : « Amiens, Amicis, Arnica. Demiratus hactenus ssepicule qui fieret quod Christiani, id est rotarum in modum nacti, secum discordent et nunquam non altercationis serram reciprocent...
Regardé comme athée, il fut combattu par divers écrivains, notamment par F. Greissung, dans ses Eocercitationes de atheismo. 1677.
Il est question de Enutzen dans VHistoria atheismi de Thomasius, dans le Syntagma Hist., eccles. de Micraël, etc.
OPKEN (Balthazar).
Encore un de ces illuminés dont l'Allemagne a produit un grand nombre; «elui-ci a laissé entre autres ouvrages : Sapientia Dei in mysterio crucis Christi dbscondita. Halle, 1700, 2 vol. in-12 (en allemand, ainsi que le Chemin du Sabbat du repos. Offenbach , 1702 , et V Envoi théosophique d'un membre fidèle de V Union en Dieu. Béthulie, 1710, 5 vol. in-8", ne formant pas moins de 2393 pages. Il est permis de croire qu'une aussi longue production n'a jamais eu beaucoup de lecteurs.
RUDENER (Julie de \Yietixghoff, baronne de) né en 1764, morte en 1824.
Romancière distinguée, connue surtout comme mystique et par l'influence qu'elle exerça sur l'empereur Alexandre. Parmi ses écrits qui révèlent une imagination fort exaltée, nous citerons :
Indication de lavraie religion, ou Manière indubitable de parvenir à connaître facilement ce qui est vrai selon Dieu et de découvrir en conséquence si la croyance religieuse dans laquelle on a été élevé ou dans laquelle on est présentement est la meilleure de celles qui existent dans le monde. Paris, Gide, 1821, in -8°, xxiv-204 pages.
Consulter Frau von Krudener geschildert von 11. Moisel. Divsden, 1818, in-8°. Mm<i la baronne de Krudener, par Mme L. Boieldieu d'Auvigny dans le Dictionnaire des prophéties, par l'abbé Lecanu, t. I, 1195-1208 (1852, 2 vol. gr. in-8°) ; Sainte- Beuve, Portraits de femmes et Nouveaux portraits littéraires, et les ouvrages indiqués dans la Nouvelle Biograpie générale, t. XXVIII, p. 239, ainsi que le catalogue Ouvaroff, nos 171-174.
Rl'ESTER (Henri-Bernard), né en 1662 à Blumenberg, petite ville de la Westphalie.
On possède peu de renseignements sur la vie de cet illuminé; Ruthsel en a fait mention clans son Histoire des savants vivant de nos jours (en allemand), t. VI, p. 478, et Adelung lui a consacré un chapitre dans son Histoire de la folie humaine, t. VII, p. 86-105; il était le frère aîné de Ludolphe Kuester, érudit distingué et doué, de son côté, d'une originalité assez prononcée.
Après avoir étudié le droit à Francfort sur l'Oder, après avoir été à Berlin professeur des trois fils du conseiller d'Etat von Schwerin, il se laissa entraîner à des idées d'un mysticisme exalté et se rendit en Amérique afin de se joindre aux dissenters anglais, qui s'étaient établis dans la Pensylvanie, mais il ne tarda pas à se brouiller avec les quakers parmi lesquels il s'efforça de soulever un schisme ; il prit en 1700 le parti de retourner en Europe et il
s'établit à Amsterdam. Il fit la connaissance d'un autre illuminé, Oliger Pauli, dont nous parlerons plus loin, et il épousa ses rêveries au sujet du règne de mille ans et de l'interprétation de l'Apocalypse. Après avoir erré dans divers pays, il mourut à Hanovre, dans un âge remarquablement avancé, à 98 ans, après avoir annoncé qu'il ne mourrait jamais. Entre autres extravagances, il soutenait être un des anges mentionnés dans les visions du solitaire de Pathmos, et il consigna ses insanités dans divers ouvrages écrits en hollandais, en allemand et en latin. Il suffira de transcrire le titre de l'un de ces derniers : Directorium et conspectus universalis ephemeridum Aschkenazœo-Elomitiorium, c. c, triomphantium, tandem agonumjustitiœ exorientis atque reducis, videlicet de resurrectione imperii stemitatiuum. Lemgow, 1702, in-4°.
UHLMAN(Quirinus).
Prodromus quinquennii mitrabilis . Lugd. Bat av. 1678, in-8°.
Kuhlman fut un des plus fameux visionnaires du xvn" siècle; né à Breslau en 1651, une maladie, dont il fut attaqué à l'âge de dix-huit ans, lui troubla le cerveau ; un jour il s'imagina voir Satan escorté d'une multitude de démons subalternes ; une autre fois il se persuada que Dieu lui était apparu, et, dès ce moment, il ne cessa de voir auprès de lui, une auréole éclatante de lumière. Il a vécu dans
divers pays, et, soupçonné d'être un peu escroc, il dut quitter la Hollande; il se rendit à Constantiuople, et, en 1678, il adressa do cette ville, au Sultan .Mahomet IV, un écrit où il prophétisait la conversion des Turcs; il visita successivement l'Angleterre, la France, la Suisse, enfin son humeur \ agabonde le conduisit en Russie ; il voulut y fonder une secte nouvelle, celle des Jimélites, mais Pierre I"r n'aimait pas ces innovations; il réfuta péremptoirement le malheureux visionnaire, en le faisant brûler vif à Moscou, le 3 octobre 1689.
Kuhlman a laissé plus de quarante écrits, parmi lesquels le Nouvel inspiré Bœhme. Leyde, 1674 ; tous sont devenus rares, mais ils ne sont point recherchés quoiqu'ils ne méritent nullement de l'être. Voir Adelung, t. V, et les ouvrages indiqués dans la Nouvelle liiotjraplxie générale, t. XXVIII, p. 262.
ABADIE [Jean de), né en 1610, mort à Altona en 1674.
On trouve sur ce visionnaire quelques détails intéressants dans l'Histoire curieuse de la vie, de la conduite et des sentiments du prieur Jean de Labadie (d'abord jésuite et ensuite chef de la secte des Labadistes). La Haye, Th. Dauréant, 1670, in -12.
Ce petit volume est signalé comme s'annexant à
la collection des Elzévirs; toutefois, M. Pieters ne
l'indique pas dans son catalogue raisonné des impressions de ces illustres typographes.
Avant de se faire protestant, croyance qu'il abandonna pour fonder ce qu'il appelait - la véritable église », Labadie avait pris le nom de Jean de Jésus-Christ , et annoncé la fin du monde pour l'an 1666.
Grégoire a parlé de Labadie {Histoire des sectes religieuses, II, 255).
D'après ce novateur, la Bible doit avoir, pour être comprise, l'inspiration intérieure ; la véritable Eglise ne connait ni rang, ni subordination ; les biens doivent être communs ; dans l'état de contemplation, on ne doit pas s'inquiéter des mouvements du corps. La secte des Labadistes, assez nombreuse vers la fin du xvne siècle, aux environs de Clôves, finit par disparaître.
Un volume en allemand (148 pages), parut en 1671, pour exposer la doctrine de Labadie et de ses sectateurs. Parmi les ouvrages de ce visionnaire, citons Jésus révélé de nouveau ou cCune nouvelle manière. {Hambourg), 1673, in-8°; livre fort bizarre; tout en quatrains.
Voir: Niceron, Mémoires, t. XVIII, 386-418 et XX, 140-169, un article de Gouget dans le Dictionnaire de Moréri, édition de 1759, et les ouvrages cités dans la Nouvelle Biographie générale, t. XXVIII, 319.
Ajoutons que pendant quelque temps, on vit sur-
gir des sectes étranges dans cette Hollande, habibuellemenl calme et positive; les Borrélistes, secta leurs de Iïorrel, maintenant (ju"il ne fallait lire que la Bible sans y ajouter aucune explication ; les Versclioristes, les Hattémistes (ceux-ci regardaient tous les péchés comme imaginaires, le Christ nous avant délivrés de cette illusion) ; les Adamites prétendaient revenir à l'état d'innocence d'Adam en se dépouillant de tout costume; il serait facile de citer d'autres exemples.
ABROUSSE (Mlle Suzanne), née en 1749, morte en 1821.
Voir l'article qui lui est consacré dans Y Annuaire nécrologique de Mahul ; consulter aussi Quérard : France littéraire et la Nouvelle Biographie générale^ t. XXVIII; elle se montra favorable aux idées de la révolution, et elle tenta de se rendre à Rome dans le but de convertir le pape. Enfermée quelque temps au château Saint-Ange, elle revint à Paris et y vécut vingt ans fort oubliée; d'autres fous lui faisaient concurrence. Ses Prophéties annonçant la fin du monde pour 1899, ont été publiées à Paris en 1790 ; un autre recueil de ses ouvrages avait vu le jour à Bordeaux en 1797. Très jeune encore, elle tomba dans un mysticisme exalté, se crut appelée à prophétiser, prétendit avoir des communications directes avec la Divinité.
LALANNE, curé deXivryle Français.
Le fait universel de la triplicité unitaire, ou Philosophie générale des vérités scientifiques. Bar-le- Duc, 1878, in-8°.
AMBERT LA PLAIGNE (Bernard*, né en 1738, mort en 1813.
Il entra dans l'ordre des Dominicains, et adoptant avec passion le parti des Jansénistes, il se prononça chaleureusement en faveur des convulsionnaires et de 1' * Œuvre des secours. » Parmi ses ouvrages on distingue :
Avertissement aux fidèles sur les signes qui annoncent que tout se prépare pour le retour d'Israël, 1793 ; Exposition des prédictions et des promesses faites à V Eglise pour les derniers temps de la gentilité, 1806. Il n'a pas mieux réussi que bien d'autres dans ses explications des prophéties, et il incline vers les idées des millénaristes.
ANCRE (Pierre de).
Conseiller au parlement de Bordeaux ; nul plus que lui n'a poussé à une plus vive conviction la foi dans l'existence des sorciers ; nul ne s'est montré plus persuadé que les exterminer était le plus saint des devoirs. Chargé d'une mission dans le pays de Labourd, il déploya un zèle féroce et lassa les bour-
reaux. Plus de 500 malheureux furent mis à mort. De Lanere consigna avec une orgueilleuse bonne foi Le récit de ses exploits dans deux volumes devenus rares :
Tableau de Vinconstance des mauvais anges et démons. 1610, in- 1°, XXVI et 595 pages, (avec une gravure curieuse représentant les orgies du sabbat) ; l'Incrédulité et mescréance du sortilège pleinement convaincue. 1622, in-4°. Ce sont d'étranges monuments de l'aberration où peut tomber l'esprit hum:iin.
Il fut récompensé de son zèle par une nomination de conseiller d'état, et il mourut en 1630. Michelet, Histoire de France, XI, 290 et suiv., parle des terribles rigueurs de ce parlementaire affolé ; il en a reparlé dans la Sorcière (1862), p. 212-237.
.A PEYRERE (Isaac de).
Prœ adamitce, sive exercitatio sitper versibus 12-14, capitis V, epistolœ D. Pauli ad Romanos quitus inducantur primi homines ante Adamum conditi. 1655, pet. in-12.
Ce volume assez gros (321 pages), ne porte pas le nom de l'auteur ; il donna lieu à de vives controverses fort oubliées aujourd'hui ; il provoqua la publication de divers ouvrages ; le Manuel du Libraire, t. III, p. 832, en signale quelques-uns.
A cette époque, il n'était nullement question d'hommes anté-diluviens et de temps pré-histori-
ques; c'est sur des textes de la Bible, fort torturés, que La Peyrere basait le bizarre système qui lui a donné une place dans la galerie des écrivains excentriques.
N'oublions pas un livre fort curieux publié en 1878 (Paris, Champion, in-16, 50 pages) par un infatigable chercheur de curiosités littéraires et historiques, M. Ph. Turuèzcy de Larroque, correspondant de l'Institut : Quelques lettres inédites cClsaac de la Peyrere à Bouilliaud (tiré à 100 exempl.); une introduction très intéressante et des notes où se montre une érudition sûre et discrète, fournissant d'amples et nouveaux renseignements sur la vie agitée et sur les écrits de l'auteur des Prœ adamitœ.
A propos de La Peyrere, signalons un livre étrange, un gros volume intitulé ; Adam à son origine, roi et unique médiateur de tout l'univers planétaire (question délicate touchant à la pluralité des mondes habités), par l'abbé J. Bourdon, ancien curé à Pardaillan (Lot-et-Garonne). Bar -le- Duc, impr. Bertrand, 1878, in-8°, 435 pages.
ASSAILLY (Charles), né vers 1812, mort en
Après être venu chercher fortune à Paris, après avoir écrit dans divers journaux, ce malheureux perdit la raison; il a laissé un roman dont le titre seul rappelle l'époque la plus ardente du roman-
tisme : Les Roueries de Trialphe, notre contemporain, avant son suicide. 1832, in-8°. Dépourvu de tout mérite littéraire, cette espèce d'autobiographie
est, en raison de sa singularité, recherchée par les bibliophiles.
.Iules .Tanin, a parlé de Lassailly dans le Journal des Débats, juillet 1843 : *• Dans les désor- •• dres de sa pensée, il lui échappait des naïvetés
- charmantes ; c'est lui qui m'écrivait : Vous avez
- parlé avec tant de tendresse de notre ami*** ; c'est
- une injustice, il n'est pas aussi fou que moi." Voir aussi Monselet : Statues et statuettes contemporaines.
La Nouvelle Biographie générale, dans la notice consacrée à Lassailly, dit qu'il a fourni quelques articles à la Revue des Deux Mondes;ily a là sans doute uni rrcur. L. était fort étranger aux travaux sérieux qu'admet cette Revue, et la liste des collaborateurs, publiée en 1875, ne le nomme point.
A TOUR DE XOE (l'abbé de),' l'auxiliaire des Bleus.
La Fin du Monde en 1921. Toulouse, Douladoure, 1873, in-8°.
Nous avons sous les yeux une édition indiquée comme la huitième, foncièrement remaniée (123 pages).
L'auteur se vante d'avoir, dès 1867, dans un livre intitulé : le Sacerdoce, annoncé à l'avance la guerre
désastreuse de 1870, le retrait de nos troupes de Rome, la perte du pouvoir temporel du Pape. Il avait annoncé la mort de Pie IX avant 25 ans de règne, s'il ne définissait pas le dogme de l'Immaculée Conception, mais le dogme avant été proclamé, la vie du pontife a été prolongée.
« Il y a des prophéties absolues, indépendantes « de toute condition, qui s'accomplissent toujours; « par exemple, le monde finira en 1921.
C'est la prophétie de Saint-Malachie sur les papes qui sert de base aux calculs de M. l'abbé La Tour de Noe. « Cette base s'impose comme une certitude naturelle. » On connaît le nombre de tous les papes futurs ; il faut trouver la durée du règne de chacun d'eux; depuis Saint-Pierre jusqu'à la mort de Pie VIII, 1797 ans, 255 papes; 7 ans 17 jours, règne moyen de chacun. Le dernier pape prédit sera Pierre II; de Grégoire XVI jusqu'à lui il y aura treize papes.
L'abbé croit pouvoir annoncer la fin du monde pour le 13 juillet, 7 heures, 3 minutes du matin, mais c'est « réserves faites; ce qu'il y a de certain, « c'est qu'elle arrivera dans la première moitié du «• siècle prochain; donc plusieurs d'entre nous la " verront. «
Quant à l'Antéchrist, on en a déjà vu passer quelques-uns, mais secondaires (Néron. Julien l'apostat, Mahomet, Luther, Jansenius, Voltaire).
A quelle époque se montrera le grand, le véritable antechrist, l'incomparable scélérat?
- Le vénérable Holzhauer place sa naissance à «Tannée L855; M Nicolas, au contraire, ne le
- fait naitiv qu'en 1859. » M. La Tour de Noe croit que « ce grand monstre est né seulement en 1863, » et il le prouve; d'après Sœur Anne-Marie, Tantechrist doit faire parler de lui par ses victoires dès L'âge de trente ans, en 1893; c'est aussi l'année où Les Juifs attendent le Messie; 25 ans après 1868,
- ceci n'est pas un raisonnement, c'est un calcul. »
- Déjà depuis dix ans (l'abbé écrivait en 1873), « le soleil d'Orient réchauffe de ses rayons ce ser-
- [ieiit diabolique; ce colossal chenapan naîtra à
- Babylone. Il sera fils d'un musulman et d'une
- juive ; il fixera probablement à Jérusalem le « siège de son colossal empire. » M. l'abbé s'occupe ensuite de découvrir son nom caché dans le nombre 666 indiqué dans l'Apocalypse; il trouve Arlov, Delov, Chixica, mais en recourant à la langue hébraïque, il n'en découvre pas moins de 19, tous commençant par la lettre T : Tyrasow, Tursov, Tursvv, etc.
ASSUS (Gabriel).
Eve et Marie, philosophie du christianisme dans son rapport avec la femme. Paris, 1836, in-8°.
Livre destiné à développer une idée singulière, déjà mise plusieurs fois en avant, notamment par Postel et par les Saints-Simoniens. Pour l'auteur, la Bible est un symbole continuel dans lequel il
retrouve surtout une pensée qui domine tout le reste; c'est que la femme est ici-bas l'instrument des volontés divines, c'est que « le problème le plus « mystérieux de l'intérêt le plus puissant, celui « que tous les hommes supérieurs doivent méditer, « c'est l'avenir des femmes. L'avenir du christia- « nisme y est tout entier. » — « Il a fallu que « Marie vint pour compléter le symbole dont Eve <■ n'offrait qu'une part. »
La Revue critique des livres nouveaux, (Genève, Cherbuliez, 5e année, 1837, p. 332), a rendu compte de cet ouvrage.
kW (William).
Illuminé anglais, vivant vers le milieu du dernier siècle; admirateur des idées de Boehme, il écrivit un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels on remarque The Grounds and reason of Christian régénération, or the New-Birth. 1756; The Spirit of prayer. 1758; The way te divine Knowledge, 1752 ; ce dernier ouvrage a été traduit en français et précédé de « la Voix qui crie dans le désert, - par Lodoik (le comte L. de Divonne), Paris, an XIII, in-8°, XV, 76 et 282 pages
EBAILLY, (M.), né à Exmer(Orne).
Ancien professeur et professeur fort distingué de l'université, auteur d'ouvrages de grammaire et de
rhétorique; avant jeté les yeux sur des hiéroglyphes égyptiens, il imagina de lea lire à la manière des rébus français, et il y parvint; il le crut du moins. De là an système de traduction, qui n'a rien de commun avec celui de Champollion. C'est de l'extravagance au plus haut chef. On ne s'arrête pas en si beau chemin. On se pose et on résout des énigmes. Le Sphynx égyptien signifie : plus on lit, plus on r ni savoir. Vous ne vous en doutiez pas. Plus (pluche, manteaux) — on (ongle du lion) — lit (Lion) — plus (pluche) — on (ongle) — veut (vol de l'oiseau) — sa (je ne me rappelle plus ce qui dans la figure exprime cette syllabe — voir (ver; Latimal courbé et sous pont). — Très sérieusement expliqué dans une Lettre à un Archéologue sur les hiéroglyphes égyptiens, in-8°. J'ai du même de nombreux travaux inédits de même force et sur les mêmes données. (L. de L. S.)
Ajoutons que parfois les hiéroglyphes ont mal inspiré les écrivains qui ont cherché aies expliquer. Un artiste bordelais, instruit, mais trop enclin à des idées singulières, publia en 1821 un in-8° de VI et 216 pp. avec 14 gravures : Fragments, Essai sur les hiéroglyphes égyptiens ; l'épigraphe : Sunt hebraicis similia JEgyptorum œnigmata, indique le système de l'auteur, système qui n'obtint pas l'assentiment des érudits. Voir un article d'Abel Rémusat dans le Journal des Savants, avril 1821.
.EBARBIER (Pierre-Lucien), mort en 183G.
Le Manuel du bibliographe normand de M. E. Frère, fait mention de cet aliéné ; un de ses écrits est intitulé :
Souscription et assurance de Rouen, département de la Seine- Inférieure, ou Paris, la capitale, le climat de la France, le paradis terrestre exerce son influence sur tous les climats. Rouen, Marie, 1823, in-8". M. Frère ajoute : « Ses œuvres ont fait « gémir la presse, il se livrait publiquement à de « réjouissants exercices pour régenter l'atmos- « phère. Sa spécialité était le Dominât mosphère « comme il s'exprimait lui-même ; il fallait le voir « officieusement occupé avec l'énorme canne de fer « blanc qu'il portait toujours avec lui, à diriger les "• vents et à conjurer, selon le besoin, la sécheresse « ou la pluie. La foule respectait la folie d'un - homme qui croyait se vouer au bien public. »
EBOURELAIS (Paul-Joseph).
Preuve de la puissance et de l'existence de Dieu. Paris, 1831, in-12. L'auteur annonce se trouver « maintenant àRemalard, département de l'Orne." M. de La Sicotière signale dans Y Intermédiaire (t. L, p. 182), cet opuscule dont la fin n'est qu'un entassement de notes incohérentes " qui dénotent une complète aberration. *
.EBKKTOX (FuAxrois).
Avocat au Parlement de Paris, honnête homme dont le cerveau se troubla à l'aspect des malheurs qui, à l'époque du méprisable Henri III, désolèrent, la France; il eut la fatale idée d'écrire, de faire imprimer un livre qu'il intitula : Remonstrances aux frais Estais de la France et à tous les peuples chrestiens pour la délivrance du pauvre et des orphelins; en tète il mit des versets tirés des psaumes - Levez-vous, monseigneur mon Dieu, ne - mettez en oubli les pauvres. » L'imprimeur jugea prudent de ne pas se nommer.
Lebreton, plein de la conviction qui anime tout aliéné, présenta naïvement son livre au roi; le livre fut jugé séditieux au premier chef, et le 22 novembre 158(3, le malheureux avocat fut pendu dans la cour du Palais. L'arrêt qui le condamna est inséré avec de longs extraits de la Remonstrance) dans la Revue rétrospective publiée par M. Taschereau (2me série, t. II, 1835, p. 99-107.) M. Leber possédait un exemplaire de ce livre, (on en connaît à peine deux ou trois ; il est porté à son catalogue, n" 4022); il en a parlé avec détail dans son curieux travail : l'État de la presse depuis François Ier (1837, in-8°). Voir aussi Ch. Labitte : De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue (p 31 lj.
■ EE (Nathaniel), mort à 34 ans, on 1693.
Auteur de diverses tragédies qui n'étaient pas sans mérite. « Lorsqu'on dut l'enfermer, jeune en- « core, à Bedlam, il continua à écrire dans un style « des plus ampoulés, mais on rencontre souvent « dans ses productions des passages qui témoignent •« d'une imagination puissante. » (Delepierre).
Il n'avait pas complètement perdu la raison. Un jour, un visiteur de l'hospice lui dit assez brutalement: « Il est facile d'écrire comme un insensé. — Non, repartit Lee, il n'est pas facile d'écrire comme un insensé, mais il est très facile de parler comme un imbécile. » — Il sortit de Bedlam à moitié guéri, se livra à l'intempérance et mourut des suites d'une chute. Ses Dramatic Works ont été recueillis en 1736, 3 vol. in-12. Voir la Nouvelle Biographie générale, t. XXX, col. 281.
• EGAY-ROUSSEL.
Ancien adjoint au maire de Bec-Hellouin (Eure), ancien instituteur, mort au Bec en 1832, à l'âge de 46 ans, nous est connu par Y Intermédiaire (t. I, p. 181), qui le signale comme ayant laissé en mourant un ouvrage' intitulé : Mémoires historiques d'un malheureux père perdu de toute éternité et perdu pour jamais, avec ses trois précieux enfants, écrits dans son lit, rapport aux tourments par hn-même, pouvant servir à f histoire des secrets du Créateur
ou des perdus (h- toute éternité. VAROUX sur la terre, etc., 18^'.'.
Legay était un véritable démonomane, il raconte tous Les détails de la possession dont il se croit victime; il joint à ses Mémoires, dos complaintes qui offrenl le plus triste témoignage d'une incurable aliénation. (L. D. L. S.)
E LOYER Pierre).
Edom, ou les Colonies iduméennes. Paris, 1020, in-8°, 14 Fs, p. 249, 141, 7 fls.
Les chercheurs d'étymologie ont parfois émis des idées fort bizarres, mais Le Loyer s'est montré en ce genre supérieur à tous ses rivaux ; les incroyables aberrations auxquelles il s'est livré afin d'établir que les descendants d'Esaù sont venus peupler l'Europe et qu'ils ont donné leurs noms à une foule de localités, ont été signalées dans les Mélanges extraits (Tune petite bibliothèque par Charles Nodier (1828, p. 323). Les villages de l'Anjou, patrie de l'auteur, lui offrent l'occasion des tours de force les plus étranges. Consulter d'ailleurs une notice de M. J.-M. Albert, insérée dans un journal mort comme tant d'autres, après une courte existence) : le Moniteur delà librairie, n° du 10 janvier 1844.
Le Loyer, né en 1571, mort en 1034 à Angers où il était conseiller au présidial, a laissé un grand nombre d'ouvrages, entre autres : Quatre livres des
spectres, ou apparitions et visions d'esprits, anges et démons se monstrant sensibles aux hommes ; ce volume rempli d'absurdités eut le succès qui ne pouvait lui manquer à cette époque; publié à Angers en 1586, il fut réimprimé à Paris en 1605 et en 1608. Poète et auteur dramatique, il écrivit deux comédies singulières , risquées selon l'usage du théâtre d'alors, mais gaies et spirituelles : le Muet et la Néphelococugie . Voir au sujet de ces pièces : Y Histoire du théâtre français par les frères Parfaict, t. III. p. 375; la Bibliothèque du Théâtre français, 1753, t. I, p. 209-213, le Catalogue Soleinne, n° 793 et 794. Une notice de M. Paire sur Le Lover se trouve dans les Annales de la Société d agriculture, sciences et arts d'Angers, 1841.
EMERCIER (Népomucène).
Personne ne songera à ranger au rang des fous littéraires, l'auteur dramatique auquel on doit la tragédie ô.'Agamemnon et la comédie de Pinto, mais il est impossible de ne pas le placer parmi les écrivains excentriques lorsqu'on a lu la Comédie épique, qu'il intitule laPanhypocrisiade, ou le Spectacle infernal du X VIe siècle. Il s'agit d'une représentation donnée dans l'enfer devant un public de diables et de diablesses dont les cheveux sont tressés de « jolis petits serpents verts. » Entre autres dialogues dont se compose cette comédie, il y en a entre Clément Marot, une fourmi, une ombre, la Mort et le con-
nétablede Bourbon. Au chant XI du poème, conversation entre un phoque et la Méditerranée qui s'ont ['('tient ensuite avec La Métempsycose. Puis arrivent une nymphe chantée par Fracastor et dont le nom grec lui-même ne se prononce pas en bonne compagnie, Soliman, Pythagore, Saint-Bernard, Tibère, le muphti, e1 bien d'autres personnages étonnés de se trouve]' ensemble ; les diables sifflent la pièce; parmi eux se trouvent de grands farfadets,
« Qui sont de queue à bec transformés eu sifflets. »
Nodier, (Mélanges de littérature et de critique, 1820, t. I, p. 256-267) a consacré un article fort piquant à cette étrange production où le ridicule se mêle à l'inspiration du talent. « Tel hémistiche, tel « vers, telle période ne serait pas dédaigné par les « grands maîtres. C'est quelquefois Rabelais, Aris- « tophane, Lucien, Milton, à travers le fatras indi- « geste d'un parodiste de Chapelain. »
iE .MOINE (Eugène).
Auteur de pièces de théâtre sous le pseudonyme de Moreau.
Une note manuscrite de Quérard l'indique comme étant l'auteur d'un volume petit in 8n de 308 pages [Paris, 1849). La parole de Dieu ; Régénération de l'humanité par la révélation de la réorganisation sociale.
L'auteur s'adresse d'abord « aux yeux qui vou-
dront voir, aux oreilles qui voudront entendre »; il annonce qu'il a trouvé cet écrit dans une maisonnette où était mort un vieux prêtre, qui avait écrit : « Mes supérieurs m'ont défendu de publier l'in- « spiration que l'Eternel avait envoyée à mes « prières. »
Il ajoute : « Me faire l'éditeur de ce livre dû à
- l'inspiration divine ; c'est me dire le premier « apôtre de ses doctrines ; j'en accepte la noble et
- sainte mission.
« Oui, nous sommes rénovateurs.
- Et notre administration sociale,
- Nous la fonderons avec vous et sans vous, « De votre gré ou malgré vous.
« Car ce que nous voulons,
« Dieu le veut. »
La Parole de Dieu se divise en trois parties subdivisées elles-mêmes en chapitres; elle est écrite en petits versets (dans le genre des Paroles dun croyant) ; elle renferme un plan complet d'organisation politique, économique, sociale destinée à faire le bonheur des peuples qu'inspirera la parole divine. Les intentions de l'auteur étaient bonnes, mais les rêveries qu'enfantait son cerveau surexcité n'offrent aucun sens pratique.
EROUX (Pierre), né en 1798, mort en 1857. Ce visionnaire eut du moins le bon sens de se lancer, au moment opportun, dans le parti révolu-
tionnaireel socialiste; il y gagna d'être nommé par
le peuple de Paris député ;i l'Assemblée constituante où il olitiut le succès peu enviable d'amuser un instant ses collègues par l'excentricité de ses discours, qui devenaient bien vite un amas d'insanités ennuyeuses. Il a écrit de gros et nombreux volumes qui sont tombés dans le néant. Il suffit d'y jeter un coup-d'œil pour constater un complet dérangement d'esprit. Pierre Leroux amalgama pêle-mêle les idées de Pythagore et de Boudha en les arrosant de Saint Simonisme.
« Il croit à la métempsycose, à la cabale, à la « puisssanee des nombres; il croit au cône, au
- cylindre, à la sphère. Il veut couvrir la France " de peupliers, symbole d'un gouvernement sans « défauts; c'est surtout au nombre trois (triade)
- qu'il attache les plus mystérieuses propriétés. « Suivant lui, l'homme a déjà vécu et vivra encore « sur la terre ; il y recommencera dix, vingt, trente " existences, sous des noms et dans des pays divers, " tantôt insecte, comme la chrysalide, tantôt bril- « lant comme le papillon. * (L. Reybaud).
Les nébuleuses idées de Pierre Leroux sont exprimées dans un style tourmenté et incompréhensible; la définition qu'il donne de l'amour est un modèle du genre : « L'amour est l'idéalité de la réalité d'une
- partie de la totalité de l'Etre infini, réuni à l'ob- « jectivité du moi et du non moi, car le moi et le « non moi, c'est lui. »
Un des vifs chagrins de Pierre Leroux fut le
refus que fit l'Assemblée constituante d'inscrire le principe de le triade dans le préambule d'une de ces constitutions éphémères dont on se plait à gratifier la France. Sa théorie du circulus qu'il exposait très sérieusement était une absurdité du plus mauvais goût. — Consulter entre autres écrits sur ce personnage : sa Biographie par Eug. de Mirecourt ; Reybaud, Etudes sur les Réformateurs et Socialistes; la Nouvelle Biographie générale ,t. XXX,
Sainte-Beuve s'exprime ainsi au sujet de ce monomane dans ses Chroniques parisiennes.
" Je l'ai connu, mais ensuite je l'ai perdu de vue. « Il est devenu dieu et je suis devenu bibliothécaire,
- nous avons prisdes carrières différentes. En 1830, « nous finies Le Globe ensemble; je lui servais de
- plume, car alors la sienne n'était guère plus
- taillée qu'un sabot. Quand il se fit saint-simonien, * c'est moi qui lui rédigeais sa profession de foi; il
- ne fit qu 'y mettre un ou deux pâtés en y touchant. •• Il m'a fait comprendre qu'il y a chez les systéma- « tiques convaincus une heure mauvaise où le char-
- latanisme se glisse aisément et où l'indifférence
- sur le choix des moyens commence. «
Lettre mystique, responce, réplique. Mars joue son rolle en la première, en la seconde la Bande et le chœur de ÏÉtat; la 2de figure l'amour de Polyphème, cabale mystérieuse, révélée par songe, envoyée à Jean Boucher. Leyden, 1002, pet. c, 3fts.
49 et 164 p. Une autre édition, 1603, 8ftset 165p., d'une toute autre impression; la seule différence du texte, c'est que L'avis au lecteur n'est pas dans la première édition.
C'est un tissu d'excentricités qui n'émanent pas d'une tète bien saine et qu'on peut mettre à côté des écrits de ce Démons dont nous avons déjà parlé. Le fond du livre, c'est une vive attaque contre les jésuites, le duc de Savoie, le roi d'Espagne, accusés de conspirer contre Henri IV. Consulter : un article de M. P. de Malden dans le Bulletin du Bibliophile, 1849, p. 187. C'est par ironie qu'un envoi est fait à Jean Boucher, curé de Saint-Benoit, l'un des plus exaltés des Ligueurs. L'avis au lecteur nous apprend que « la lettre mystique », est la figure de - la chute d'un conspirateur, » (c'est-à-dire du maréchal de Biron .
LOYD (Thomas.
Cet aliéné est signalé par M. Delepierre, comme « le mélange le plus hétérogène de malice, d'orgueil, « de talents, de mensonge, de vils défauts et de « grandes qualités ». Il se regardait comme le poète le plus sublime qui ait jamais existé. Il écrivit beaucoup de vers, mais il est douteux qu'ils aient été conservés, à l'exception d'un fragment composé vers 1817, que transcrit M. Delepierre : « When angry noise, disgust, and uproar recède...» et dans lequel on rencontre un véritable sentiment de mélancolie...
UÏTERBACH.
Auteur de deux ou trois ouvrages sur la beauté humaine et l'hygiène, mort il y a une douzaine d'années. {Intermédiaire. 1864, t. I, 56). De son vrai nom il s'appelait Fourage, et il exerçait la profession de tailleur. « Ce n'était d'ailleurs qu'un mania- " que, et il ne déraisonnait guère que lorsqu'il par- « lait de ses études, mais, dans ce cas il devenait « magnifique à étudier lui-même. » Ses élucubrations ont été éditées par le libraire Lacroix, vers 1850. Nous citerons de lui, d'après Y Intermédiaire : Révolution dans la marche, ou cinq cents moyens naturels et infaillibles 'pour trouver le confortable dans les différentes manières de marcher : A Paris, chez l'auteur, rue des Vieux-Augustins, 1851,in-8°. Le titre est d'ailleurs beaucoup plus étendu, mais il ne mérite peut-être pas d'être transcrit en entier.
OGOTHETUS (Isidorus-Charisius), phylisopolitanus.
Pseudonyme adopté par un illuminé dont nous ignorons le véritable nom ; nous savons qu'il était français; on a de lui un ouvrage en 2 vol. in-8°, imprimé à Berlebourg en 1738 : Nouveaux discours spirituels sur diverses matières de la vie intérieure , ou Témoignage d'un enfant de la vérité et droiture des voies de l'esprit pour l'encouragement et l'avertissement des autres enfants ses compagnons; le
catalogue Ou varoff, n" 102 ei suiv. indique quatre ouvrages en allemand, publiés de 1734 à 1741; i! y csi question de l'Apocalypse, de l'Antéchrist ; l'un d'eux avec un titre latin : Theologia christiana in numeris, renferme un grand nombre de planches mystico-mathématiques.
EPOUKINE (Jean).
Illuminé russe qui fit imprimer en Russie (sans nom de ville) 1790, un volume io-12 de 120 pages auquel il ne mit pas son nom : Les fruits de la , ou les opuscules spirituels des deux F. M. du vrai système dont Je bat est le même que celui des vrais chrétiens; on trouve p. 67-90 : Révélations faites au Fr. C...
L'auteur était sénateur, et le prince Nicolas Repnine prit part à cet écrit.
Malgré son titre, l'ouvrage ne concerne pas la franc-maçonnerie ; les idées Saint-Martinistes y dominent. (Cat. Ouvaroff, 155). *
Ce catalogue indique aussi du même auteur : Quelques traits de l'église intérieure et de tunique chemin qui mène à la vérité, traduit du russe par l'auteur lui-même) Saint-Pétersbourg , 1799, in-12, l'ouvrage russe 1798, réimpr. en 1801) reparut à Moscou, 1810, in-8°, 151 pages. Lopoukine fit imprimer à Paris vers 1800, un petit volume : La présence de Dieu (sans lieu ni date), in-24, 144 p.; autre édition, Moscou, 1799, in-18, 166 pages. Il était un des chefs de l'école martiniste en Russie.
IENARD (J.-P.\ « pratiquant l'art de guérir » à Gonesse.
M. Chéreau {Parnasse médical français, p. 338), nous fournit quelques détails sur un volume « étonnant » intitulé Y Original enfant de Gonesse, 1841, in-8°, 127 pages, « œuvre d'un malheureux « vieillard troublé dans ses facultés intellectuelles « et sensitives. Qu'on en juge par ces quelques vers " empruntés à la préface : «
Le ciel qui me fit naître auprès de l'indigence M'accorde pour rimer un peu d'intelligence. Ce modeste présent excite le courroux De quantité de sots de mon savoir jaloux ; Malgré leurs vains efforts et leur secrète envie Dans la paix avec moi je sais passer la vie ; Toujours dans mon pays je suis persécuté. Le mal que l'on me fait, je ne l'ai mérité.
ADROLLE (Antoine)
Né en 1792 ; se livra d'abord à l'étude M࣠de la jurisprudence , se jeta dans le journalisme, écrivit de nombreux volumes parfaitement oubliés et professa les opinions du royalisme le plus exalté. Il se livra ensuite à des idées mystiques qui, sVxaltant de plus en plus, aboutirent à une clémence complète. Il se lit le champion de Pierre-Michel Yintras, chef de l'œuvre de la Miséricorde, se qualifiant lui-même de « prophète eucharistique, sacré directement par Jésus-Christ. «
Après avoir écrit clans le Conservateur et dans la Qazette de France, après avoir publié les Crimes des faux catholiques. 1832, la Dégénérescence de la France. 1839, il enfanta une multitude de livres et de brochures inspirés par une insanité complète.
La liste de ces productions serait très longue et peu intéressante; le néant a fait sa proie de la Constitution divine 1851; du voile levé, etc.
Disons doux mots de l'Evangile.
L Évangile du règne futur [une feuille de t 'Esprit-Saint). Solution du monde. Édition revue sur celle adressée à l'Empereur, Paris, 1853, in-8°, 36 pages.
Amas d'extravagances. Il suffira d'en transcrire la fin.
•• Dieu veut et il fait comme un ciel sur la Terre dont la Grande Apostasie a fait comme un Enfer, il fait un Eden universel là où il n'y en eut originairement qu'un limité ; il fait aux Enfants d'Israël dont les Chrétiens sont les Benjamins, la Terre qui fut promise aux Pères d'Israël.
M. Erdan n'a pas oublié Madrolle dans sa France mystique (t. I, p. 200-287), il signale le style de cet écrivain « comme consistant essentiellement, P'dans « la pratique exorbitante de l'alinéa; 2" dans l'abus « inimaginable des notes au bas des pages ; 3° dans « l'emploi fabuleux des parenthèses. A chaque page « on trouve trois ou quatre constructions du genre « de celle-ci : « Le nouvel Evangile (il nous faut du « nouveau et de plus en plus, surtout en Evangile),
«* encore mieux que le vieux » Il intercale des
« parenthèses dans des parenthèses. »
Laissons de côté les injures que Madrolle prodigue à Chateaubriand et à d'autres personnages célèbres ; il qualifie le choléra de divin ; il veut absolument que nous soyons dans le dernier siècle de la période de 6,000 ans fixée pour la durée de notre planète. Il a surtout la manie de se croire prophète; voici quelques-uns des titres qu'il donne à ses rêveries :
L'Ahnanach de Dieu, seul prophétique et perpétuel. (Cet almanach vécut cinq ans).
La Feuille prophétique, divine réclame pour un fidèle dans une suite sans exemple d'incroyables prophéties réalisées.
La Législation générale de la Providence, ou Dieu devant le siècle; là tout est prédit à priori et particulièrement tous les grands événements postérieurs à la prédication.
Empruntons encore quelques lignes à M. Erdan :
« Madrolle est une olla potricla intellectuelle, « composée des éléments les plus divers ; il marie « ensemble les idées les plus disparates ; il fait une « alliance monstrueuse de la foi la plus exaltée et « du rationalisme. C'est de l'illogisme dans des pro- « portionstout à fait inaccoutumées. Au milieu d'une » exentricité qui dépasse les bornes, la moindre de « ses brochures contient la preuve d'une lecture « fabuleuse, des témoignages d'une érudition vrai- « ment extraordinaire. Il a particulièrement l'éru-
« dition anecdotique, celle qui consiste dans le sou-
- wnir des détails personnels et des faits intimes, •• des mots célèbres, des textes et des citations. «• Ennemi déclaré du clergé, do l'Église, surtout des «• Jésuites, il réclame l'abolition de la peine de « mort, l'abolition des dots (« source visible des
- mauvais ménages ») ; il rédige une constitution
- qu'il appelle modestement <• la plus parfaite de la « plus sociale des républiques. »
Madrolle s'était déclaré l'un des partisans du soidisant prophète Vintras (voir ce nom1, en faveur duquel il a publié entre autres écrits : le Mandement du ciel en présence des mandements de la terre et les Merveilles de Vœuvre de la Miséricorde (anonyme), s. d. (1851). Voir Quérard, Supercheries littéraires, t. III, 16G.
Mar/ia divina (en allemand), ou Instruction salutaire extraite de l'étude cabalistique des mystères des anciens Israélites, par L. v. H., ami de la secrète sagesse divine. Francfort, 1745, in-8°.
Œuvre d'un illuminé, adepte de J. Boehme.
lAGNON de Tournay; écrivain dont la tête n'était pas bien saine. Voir dans le Bidletin du Bibliophile, 1872, une notice de M. Joseph Boulmier, intitulée : « Un excentrique du XVIIe siècle. »
Magnétophile (le) .
Journal un peu excentrique qui paraissait à inter-
valles indéterminés en 1839-1840 et qui, nous le croyons, a depuis longtemps interrompu sa publication. Dans un numéro que nous avons sous les yeux, nous lisons que le Pape encourage le magnétisme, lequel « sous l'égide des Prêtres et des Rois, « fait le tour du monde sur le char du Progrès et « les ailes de la Vérité. » Nous trouvons aussi cette fière déclaration de l'un des rédacteurs : « Voici « venir les jugements de l'avenir. Nous aurons « l'honneur d'avoir le premier placé notre tête, au « pilori social, sur le billot de la vérité ; que chacun « nous imite et s'exécute, car la science est impar-
- tiale et infaillible. »
lYlARANZAK.
Ce personnage n'a pas écrit, mais il a donné lieu à un Maranzakiniana, livret publié en 1732, à fort petit nombre et dans lequel on a recueilli les balourdises, les coqs-à-1'àne que débitait ce valet d'écurie au service du duc de Bourbon et qui jouait un rôle analogue à celui des anciens fous de cour. Il y a fort peu d'esprit, mais cetawa, singularité biblio-
(1) Disons en passant un mot d'un autre ana du même genre : la Goualana, Cena (Caen, vers 1812), réimpr. à Valenciennes eu 1826 à 26 exempl. seulement. Il s'agit, d'après M. Epiphane Sidredoux (lisez Prosper Blaiicheinain), d'un aubergiste à Caen » qui avait la manie « d'entailler ses phrases de mots pédautesques qu'il défigurait comme à
- plaisir. Ainsi il se promenait pari à part devant la préface de sa
- maison, où il avait fait placer deux estalues en peronelle [parallèle,.- Voir le Dictionnaire des Anonymes de Barbier, 3° édit., t. II, p. 548; le Manuel du bibliographe normand, par Ed. Erère, t. II, p. 36; VInter médiaire, 25 mai 1879, t. XII, p. 296.
graphique, a eu l'avantage d'être l'objet d'une notice piquante de Ch. Nodier {Mélanges extraits d\me petite bibliothèque, p. 40). Une réimpression de ce livret a vu le jour à Paris en 1875 (librairie des Bibliophiles. 150 exemplaires dont 50 sur papier Whatman, 80 pages); elle est accompagnée d'une notice signée Philomneste junior. [G. Brunet).
Donnons quelques échantillons, fort courts, des mots de Maranzak :
« On lui fait compliment sur un bel habit qu'il a: - Assez, dit-il, je suis beau comme le poisson dans " l'eau.
- Il boit des huîtres à la santé de la compagnie. »
« J'ai passé mon temps à jouer aux échaudés (aux échecs).
« J'ai les bras au bout des doigts. »
ItlARION (Èlie).
Un des prophètes des Cévennes, connu- sous le nom de Jean-Albert, dit VÉclaireur; il annonçait qu'il avait plu à Dieu de lui délier la langue et de lui mettre la parole dans la bouche, ce qui signifie qu'il se mit à prophétiser. Après la pacification survenue en 1708, il passa en Angleterre avec deux de ses compagnons, Cavalier et Durand Fage; ils y réunirent un grand nombre de partisans qu'ils partagèrent en douze tribus, à l'instar du peuple d'Israël. Ayant eu l'imprudence de déclamer contre le gouvernement et l'épiscopat, ils furent invités à
quitter le pays; ils passèrent en Allemagne et finirent par tomber dans l'oubli le plus complet. Ses divers ouvrages publiés sous le nom de J. Alliut, de 1707 à 1714 [Éclair de lumière, Cri d'alarme, Plan de la justice de Dieu, Avertissements prophétiques, etc.), sont devenus fort rares ; on distingue, parmi ces rêveries, un volume intitulé : la Clef des prophéties de M. Marion et des autres camisards ; il vit le jour à Londres en 1707 ; consulter le Théâtre sao^é des Cévennes. Londres, 1707, réimp. à Paris en 1847 sous ce titre : les Prophètes protestants; ï Histoire des Camisards par Court; ï Histoire de la folie humaine, par Adelung, t. III, p. 55-91: l'Histoire du merveilleux, par M. Figuier, etc. Un autre camisard, Durand Fage, à l'égard duquel on peut consulter Adelung (p. 93-110), est l'objet de quelques détails dans le Théâtre sacré, p. 107 et suiv. Voir H. Blanc, De l'inspiration chez les Camisards, Paris, 1858, in- 12.
IASON ,John).
Visionnaire, mort en 1G95. M. Delepierre le signale comme un des exemples les plus frappants de la folie religieuse; il était persuadé et il avait persuadé à de nombreux adeptes qu'il avait mission de proclamer le règne visible du Christ ; il parlait raisonnablement sur tout, excepté sur ce qui avait rapport à ses idées religieuses, aux visites qu'il recevait du Sauveur.
IEAD.
The I rision of the icheels seen by the prophet Ezeehiel opened and applied. London, 1G89, in-4°.
Cet illuminé laissant de côté l'Apocalypse, s'attaqua à une très obscure prophétie d'Ezéchiel; nous craignons qu'il n'ait pas réussi à en donner une explication satisfaisante.
lELISCH (Etienne) de Prague [Pragensis).
Illuminé qui, en 1654, fit imprimer en Hollande un recueil des Visiones nocturnœ qu'il avait eues de 1055 à 1658. C'est un recueil de prophéties s'appliquant aux destinées de la Pologne, de la Suède, de la France et d'autres Etats de l'Europe.
Memoirs of mad poets, mad philosophers, mad merchants, mad cla"gymen, by the members of the Crichton Institution.
Cette institution est un hospice d:aliénés; M. Delepierre signale quatre notices faisant partie de ces Memoirs sur des fous, et il indique aussi un petit journal mensuel : The neio Moon « où sont rassem- « blées les compositions en vers et en prose des
- habitants de V Institution qui, dans leurs inter-
- valles lucides, se sentent enclins à ce genre de « distraction; la partie matérielle de l'impression, « le tirage, la correction des épreuves, tout s'exé- « cute par les patients. »
lïIlCALOZ.
Fils d'un charpentier de Lyon. Il a composé un ouvrage sur l'attaque et la défense des places fortes, publié par l'éditeur Corréard, mais resté inachevé. Ce malheureux, doué d'une énergie de volonté surhumaine, faisait des tours de force en économie, car ses ressources étaient des plus minimes, et il ne travaillait uniquement qu'à son ouvrage sur les fortifications. Il est mort complètement fou, vers 1845 (Intermédiaire, t. I, p. 138.)
ICHELET.
Quérard n'hésitait pas à ranger parmi les écrivains dont les facultés intellectuelles étaient dérangées, cet auteur auquel l'esprit de parti a procuré une célébrité qui menace de n'être pas durable.
Il était atteint d'érotomanie, et, comme d'habitude, la vieillesse ne faisait qu'aggraver le mal. Son livre De l 'Amour, dont on s'est si justement moqué et qui réclame l'indispensable accompagnement de planches coloriées ; ses derniers ouvrages prétendus historiques, où il n'aperçoit dans les annales des diverses nations que libertinage à toute outrance, incestes, débauches qui révoltent la nature; ses dithyrambes, véritables amphigouris apocalyptiques en l'honneur des idées révolutionnaires, tout cela ne laisse pas, aux yeux du plus novice des aliénistes, l'ombre d'un doute sur l'état du cerveau malade,
d'où sortirent ces inanités. Il est d'ailleurs tout simple qu'elles se soient trouvées du goût d'un publie nombreux.
Proudhon l'a caractérisé en quelques traits vigoureux : - Petit vieillard sautillant, vaniteux et Lubrique, composé d'un hanneton, d'un paon et d'un bouc, n Impossible de tracer d'une manière plus nette un portrait plus fidèle.
Sainte-Beuve, de son côté, n'a pas manqué de se moquer de ce qu'il appelait des folies.
Observons d'ailleurs que les derniers ouvrages imprimés de Michelet sont loin de donner une idée exacte de la surexcitation de son cerveau. Des volumes publiés à Bruxelles renferment des passages qu'il a été jugé à propos de ne pas reproduire en France, et l'on assure qu'il a fallu faire de fortes suppressions et modifications dans les manuscrits.
Il existe d'assez nombreux exemples d'aliénés ayant, dans leurs accès de folie, écrit des livres erotiques, mais, à très peu d'exceptions, ces productions délirantes n'ont pas été livrées à l'impression ; une destruction salutaire en a fait justice.
M. Poulet-Malassis, dans la préface d'une réimpression (1862 d'un livre attribué au marquis d'Argens, s'exprime ainsi :
« Les lecteurs trouveront profit à rapprocher le •• roman érotico-philosophique du xvmp siècle du - récit historique de Michelet dans la Sorcière, » édition de Bruxelles s'il est possible ; elle est plus « complète que celle de Paris, quoique elle-même
« expurgée notamment d'un passage important que « nous pouvons restituer en faveur des curieux. » De la page 322 à 324, le passage relatif au père Girard et à la Cadière a été fort atténué et pour cause. M. P. M. rétablit la rédaction primitive où Michelet donnait carrière à son imagination en délire. Voir aussi V Intermédiaire, XI, 276.
IfllCKIEvVICZ (Adam).
Nous aurons peu de chose à dire à l'égard de ce célèbre polonais, qui vécut longtemps en France et qui, né en 1798, est mort à Constantinople en 1855. Les Pèlerins polonais, les Dziadi ne sont pas de notre domaine. Livré à une exaltation toujours croissante, ajoutant une foi aveugle aux insanités de quelques illuminés, il adopta les doctrines du Messianisme, c'est-à-dire de la domination universelle des races Slaves, conduites par un nouvel envoyé de Dieu. Il est triste de voir dans quelles extravagances tombe un homme de talent dont la raison s'éteint. Consulter entre autres écrits : la Galerie des Contemporains illustres, (par M. de Loménie, tom. III) ; la Nouvelle Biographie générale (Didot) tom. XXV, 437-412.
IILMAN.
Avocat américain à l'égard duquel M. Delepierre donne d'intéressants détails ; il perdit la raison à la
suite d'une catastrophe effroyable; le jour fixé pour son mariag-e, sa fiancée fut frappée de la foudre au moment où elle se parait pour se rendre à l'autel. Il resta aliéné jusqu'à sa mort. Dans des moments lucides, il écrivait des morceaux remarquables ; M. D. en cite de longs passages.
Miroir de la vérité, ou signalement de V Antéchrist Béhemoth et Léviathan, Société du dragon avec le lion de Saint -Marc. Au Puy, s. d., in-4n.
Ouvrage porté sur un catalogue du libraire P. Jannet, en 1851; nous l'avons inutilement cherché ; le titre suffit pour donner une idée de ce qu'il expose.
OLLARD.
Perruquier à Courbevoie, près Paris. Il s'asphyxia en août 1834, désespéré de ce que l'Académie n'introduisait pas dans la langue française certaines améliorations qu'il lui avait soumises et qu'il jugeait importantes et aussi de ce qu'elle comptait parmi ses membres Casimir Delavigne qui, selon lui, ne savait pas le français. Trois pièces de vers trouvées sur sa table, sont insérées dans Y Intermédiaire, t. I, p. 116.
ONTFRABEUF (Louis de), né en 1724.
Après dix-huit ans de services militaires, il se
retira à la campagne, où possédé du désir de devenir célèbre, il se mit à écrire sur toutes sortes de sujets sans avoir fait aucune étude, et il débita les extravagances les plus complètes; il se donnait le titre de « Représentant du roi des Juifs en tant qu'homme, » et il ajoutait que Dieu parlait par sa bouche. De 1783 à 1789, il fit imprimer à Bouillon, dix ou onze ouvrages auxquels personne ne fit attention. Les lois du sage par celui qui n'adore que lui; l'Homme réintégré dans le bon esprit, etc. Voir la Biographie ardennaise, par l' abbé Bouilliot, t. II, p. 223-226.
IflONFRAY.
Ce pauvre aliéné publia avec sa signature, à Lyon, en avril 1833, un opuscule intitulé : Prophéties, ordonnances, proclamations et discours du roi de Vintelligence humaine. Il suivait de son mieux l'exemple des disciples de Saint-Simon et de Fourier qui proclamaient alors leurs aspirations insensées ; il mit encore au jour :
« Monfray à ceux qui veulent l'entendre, ou
- .Mémoires d'un ex-prisonnier d'un hospice d'aliénés * où il a été détenu deux mois sous la prévention
- d'outrages à la raison publique. » Lyon, 1844, in-8°.
Cet opuscule fut suivi d'un autre auquel Monfray ne mit pas son nom : « Une réhabilitation, ou justi-
- fication d'un prisonnier libéré de l'hospice de
l'Antiquaille, faussement accusé d'outrage à la raison publique. - Lyon, 1844, in-8°.