‹ Les Foyers du peupleChapitre 17 sur 72 · A M. CABARRUS · texte numérisé non relu

A M. CABARRUS

Au printemps, les lis des champs filent Leur tunique aux cbastes couleurs; Les gouttes que les nuits distillent Le matin se changent en fleurs.

La terre est un faisceau de tiges Dont l'odeur donne des vertiges Qui font délirer tous les sens ; Les brises folles^ les mains pleines, Portent à Dieu, dans leurs haleines, Tout ce que ce globe a d'encens.

i28 LES FOYERS DU PEUPLE

En été, les feuillages sombres,

Où flottent les chants des oiseaux,

Jettent le voile de leurs ombres

Entre le soleil et les eaux ;

Des sillons les vagues fécondes

Font un océan de leurs ondes

Où s'entre-choquent les épis ;

Le chaume, en or changeant ses herbes,

Fait un oreiller de ses gerbes

Sous les moissonneurs assoupis.

Ainsi qu'une hôtesse attentive Après le pain donne le miel, L'automne à l'homme, son convive,

Sert tour à tour les fruits du ciel.

Le raisin pend, la figue pleure, La banane épaissit son beurre, La cerise luit sous l'émail, La pêche de duvet se pluche.

Et la grenade, verte ruche, Ouvre ses rayons de corail.

L'hiver, du lait des neiges neuves Couvrant les nuageux sommets.

Gonfle ces mamelles des fleuves D'un suc qui ne tarit jamais.

Le bois mort, ce fruit de décembre, Tombe du chêne que démembre La main qui le fait verdoyer, Et, couvé dans le creux de Tâtre,

Il rallume au souffle du pâtre Le feu, ce soleil du foyer.

0 Providence ! ô vaste aumône Dont tout être est le mendiant ; Vœux et grâces autour de ton trône Montent sans cesse en suppliant.

Quelles fleurs, quels parfums répandre?.

Hélas ! nous n'avons à te rendre Rien que les dons que tu nous fais.

Reçois de toute créature Ce Te Deum de la nature, Ses misères et tes bienfaits.

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