AVANT-PROPOS
Les fractures diaphysaires du fémur par armes à feu ont toujours élé considérées par les chirurgiens d'armée comme une des causes les plus inportantes de léthalité.
Pendant la campagne 1914-1918, on pouvait espérer que les perfectionnements techniques successifs remédieraient à -ses complications les plus habituelles : il s’agit en somme
d’une lésion d’un segment de membre ; la mutilation même n’en semble pas incompatible avec l'existence, comme c’est le cas pour les grands délabrements cavitaires du thorax, de labdomen, du crâne.
Pourtant, la fracture compliquée de cuisse a toujours comporté, à juste titre, un pronostic immédiat des plus ré-
servés, non seulement au point de vue local, mais surtout 31 point de vue général, Pendant les premières heures qui suivent la blessure, le fracturé de cuisse est en effet sous la menace de complications, sans cesse notées dans les observalions, et fréquemment mortelles : hémorragie, shock, infection rapide. ;
Pendant les dernières offensives sur l'Oise, et l'Aisne, une ambulance de Gorps d’Armée, recevant directement tous les blessés des postes d'évacuation, perd par mort immédiate 11 des 48 fracturés de cuisse qui lui parviennent.
A la même époque, du 29 Mai au 12 Juin 1918, sur 90 fracturés de cuisse arrivés à l'A. G. A. 7, 18 succombent au cours des premières 24 heures ; plusieurs arrivent morts dans la voiture même d'évacuation. Et nous ne pouvons que mentionner ici, sansles énumérer, même approximativement, les décès immédiats par fractures de cuisse, ceux qui se produisent sur le champ de bataille lui-même ou dans le premier trajet, le plus pénible et le plus long, de la ligne de feu, au poste d'évacuation.
D'ailleurs, la gravité du pronostic, quo ad vitam, semble
TR
s’atlénuer après les premières 48 heures. Dès lors, il s'agira surtout du pronostic local ;exérèse ou conservation, le blessé restant cependant encore exposé à de sévères complications. C'est ainsi que se trouve justifié l’aphorisme de Leriche, dans son exposé de la question aux médecins militaires américains : « la gravité «de ices fractures (de ctisse) croit avec la proximité du front ; à 6 kilomètres des lignes, en 1917, secteur calme, les fractures du fémur donnaient une lélhalité de 66 0/0 ; 15 kilomètres plus loin en arrière, la mortalité tombait à 382 0/0 ; et à 100 kilomètres des lignes, elle était nulle. » En réalité, tous ces pourcentages ont seulement une valeur figurée ; puisqu'il ne s’agit pas des mêmes blessés ; une partie d’ entre eux, les plus gravement atteints,
disparait à chacune des étapes successives de triage et.
de traitement chirurgical : ambulante de Corps d’Armée ; Auto Chirurgicale ou H. O0. E. ; Hôpital d’arrière Fa
En résumé, particulièrement menacé pendant les premières heures, le fracturé de cuisse «est un des blessés tout spécialement désigné aux soins chirurgicaux d'extrême urgence ; d'autre part, le traitement d’une pareille lésion exige un personnel entraîné, et un matériel considérable. Aussi en pratique, la question se transforme de la manière suivante : est-il possible d'amener un centre opératoire important près de la ligne de feu, pour assurer ces secours ? L'expérience a toujours répondu par la négative ; un combat de quelque envergure multiplie les blessés, l'intensité du feu ralentit leur relève, la repousse souvent à la nuit suivante ; les postes d'évacuation suffisent à peine à panser et à appareiller sommairement les premières fournées de blessés ; les ravitaillements de toutes sortes encombrent les routes, ralentissent le trafic des autos sanitaires ; les centres chirurgicaux
s'éloignent de la ligne de feu ot peine d'insécurité cou- Dati vis-à-vis de leurs hospitalisés.
La rapidité du transport, la précocité de bre
par suite, sont compromises au moment même où devrait
en bénéficier un plus grand nombre de blessés.
Peut-on remédier à cette situation ? Peut-on tourner ces difficultés ? Pouvons-nous procurer aux fracturés de cuisse, même dans ces circonstances défavorables, des moyens
d'échapper aux complications si graves des premières heures ?
Nous croyons la chose réalisable. Placé par les circonstances dans la plupart des postes de l’avant : médecin auxilaire d’un Bataillon d'Infanterie, chef d’équipe-dans une Auto Chir. chirurgien divisionnaire- chargé de mission spéciale dans un G. B. D., nous avons assisté et souvent pris part aux tentatives organisées dans cette voie par nos chefs techniques. Une des dernières nous paraît parti- -culièrement concluante : à la III Armée, pendant une période très active, du 29 Mai au 12 Juin 1918, l'Auto, Chir. 7, fonctionnant comme 1” centre de triage et d'opération, recevait tous les blessés directement des postes d'évacuation ; malgré l'étendue du front desservi, malgré les distances parcourues, la mortalité globale des 98 fracturés de cuisse n’a pas dépassé 30 cas.
Comment obtenir de pareils résultats, malgré l’impossibilité d'interventions précoces ? Par un arlifice ; en s’oppo-
sant, grâce à un véritable traitement préopératoire, appli-
“cable en cours de relève, encours de route, à la naissance ou au développement des principales complications urgentes des fractures de cuisse.
= Nous allons donc rechercher les principales indications
thérapeuliques qui en découlent et les moyens pratiques de les remplir. 2