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AMBASSADE DU COMTE DE SOISSONS

peu de temps après, en Angleterre, avec ses deux filles, la princesse d'Orange et Henriette d'Angleterre, la future duchesse d'Orléans. L'abbé de Montaigu l'accompagnait. Le but apparent du voyage de la reine mère était de faire régler son douaire par le roi, son fds, et par le parlement; mais elle avait des projets plus sérieux : elle voulait obtenir le consentement de Charles II pour le mariage de sa sœur, Henriette d'Angleterre, avec le frère de Louis XIV, et surtout elle espérait, avec l'appui de la France, renverser le chancelier Hyde et faire triompher son influence près de Charles II.

Mazarin était loin d'avoir confiance dans les ministres de la reine d'Angleterre. LordJermvn et l'abbé de Montaigu, qui la dirigeaient, étaient des esprits chimériques, qui croyaient à une restauration facile du catholicisme et du pouvoir absolu en Angleterre. Le cardinal plaça près d'eux un des hommes dont il se servait pour des missions secrètes, Bartet, qui avait le titre officiel de secrétaire du cabinet. Mazarin connaissait parfaitement ce personnage, sa vanité et sa disposition aux commérages' ; mais il comptait sur son esprit intrigant et insinuant pour pénétrer et révéler une partie des secrets de la cour de Charles II. La correspondance de Bartet avec Mazarin nous a été conservée et prouve qu'il s'acquitta avec succès de

* Voy. ce que Mazarin dit de Barlet, t. I, p. 265, de l'Histoire de France sous le ministère de Mazarin.

330 MISSION DE BAUTET (16G0-1661).

la mission qui lui était confiée ^ La situation de Charles II, les négociations relatives à son mariage et ses relations avec sa mère y sont exposées en grand détail. Dans une dépêche du 8 novembre-, Bartet signalait les dispositions du conseil d'Angleterre à l'égard de laFrance: « Les amis, que nous avons en cette cour, ont bien la familiarité du roi, sont dans sa pri\aiité, et Sa Majesté même les estime et se plaît avec eux ; mais les gens, qui ne nous aiment pas^ sont supérieurs dans son esprit à tout le monde; ils conduisent les affaires et lui font prendre, par leurs seuls conseils, toutes les résolutions les plus importantes, de sorte qu'on peut dire que nos amis sont presque les plus honnêtes gens et sont les plus agréables à Sa Majesté, et que nos ennemis sont les seuls puissants et qui lui donnent des déterminations de toutes les choses principales. »

Bartet entre ensuite dans le détail^: a Le grand chancelier (Hyde) est entièrement contraire à tout ce qui est de nos amis et [à ceux] de la reine d'Angleterre, quoique extérieurement il vive bien avec eux; il joue la comédie pour le fond de sa conduite, et se règle toujours sur le contraire de ces messieurs. Il n'y en a pas un d'eux qui ne le voie bien comme je le dis, et qui ne connaisse, à cette heure, que nous le voyons

* AQaiies étrangères, Angleterre, t. 73 et 74. Une partie de la corres[)ondance de Rarlel se trouve aux Affaires étrangères, et une autre, à la bibliothèque nationale, niss. f. Baluze.

2 Affaires étrangères, Angleterre, t. 73, {•' 84.

3 Ibidem, f» 85.

SA CORRESPONDANCE AVEC iMAZARlN. 331

bien aussi... Mais comme l'amour-propre est de tous les hommes et qu'on cherche à cacher habilement ce qui nous peut nuire, quand on ne peut pas empêcher que cela ne soit, tous ces messieurs nous ont voulu jeter dans l'esprit, à notre arrivée (et en prennent soin tous les jours), que le roi d'Angleterre se gouverne de lui-même; qu'il écoute bien les conseils de M. le chancelier et lui donne part de ses affaires; mais qu'il prend les résolutions de son propre mouvement... Ces sortes d'insinuations, continue Bartet, sont assez habiles et semblent faire impression d'abord dans les esprits; mais outre qu'aux gens, qui sont un peu rompus aux affaires du monde, il n'y a nulles règles certaines pour les persuader..., on voit clair qu'il ne faut pas prendre ce qu'ils disent pour vrai, mais pour une précaution qui couvre cet endroit faible, qu'ils ne veulent point qu'on voie. »

Les partisans de la France avaient compté sur la présence de la reine mère, pour relever leur parti; mais ce fut en vain. Le roi, son fils, lui témoigna extérieurement beaucoup de déférence et alla audevant d'elle jusqu'à Douvres; mais il ne lui donna aucune part au gouvernement. « La reine vous dira^ écrivait Bartet à Mazarin^ qu'elle a perdu l'amitié et la confiance du roi, par l'artifice et le crédit de ses ministres. » Il revient souvent sur les chagrins que cette princesse éprouva pendant son voyage. Ses deux

* Affaires étrangères, Angleterre, ibiiL, i° 213 v".

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