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DES PYRÉNÉES PAR BOSSUET

Le cardinal s'est montré bien plus sensé, lorsque, se contentant d'assurer à la France le fruit de longues guerres, il lui a donné trois provinces et l'expectative de nouvelles conquêtes ^

Bossuet, qui plus d'une fois avait appelé la paix de tous ses vœux ^, ne manqua pas de célébrer, en 1660, le traité signé par Mazarin. Prêchant dans l'église des Minimes de la place Royale ^, il loua hau-

* On a fait contre la paix des Pyrénées une autre objection beaucoup plus étrange et qu'on peut résumer ainsi : Ce traité a été cause delà guerre de succession d'Espagne, quia été fatale à la France; par conséquent, il mérite d'être blâmé. Le vice de ce raisonnement saute aux yeux; il consiste à supprimer tous les événements qui, pendant plus de quarante ans (1659- 1701), ont profondément modifié la situation de l'Europe. On ne tient compte ni de l'ambition de Louis XIV qui avait déjà provoqué plusieurs coalitions, avant 1 700, ni des fautes qui suivirent l'acceptation du testament de Charles II : la reconnaissance de Jacques III comme roi d'Angleterre; l'occupation des places de la Barrière; enfin la réserve des droits de Philippe V au trône de France. Mazarin, dans ses relations avec l'Espagne, se proposait exclusivement l'acquisition des Pays-Bas espagnols. Il ne parle que de ces provinces dans la dépêche de 1646, rappelée ci-dessus (p. 257). Pendant les négociations de la paix des Pyrénées, il voulut faire excepter, de la renonciation de l'infante Marie-Thérèse, ses droits sur les Pays-Bas espagnols (ci-dessus, p. 253). Enfin, lorsque Lionne fit un premier partage de la monarchie espagnole, conforme à la politique de Mazarin, il réserva surtout à la France « tout ce que les Espagnols possédaient dans les Pays-Bas » (Mignet, Négociations relatives à la succession d'Espagne, t. II, p. 445). Je n'insisterai pas davantage sur cette objection, à laquelle j'ai déjà répondu (ci-dessus, p. 130, note 1). J'ai montré, dans ce passage, combien la prudence diplomatique de Mazarin différait de la politique de violence et de conquêtes, qui arma l'Europe contre Louis XIV.

^ Voy. ci-dessus, p. 217-218.

^ Études sur la vie de Bossuet, par M. Floquet, t. 11, p. 39-41.

2(H ÉI>OGE DE MAZARIN PAR ROSSUET.

lemenl la prudente et habile politique du cardinal. « Je sais, disait-il, combien les prédicateurs doivent être réservés sur les louanges ; mais se taire, en cette rencontre, ce ne serait pas être retenu, mais en quelque sorte envieux de la félicité publique... Peuples, qu'on se réjouisse, et, s'il y a encore quelque maudit reste de la malignité passée ^ qu'elle tombe aujourd'hui devant ces autels, et qu'on célèbre hautement ce sage ministre qui montre bien, en donnant la paix, qu'il fait son intérêt du bien de l'État, et sa gloire du repos des peuples. Je ne brigue point de faveur ; je ne fais point ma cour dans la chaire (à Dieu ne plaise !). Je suis Français et chrétien ; je sens , je sens le bonheur public, et je décharge mon cœur devant Dieu sur le sujet de cette paix bienheureuse. »

* Nous venons de signaler un maudit reste de la malignilé passée dans la lettre de Sainl-Évremond.

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