‹ Les français aux expéditions de Mayorque et de Valence sous Jacques leChapitre 2 sur 5 · AUX · texte numérisé non relu

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sous JACQUES LE Q)KÔ13ÉRANT, ROI D'ARAGON

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ES croisades d'Orient, dans leur ensemble comme dans leurs détails, ont eu de nombreux et savants historiens. Grâce à de remarquables travaux, on a vu sortir de 'oubli où le temps les avait enfouis, bien des événements intéres sants pour l'histoire de l'humanité, bien des souvenirs précieux pour les annales particulières des familles. Si de ces innombrables soldats des guerres de la Palestine, parmi lesquels toutes les maisons nobles de l'époque comptaient certainement des représentants, quelques-uns à peine sont connus de la postérité, la faute en est à la pénurie de documents authentiques et non au zèle des chercheurs.

Il n'en est pas de même pour les croisades, moins aventureuses, mais plus profitables — du moins au point de vue. matériel — que les souverains espagnols organisèrent contre les musulmans envahisseurs de leur pays et destructeurs des nationalités de la Péninsule. Les matériaux relatifs à ces expéditions abondent dans les riches archives de l'Espagne ; ils ont été mis en œuvre avec talent en ce qui touche à l'histoire des peuples d'outre-Pyrénées , mais ce qui intéresse les personnes et les familles a été laissé dans l'ombre et mérite d'en sortir*.

> Nous donnerons plus bas l'indication de quelques travaux de ce genre ; mais nous devons faire remarquer ici que les Libros de Repartimiento de Mayorque et de Valence, publiés dans la collection des documenta inédits des archives d'Aragon^ reproduisent exactement le texte original et deviennent difficiles à. consulter par suite de leur fidélité môme qui constitue une grande partie de leur valeur. La môme observation s'applique à la Histot'ia de la conquista de Mallorea, de don José Maria Quadrado. Ces deux publications et les Memorias sobre ios pobladores de Mallorca sont les seuls travaux modernes que nous connaissioQS sur les individus qui ont pris part aux croisades de Mayorque et de Valence.

La France est particulièrement intéressée à ce travail de réparation^ car le souverain dont le nom est surtout attaché à ces glorieuses entreprises, le grand Jacme * ou Jacques I d'Aragon, que ses heureux exploits sur les Sarrasins ont fait surnommer le Conquérant, était en réalité un prince français par son autorité réelle et son influence morale sur tous les pays du littoral méditerranéen, des Pyrénées jusqu'aux Alpes *. - r

Issudes comtes de Barcelone, anciens vassaux des rois de France; maître du Roussillon et de Montpellier, sa ville natale ; héritier des droits de ses ancêtres sur Nîmes, Agde, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Alby, le comté de Foix, une partie du Rouergue et du Gévaudan, proche parent du comte de Toulouse, cousin-germain du comte de Provence, Jacques était regardé comme le véritable suzerain de la France du midi. Aussi, lorsque, à vingt ans, après avoir reconquis son trône sur les factions, par des prodiges de courage et de sagesse précoce, il saisit l'étendard du Christ, appelant à la conquête de Mayorque par la promesse des récompenses terrestres et divines, tous les hommes « de sa terre et d'ailleurs » qui voudraient suivre sa bannière, les pays de Provence et de Languedoc répondirent-ils en masse à son appel. Il en fut de même pour la conquête du royaume de Valence et pour celle de Murcie, entreprise généreusement pour le compte du roi de Gastille son gendre.

Les vassaux et les compatriotes du souverain aragonais ne furent pas les seuls qui l'aidèrent dans ces expéditions : des habitants des provinces du centre ou du nord de la France, des Italiens, des Allemands, des Anglais se rangèrent sous ses ordres, attirés par le désir de gagner les indulgences que le Saint-Siège avait attachées à la guerre sainte, par le goût des aventures ou l'appât du gain.

Jacques, en effet, distribua à ses compagnons d'armes les terres conquises sur les Maures . Les registres dans lesquels sont consi-

1 Jacme est la forme romane du prénom Jacqaes au xiii« siècle; c'est celle que Ton doit préférer si Ton veut donner au prince dont nous parlons le nom qu'il se donnait lui*méme et sou» lequel il était connu dans ses Etats. Les écrivains castillans, traduisant ce nom dans leur langue, ont adopté la forme Jayme ou Jaime que quelques Français ont en le tort de leur emprunte^.

* Dans une trêve conclue en 1241 est comprise « toute la terre du roi d* Aragon depuis le Rhône jusqu'à Valence (Espagne) » Du Rhône aux Alpes dominait son cousin-germain et ami Raymond-Bérenger V, comte de Provence^ petit-fils comme Jacques^ du roi Alphonse II d'Aragon.

gnées ces distribulions pour l'île de Mayorque et le territoire de la ville de Valence, et qui portent en Espagne le nom de Libros de repartimiento (livres de répartition), sont conservés aux archives de la couronne d'Aragon à Barcelone. Le savant archiviste don Prospero de BofaruU y Mascaro, restaurateur et organisateur de ce magnifique dépôt , les a publiées dans la Coleccion de documentos ineditos del archivo gênerai de la corona de Aragon.

Tl fout remarquer que, à Mayorque, afin de faciliter la répartition, on fit quatre parts des terres conquises, dont une fut attribuée au roi et les trois autres à de hauts barons. Chacun de ceux à qui était échue une de ces quatre parts opéra une sous-répartition entre les individus qui avaient servi sous ses ordres, et plusieurs de ceux-ci firent à leurs hommes une distribution de troisième main. Or, le libro de repartimiento de Mayorque ne contient que la répartition de la portion du roi.

Outre une copie du libro de repartimiento ^ il existe aux archives de Mayorque un registre de distributions de terrains faites par le vicomte de Béarn aux hommes de sa suite, et des notes des prudhommes nommés pour arpenter et partager certaines terres. Don José Maria Quadrado, archiviste du royaume de Mayorque, dans son Historia de la conquista de Mallorca^ a publié la répartition de cette île et fait connaître les noms contenus dans le registre du vicomte de Béarn. Notre regrettable ami, don Joaquin Maria Bover, archéologue distingué de Palma, que la mort vient d'enlever à la science, a publié un mémoire sur les anciens habitants de Mayorque, dans lequel il a mis à profit les notes des arpenteurs.

Il paraît que pour la répartition de Valence on ne suivit pas le procédé adopté à Mayorque. Le libro de repartimiento contient une quantité de noms incomparablement plus grande *, on ne trouve pas de traces d'une première division faite entre les grands barons. Le roi paraît avoir distribué directement les terres et les maisons aux chefs de premier, de second et même de troisième ordre, aussi le

^ Le libro de repartimiento de Valence De comprend pas tout le royaume, mais seulement la capitale et le territoire qui en dépendait. Chaque fois qu'une ville de quelque importance était conquise, une répartition de sou territoire avait lieu; Il y en a eu pour Burriana, pour Xativa, etc., mais nous ignorons si les libros de repar- ^Mu^n^o, mentionnés par les anciens historiens, existent encore. On voit que malgié le nombre et le caractère tout spécial des documents que nous avons consultés, notre travail demeure fort incomplet pour le royaume de Valence comme pour celai des Baléares.

nombre des sous-répartitions dut-il être beaucoup moins considérable qu'à Mayorque.

Aux indications extraites des documents qui précèdent, nous en avons ajouté d'autres tirées de quelques auteurs tels que Viciana, Cronica de la inclyta y coronada ciudad de Valenda (2* partie , libro de las familiaSj 1564*) et Febrer, Trobas Valencianas que tratan de los conquisiadores de Valenda. Ce dernier ouvrage, en dialecte valencien, se compose d'une série de strophes de onze vers, dont chacune est consacrée à faire connaître l'origine, kg principaux exploits et les armoiries de l'un des conquérants de Valence. Si l'on en croit le prologue, ce travail, fait à la demande du roi d'Aragon Pierre III, fils de Jacques I, serait l'œuvre de Jaume Febrer, inspecteur général des années aragonaises et fils de Guillem Febrer, qui avait rempli les mêmes fonctions sous le roi conquérant.

Les TrobaSj telles qu'elles sont arrivées jusqu'à nous, sont pour la plupart apocryphes quant à la forme. Des copies successives ont eu pour résultat de les moderniser peu à peu, mais il est probable que le fonds d'un très grand nombre d'entre elles n'a subi que fort peu d'altérations. Quelques strophes ajoutées sans doute dans l'intérêt de certaines familles, ont notablement affaibli l'importance historique de l'ouvrage dans son ensemble, mais il n'en est pas moins fort ciurieux sous bien des points de vue et conserve encore une certaine valeur de tradition, surtout lorsque ses assertions sont confirmées par d'autres documents, ou iien lorsqu'il s'agit d'un individu dont la postérité est éteinte ou a quitté l'Espagne depuis trop longtemps pour qu'on puisse croire à une falsification intéressée.

L'ouvrage de Febrer est, d'ailleurs, fort incomplet; il passe sous silence bien des noms de nobles et de chevaliers qui figurent dans le libro de repartimiento ; en revanche il en nomme quelques-uns que l'on chercherait en vain dans la répartition. 11 est vrai que ceux-ci ont pu ne pas avoir des terres dans le territoire de Valence ou les avoir reçues de leurs chefs immédiats qui les tenaient eux-mêmes du roi.

^ Aprèâ avoir été imprimé « avec permiâsion de la sainte iaquisition et privilège royal », le livre de ViciaDa fut, pour des molifâ luconnus, poursuivi avec tant de rigueur que le premier volume est devenu, dit un auteur espagnol* le livre le plus rare gui soit au monde. Il existe un certain nombre de manuscrits de la 2* partie, nous avons travaillé sur Tun d*eux qui est en notre possession. On rencontre quelques exemplaires imprimés de la troisième et de la quatrième partie de l'ouvrage de Viciana.

Nous donnerons la traduction des strophes de Febrer qui rentrent dans notre cadre.

II y a dans les registres de répartition des noms qui n'appartiennent pas à la noblesse. Des bourgeois, marchands, artisans avaient suivi l'armée^ les uns, comme combattants dans les milices communales, d'autres pour exercer leur industrie ou remplir leurs fonctions dans la maison du roi ou dans celle d'un grand seigneur. Beaucoup d'entre eux avaient rendu des services réels et il n'y avait aucune raison pour les exclure de notre travail. D'ailleurs, il n'est pas souvent facile de distinguer les nobles des non nobles dans les indications des documents contemporains. Les qualifications nobiliaires de mileSy scutifeTy etc., n'y sont données que très-rarement, celles des professions non nobles y sont plus fréquentes. Pour la recherche de l'origine certaine ou probable des individus se rattachant à la France, pour la rectification de certaines erreurs d'orthographe évidentes, pour les indications héraldiques, nous avons dû nous aider des histoires, des nobiliaires et des documents que nous avons eus à notre disposition dans nos études sur le règne de Jacques le Conquérant. '

L'expression de Français écrite en tête du travail que nous publions aujourd'hui, serait impropre si on lui donnait sa signification du xin* siècle. Il s'agit ici, non des Français d'alors, c'est-à-dire de ceux qui se reconnaissaient sujets ou vassaux des rois de France, mais des habitants de l'un des pays qui constituent la France de nos jours et des individus qui en étaient originaires, que leur famille soit restée française ou ait pris depuis lors une autre nationalité. Nous y ajoutons, pour donner à ces recherches un plus grand intérêt actuel, les membres des familles étrangères établies dans notre pays et devenues françaises postérieurement à l'époque qui nous occupe.

Nous avons adopté l'ordre alphabétique sans faire un chapitre particulier pour chacune des deux conquêtes, nous contentant de désigner par la lettre M les noms qui se trouvent dans le lihro de repartimiento de Mayorque, et par la lettre V ceux qui figurent dans celui de Valence.

Abella (Pierre) — a Trois fasces vivrées d'argent sur champ

• Jacme I le Conquérant, roi d'Aragon, comte de Barcelone, seigneur de Montpellier, d'après les chroniques et les documents inédits. La première partie de cet ouvrage a paru en 1863; l'un des appendices de la seconde, en ce moment en préparation, a pour titre : Nomenclature et armoriai des principales familles et des personnages les plus considérables ^ nobles et non nobles, des Etats de Jacques /•'.

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