‹ Les Fractures de Cuisse du Champ de Bataille à l'AmbulanceChapitre 6 sur 40 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'histoire du traitement des fractures de cuisse au cours des guerres antérieures nous fournit très peu de renseignements téchniques au sujet de ces soins d'extrême urgence réclamés par de tels blessés et cela pour 2 raisons principales : d'une part les conditions générales de la guerre” étaient sensiblement différentes ; d’autre part l'incertitude des bases de la thérapeulique vis-à-vis de ces blessures ne - permettaient pas encore aux chirurgiens d’échaffauder une doctrine.

La première raison découle de toutes les descriptions connues des batailles anciennes ; elle tient à la réduction des effectifs engagés, à la limitation du combat dans l'espace et dans le temps, à la portée minime des armes à feu. En cette occurrence, les difficultés de relève des blessés graves ne sont guère fonction des circonstances extérieures ; il serail presque toujours possible de la réaliser à la fin des quelques heures de combat, au plus tard, la nuit suivante. Seule, Pinorganisation absolue du service de santé, son dénuement en personnel et matériel empêchent de porter aux blessés un secours efficace. Les malheureux sont dispersés dans les villages voisins des lieux du combat, casés au hasard dans les granges, chez-des habitants charitables ou réquisitionnés, ils manquent de tout : nourriture, boisson, soins élémentaires de propreté ou de couchage et sont soustraits, en grande partie, à la surveillance des médecins. Les « Mémoires » DE PERCY, donnent un tableau saisissant dé cette situation et attribuent à cette pénurie de moyens d’action la léthalité effroyable des blessés graves et en particulier des fracturés de cuisse. à

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Que peul d'ailleurs à cette époque un chirurgien pour de pareils blessés ? Tout juste l’ampuler !

Ravaron avait écrit en 1768 : (1) «Les coups de feu qui fracassent l'os de la cuisse sont si fâcheux que j'ai vu fpérir tous ceux qui l'ont eu fracturé ; j'ai éprouvé bien des fois les ressources de l’art sans succès : incisions, extraction d’esquilles, saignées suffisantes faites au commencement, diète sévère, soins infinis ; rien n’a pu les garantir d’une mort inévitable. »

Percy, alors chirurgien consultant de l'Armée du Rhin,

confirme quelques années plus tard celte opinion dans ses « Réponses aux queslions épuratoires » : « Le‘résultat de nes nombreuses observations sur les coups de feu à la cuisse, avec fracture de l'os, est qu'à peine sur 10 blessés, il en réchappe 2. »

. Larrey formule l'opinion à ce sujet de la majorité des chirurgiens du 1* Empire d’une façon catégorique : « Lorsque les coups de feu sont reçus au centre ou à la partie supérieure de la cuisse de manière que le projechle le traverse d'avant en arrière, en fracturant le fémur, l’amputalion devient indispensable » (2).

JOBERT DE LAMBALLE, après une discussion serrée des arguments conservateurs, conclut de même dans son « Traité des plaies par armes à feu (Paris 1833) : « Il résulte de ces faits assez nombreux que, toutes les fois que los {de la cuisse) à été brisé par une balle chez un adulte dont les forces musculaires sont puissantes, il est survenu des inflammations graves dont le malade n’a guéri, après des orages épouvantables, qu'avec un membre difforme et raccourci. Je serais porté, en conséquence, à pratiquer l’ampulation, d'autant mieux que, presque toujours, les blessés succombent pendant la période aiguë ou à l'abondance de la suppuration.

RiBes, en 1831, recherche en vain parmi les pensionnaires de l'Hôtel des Invalides, un survivant, fracturé de cuisse de guerre, ayant conservé son membre ; son « Mémaire sur

(D) Chirurgie d'armée, ou Traité des places d'armes à feu etc, Paris 1768, p. 328. À |

(2) Larry. — Ctinique chirurgicale exercée particulièrement dans les camps et les hôpitaux militaires depuis 1792 jusqu’en 1832. — Paris 1832.

du sd à, |

les fractures du 1/3 supérieur du fémur produites par armes à feu aboutit à démontrer la nécessité de l'amputation immédiale dans ces cas, pour assurer la survie du blessé.

DuPUYTREN, du haut de son autorité, proclame dans une de ses dernières « Leçons orales, ete... » « Je l'ai répété bien souvent et je le répète pour la dernière fois, d’après les fails dont j'ai été témoin principalement en 1814, 1815, et 1830, mon opinion est, sur ce point, inébranlable. Dans les fractures compliquées, surtout dans celles par armes à feu, en rejetant l’'amputation, on perd plus d'individus qu'on ne sauve de membres ».

Enfin Boyer admet cette opinion comme classique et définitive : « Lies fractures compliquées du fémur nécessitent toutes l’'amputation immédiate, ou conduisent à la nécessité - de cette opération à une époque plus où moins élcignée ; ou bien, elles font périr le sujet de consomption où d'épuisement ». (1).

Dans ces conditions, on comprend facilement qu’il ne peut être question de soins d’extrème urgence : fout l'effort chirurgical se borne à essayer de sauver la vie du blessé. Malheureusement, il y parvient trop rarement, même au prix du sacrifice du membre ; ces exérèses pratiquées sans anesthésie, dans des locaux de hasard, granges, salles de ferme, parfois sur le champ de bataille lui-même, s: termipent fréquemment par la mort immédiate. La malpropreté des opérateurs, l'absence des soins postopératoires les plus élémentaires compromettaient gravement la survie ultérieure : et les décès par shock ou septicémie se multiplaient dans les jours suivants.

Aussi MALGAIGNE, après avoir approuvé la conduite généralement admise de son temps, se hâte-t-il d'ajouter, dans son « Traité des fractures et luxations » : « Vu la mortalité qui suit les amputations pratiquées sur le champ de ba- {aille », qu’il refuserait personnellement l’amputation, préférant s’en remettre au hasard de l’évolution spontanée de la fracture.

Dès lors, la doctrine conservatrice regagne peu 1 peu du

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(1) Traité des maladies chirurgicales. 1831.

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terrain, retrouve des défenseurs : Hutin, médecin chef de l'Hôtel des Invalides, signale sur ses 4.370 administrés, 63 fracturés de cuisse guéris sans amputation et 21 amputés (1).

BaAuDpENs met le premier en valeur les 2 éléments primordiaux, nécessaires à toute conservation : bonne immobilisation de la fracture ; intervention non mutilante. Il écrit en 1858 : « Avant la guerre de Crimée, c'était un principe généralement accepté, qu'une fracture du fémur déterminée par coup de feu nécessite l’amputation. Il y a lieu de penser que grâce à mes nouveaux appareils à fracture, on peut en appeler de cette sentence trop absolue » p. 131, et plus loin p. 333 : « Les fractures comminutives du fémur re sont pas fatalement vouées à l’'amputation. Si l’on a soin d'extraire les esquilles et les corps étrangers, pour faire d’une plaie compliquée une plaie simple, et si, à l’aide d’un appareil à fractures convenable, on parvient à placer le membre dès limmobilité complète, sans lébranler même pendant les pansements et à donner aux humidités un facile écoulement » (2).

A l'appui de cette thèse, il apporte 7 cas personnels de guérison. Ce chiffre, pour infime qu'il nous paraisse actuellement, représente une valeur considérable, eu égard aux résultats antérieurs. En effet, dans le résumé intégral de tou- ‘es les observations de fracturés de cuisse traités par conservation et relatés dans la httérature médicale de tous les pays du monde, OTris en trouve seulement 250 antérieurs à l’année 1850. :

La guerre civile-amériçaine, par sa longue durée, par le souci tout nouveau, porté au blessé, est particulièrement intéressante. Sa statistique globale, la plus considérable de toutes celles que nous possédions à l'heure actuelle, serait à elle seule peu valable ; Oris (3), dans son remarquable et compendieux ouvrage, expose 3.467 observations de conservalion ; 2.900 d’amputations primitives pour fractures de cuisse ; la mortalité a été de 49,9 % dans le premier cas, de 19,8 % chez les ampulés. Nous négligeons ici, à dessein, la 3 calégorie considérée par OTis : celle des résections partiel-

(1) Recherches sur le résultat des fractures de la moitié supérieure de la cuisse etc.., dont se compliquent les plaies par armes à feu. 1854

(2) Paris 1858. La guerre de Crimée.

(3) Oris. — The medical and surgical history of the war of the Rebellion 1861-1865. Part. III. Vol. IL. Surgica history, second Issue Washington. Government printing office. 1883.

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