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CE PROJET DE MARIAGE

cette matière, et je crois avoir si bien persuadé Sa Majesté et vous des sentiments que j'avais de servir, toute ma vie, avec un dernier attachement à tous les intérêts du roi d'Angleterre, sans que Sa Majesté continuât dans la pensée qu'elle avait, que je m'assure que vous n'aurez pas oublié de représenter les choses comme je vous les ai dites, et que Sa Majesté aura reconnu qu'il ne se peut rien ajouter aux obligations que je professe' de lui être redevable; et au très humble respect que je lui dois et à la passion que j'aurai, toute ma vie, de le servir avec la dernière application. Je conclurai enfin que, dans les propositions sur lesquelles on m'a entretenu tant de fois, j'ai eu si bien devant les yeux la condition du roi d'Angleterre et la mienne que, lorsque j'ai été le plus pressé de dire mes intentions, nonhabul me n'isi merè passive (je suis toujours resté complètement passif).

» Mais aujourd'hui l'affaire change de face en quelque manière, et le sujet qui m'a mis la plume à la main sur cette matière, c'est parce que le monde ne croyant pas qu'une personne, dans le poste où je suis, puisse être modeste et modérée en cette nature d'affaires, comme je le suis, chacun en discourt à sa fantaisie, et lorsqu'il me semble que je pourrais sans vanité mériter quelque approbation de ma conduite, je vois que les uns disent que je ne songe à rien qu'à ce mariage; que, pour en venir à bout, je n'hésite pas

^ Tel est le texte du manuscrit.

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à offrir des choses qui sont désavantageuses à cette couronne (de France) ; les autres, que la reine d'Angleterre n'a entrepris ce voyage que pour me donner cette satisfaction, et qu'elle devait offrir tant de millions et d'autres avantages au roi, son ûh, qu'il ne pourrait pas se défendre d'y consentir ; que j'avais si bien fait que je l'avais disposée à sacrifier ses ressentiments sur le mariage de M. le duc d'York', afin de ménager mieux par là les facilités de celui de ma nièce. D'autres [prétendent] que j'avais eu recours à des ministres d'Espagne même, afin de me rendre office auprès du roi d'Angleterre en cette affaire, leur ayant fait croire qu'il y allait du service du roi catholique de s'intéresser en cela, pour se mettre l'espril en repos que le roi d'Angleterre ne put songer à épouser la princesse de Portugal"-.

» Enfin, je n'achèverais pas si tôt, si je voulais mettre dans ce papier tous les discours que j'apprends qu'on tient sur cette matière. Je mécontenterai donc de vous dire que, comme je ne mérite pas qu'on puisse avoir la moindre mauvaise opinion de ma conduite dans l'affaire dont est question, j'ai grand intérêt de mettre toutes pièces en œuvre, afin que \c public soit persuadé que je suis incapable d'entreprendre la moindre chose qui puisse être préjudi-

* Il sera question plus loin du mariage du duc d'Yoriv avec Anne Hyde, fdle du chancelier d'Angleterre.

* C'est-à-dire : afin que les Espagnols ne craignissent plus que le roi (V Angleterre épousât la princesse du Portugal.

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ciable au roi, mon maître, et noircir tant soit peu ma réputation. Pour cet effet, j'ai recours à la reine d'Angleterre et à vous, afin que, confirmant au roi d'Angleterre, aux termes les plus précis [et les plus] engageants * que vous puissiez trouver, que je le servirai toute ma vie, sans discontinuation, Sa Majesté ait la bonté de me recevoir au nombre de ses plus affidés serviteurs, sans vouloir plus songer à me faire des honneurs, desquels je ne suis pas capable, et qui pourraient blesser en quelque façon sa grandeur et peut-être aussi préjudicier à son service-. y>

Cette lettre écartait définitivement le projet de mariage, que Henriette de France et ses confidents avaient imaginé ; mais le choix d'une reine d'Angleterre restait toujours une question fort importante pour la France, comme pour l'Angleterre. Mazarin était trop prévoyantpour ne pas s'en occuper active-

* Dans le sens de qui m'engagent le plus expressément.

' D'après un r.*cit, écrit par de Lionne, d'une conversation qu'il eut, en 1661, ave-i un des favoris de Charles II, le comte de Bristol, le roi d'Angletei re aurait épousé Hortense Mancini, si le cardinal eût voulu se prononcer nettement pour cette alliance et donner une dot considérable Voici le passage relatif à ce projet de mariage . <r Le comte de Bristol dit... que, si M. le cardinal avoit voulu parler franchement et ouvrir la main, le roi, son maître, auroit sans doute épousé sa nièce, et même que lui Bristol auroit fait er. sorte que le roi d'Espagne l'auroit dotée comme une infante d'Espagne. Le sieur de Lionne fut sur le point de lui repartir qu'il n'y auroit pas eu beaucoup de peine, s'il ne lui en coùtoit pas plus que pour la reine, dont ils n'ont pas payé encore le premier sol ; mais il se retint. » (Aff. élr., Angleterre, t. 75, f^S; autographe de de Lionne.)

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ment. On avait d'abord songé à une princesse protestante, comme plus agréable à la nation anglaise. Mais Charles II repoussa toutes les princesses de cette religion, que la Suède, le Danemark et l'Allemagne lui offrirent. On proposa alors l'infante Catherine de Portugal. Le gouvernement de la France dissimula avec le plus grand soin son rolc dans cette affaire. Il s'était engagé, en effet, par un article secret du traité des Pyrénées, à ne soutenir le Portugal contre l'Espagne ni directement ni indirectement. Mais, en ménageant un traité d'alliance entre l'Angleterre et le Portugal, Louis XIV ne croyait pas manquer à sa parole. D'ailleurs, il faisait profession d'une morale peu rigide sur l'exécution des traités. Il tenait probablement ces principes de Mazarin et les transmettait à son fils, comme on le voit dans le passage de ses Mémoires, qui est relatif précisément aux négociations d'une alliance de l'Angleterre avec le Portugal^: (( J'avais l'intention, y dit Louis XIV, de marier ce roi même (Charles II) avec l'infante de Portugal- pour des considérations, qui méritent bien de vous être expliquées. Je voyais que les Portugais, s'ils étaient privés de mon assistance, n'étaient pas suffisants pour résister seuls à toutes les forces de la maison d'Autriche. Je ne doutais point que les Espagnols, ayant dompté cet ennemi domestique, entreprendraient dé

^Mémoires de Louis XIV, éJit. Droyss, l. II, p. AOi], .407, 408. * Charles II épousa, en elïel, en 166:2, Catlierine, fille de Jeun IV, roi de Portugal; mais les négocialions dalaienl de 1660.

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