IV
IORIN (François).
Capucin qui publia à Paris en 1679, un recueil in- 1' de 24 tableaux oblongs intitulé: Idéal i s ambra sapientiœ generalis ; on peut affirmer qu'il y avait quelque dérangement dans le cerveau de cette œuvre catholioo-christiana el christiano Kabbalastica.
IORIN (Simon), visionnaire et révélateur qui, moins heureux que ceux du XIXe siècle, paya d'un cruel supplice l'audace de ses insanités.
C'était un pauvre diable qui avait commencé par être écrivain public et qui avait fini par l'état de tavernier, avant de s'aviser qu'il pouvait bien être Dieu le fils. Une fois qu'il eut acquis cette conviction, il chercha naïvement à la communiquer aux auties, mais la cour et le clergé refusèrent de le prendre au mot, et le Châtelet, qui n'entendait pas raillerie sur ces matières, l'envoya brûler en Grève avec son livre pendant qu'on fouettait autour du bûcher quelques-unes des femmes libres du temps. Cette malheureuse victime de l'intolérance religieuse, une des dernières qu'elle ait immolées, était née dans un mauvais siècle. Aujourd'hui, Simon Morin, plus modéré dans ses prétentions, se serait contenté du pontificat suprême. Il aurait fondé une
nouvelle église catholique en face de l'ancienne, et on n'en parlerait plus. (Nodier).
Morin fit imprimer à Paris en 1647, ses Pensées accompagnées de cantiques et de quatrains ; in-8°, 175 pages; on y a joint quelques documents relatifs à son procès; M. Du Roure a consacré à ce volume une notice dans YAnalecta Biblion, t. II, p. 233.
Le bûcher sur lequel périt Morin est le dernier qui ait été allumé en France pour opinions religieuses. Le roi enleva au Parlement la connaissance des affaires de ce genre ; il la donna à des commissions qui n'infligèrent jamais la peine de mort en pareil cas.
Loret, dans sa Muze historique (1), ne pouvait manquer de parler de Morin.
« Un imposteur, un téméraire « Un malheureux visionnaire...
- Mercredi, fut brûlé tout vif « En la Grève, place publique,...
•• Abjura son apostasie « Et souffrit au dernier moment « Son supplice assez constamment.
Morin avait fait imprimer divers écrits entre
1 Paris. 1655-1666, 3 tom. in loi. Cette gazette rimée qui contient des i enseignements curieux, est fort recherchée depuis que l'attention publique s'est portée sur la première moitié du règne de Louis XIV. Le Manuel Au Libraire la décrit, et en signale une adjudication à 1055 lr.; en 1870. à la vente de M. le baron J. P*", un exemplaire a été porté jusqu'à 4100 fr., c'était, il est vrai, celui de M"" de Pompadour.
M. V. Luzarche a décrit, dans le Bulletin du Bibliophile, 1S69, p. 309, un manuscrit des Lellres en vers de Loret.
Une nouvelle édition, devant former trois volumes, gr. in-8°, a été entreprise par le libraire Daffis.en 1871.
autres le Témoignage du second avènement du fils de l'homme ; et il eut la hardiesse de la présenter au roi qui traversait en carrosse une des rues de Parist Michelet a dit de Morin : « C'était un homme du « moyen-âge égaré dans le 17e siècle ; ses Pensées « contiennent beaucoup de choses originales et élo- - quentes ; on y trouve entr'autres ce beau vers :
" Tu sais que l'amour change en lui ce qu'il tout aime. »
(Voir l'article que lui a consacré Bayle, la Biographie Universelle, tom. XXX et la Nouvelle Biographie générale, t. XXXVI, 594 ; Y Essai de M. Delepierre, p. 37, le Manuel du Libraire, 5e édit., t. IV, 1905, et surtout une importante publication, les Archives de la Bastille, publiées par M. F. Ravaisson, tom. III, pp. 227-289.
Ajoutons que de longs détails au sujet du procès fait à Morin se trouvent dans les Mémoires de d'Artigny, t. III, pp. 249-313.
Vie et révélations de la Sœur de la ^> Nativité (Jeanne Le Royer). Paris, 1817, 3 vol. in-12; 1819, 4 vol.
Cette religieuse ursuline, née en 1732, près de Fougères et morte dans cette ville le 15 août 1798, entra d'abord au couvent comme domestique; elle était complètement illettrée; elle crut avoir des
visions et des révélations ; un ecclésiastique crédule et peu éclairé, l'abbé Genest, écrivit sous sa dictée ce qu'elle croyait, de bonne foi sans doute, avoir vu ou entendu. Il y avait là un de ces cas pathologiques et psychologiques dont la science a recueilli bien des exemples. Genest garda son manuscrit jusqu'à sa mort survenue en 1817, sans avoir l'idée de le livrer à l'impression; ses héritiers le vendirent à un éditeur qui devina là une spéculation assez lucrative et qui ne se trompa point. Les destinées futures de l'Eglise, la fin du monde occupent une large part dans ces révélations, où parmi beaucoup de rêveries, il se rencontre des passages qui ne manquent pas d'élévation. Le contenu des diverses éditions est indiqué dans la Biographie universelle (art. Nativité).
Jj Ami de la religion et du roi t. XXIII et XXIV) donne une analyse détaillée de cette fastidieuse réunion de pieuses et édifiantes rêveries en prenant la peine assez superflue de déclarer que ce qu'annonçait la Sœur de la Nativité n'était nullement article de foi. Une défense anonyme de l'authenticité des assertions de l'Ursuline parut en 1820 sous le litre de : Réponse de mon oncle sur la censure des révélations de la Sœur de la Nativité. In-8°, 16 pages, sans indication de lieu ni d'année. — Voir aussi: la Chronique religieuse, t. III, p. 146.
N.VUNDORFF (Charles-Guillaume de).