CHAPITRE PREMIER
NÉGOCIATIONS AVEC L'eSPAGXE. — ÉCHEC DE YALENCIENNES (IG56).
Diversité des opinions sur l'alliance de la France avec l'Angleterre. — Mazariii parait redouter une union trop intime avec Cromwell (avril 1656).
— Le colonel Lockhart est envoyé en France, comme ambassadeur d'Angleterre (mai). — Le gouvernement des Pays-Bas espagnols est donné à don Juan d'Autriche. — Ouvertures faites par les Espagnols pour un traité avec la France; Lionne est envoyé par Mazarin en Espagne (juinjuillet). — Ses négociations avec don Louis de Haro. — Siège de Valenciennes par les Français (juin-juillet). — Délivrance de cette ville par Gondé (16 juillet). — Retraite de Turenne à la tète d'une partie de l'armée. — Mazarin se rapproche de l'Angleterre (août). — Les négociations avec l'Espagne sont rompues. — La ville de Gondé est prise par les Espagnols (18 août). — Turenne s'empare de la Capelle i27 septembre); prise de Valence, en Italie, par le duc de Modène. — Négocialions de Mazarin avec Lockhart pour une alliance intime de la France et de l'Angleteire (octobre-novembre). — Mazarin élude une proposition de confédération générale avec les puissances protestantes (décembre).
— Mort de Mathieu Mole et du prince Thomas (1656). — Aventures de Retz et de la reine Christine.
Les fêles qui suivirent la conclusion du traité avec l'Angleterre furent des plus brillantes. On en trouve la description dans Loret' et dans les gazettes du temps. La présence du duc de Modène à Paris (janvier 1656) contribua encore à donner plus d'éclat aux
* Voy. la Muze historique, lettres de janvier 1G5G. Les Mémoires de M^° de Motteville relrat:ent(t. IV, p. 55 et suiv.) un brillant carrousel, où le roi parut avec les principaux seigneurs de sa cour.
l SENTIMENTS HOSTILES
plaisirs de la cour. Le roi continua de faire admirer sa grâce dans les ballets et les carrousels, pendant que le cardinal préparait, avec le duc de Modône,la campagne que ce prince devait diriger en Italie. Cependant, au milieu de ces fêtes, la haine contre le cardinal ne s'endormait pas. Le traité ([u'il venait de conclure avec le chef de la révolution d'Angleterre, avec un régicide, fournissait un nouvel aliment aux plaintes et aux menaces. Elles éclataient même parmi les serviteurs dévoués de la reine et de Louis XIV. La vue de la reine d'Angleterre, fdle de Henri IV et sœur de LouisXIII, rappelait sans cesse les malheurs qui l'avaient frappée et excitaient des sentiments de haine et de vengeance contre Cromwell. Henriette de France avait près d'elle ses deux filles, la princesse d'Orange \ veuve du stathouder de Hollande, Guillaume II, et la jeune Henriette d'Angleterre, la future duchesse d'Orléans. Malgré le bannissement d'un certain nombre de nobles anglais, que le traité de Westminster avait chassés de France, la cour de la reine d'Angleterre était encore « fort grosse», dit M"*^ de Montpensier". On comprend facilement la sympathie qu'on éprouvait, à la cour, pour les mal-
* La princesse d'Orange était venue rejoindre sa mère, au commencement de l'année 1656, comme on le voit par la Muze historique de Loret, lettre du 5 février 1656.
'^Mémoires, t. II, p. 154; édit. Charpentier. M"' de .Montpea- •sier parle, dans ce passage, d'une visite que la reine d'Angleterre lui lit, «n 1656. « La cour de la reine d'Angleterre, dit-elle, était fort grosse, ayant... quantité d'Anglois et de llollandois. »
A L'ALLIANCE AVEC CUOMWELL. 5
heurs de la reine d'Angleterre et de sa famille, et la haine dont on poursuivait leurs ennemis.
Deux femmes surtout ont vivement exprimé ces sentiments : M"^ de Monlpensier et M""" de Mottevilie. La première raconte qu'elle évitait de se trouver au Louvre, quand «les ambassadeurs d'Angleterre y allaient. Une fois, ajoute-t-elle ', l'ambassadeur vint au Val-de-Grâce, comme j'y étais, je me cachai. » M""" de Mottevilie était loin d'avoir, à la cour, le même rang que M"'' de Montpensier; mais la reine d'Angleterre l'honorait de son amitié, et elle lui écrivit même, à l'occasion de la mort de Gromwell, une lettre, que M""' de Mottevilie a msérée dans ses mémoires". Comment s'étonner de la condamnation que M"'*' de Mottevilie n'hésite pas à prononcer contre le traité conclu par Mazarin avec l'Angleterre? ce Ce dessein, dit-elle^, parut odieux à tous les gens de bien, et on ne manqua pas de blâmer le ministre de cet avantage, qu'il donnait aux anciens ennemis de la France, à un hérétique, à un usurpateur. » Depuis cette époque, M""^ de Mottevilie ne laisse échapper aucune occasion de recueillir les bruits de cour les plus défavorables au cardinal.
Mazarin lui-même reconnaît, dans ses lettres, que la cour était remplie d'ennemis du Protecteur. Plusieurs de ses dépêches au président de Bordeaux par-
* Mémoires, t. III, p. 283, édit. citée.
* Tome IV, p. 115 de l'édilion Charpentier. 3 Ibidem, p. 109.